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"Est-ce ainsi que les hommes vivent?"

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LIBYA SLAVE
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP/Getty Images
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L'esclavagisme n'est pas un délit. C'est un crime contre l'humanité.

Durant les années 1970 de braises, de révolutions et de massacres, que vivait l'Amérique Latine, on disait toujours "l'Amérique, ce continent en flammes".

Est-ce désormais notre tour? Lorsque nous scrutons la déchéance morbide de tout le monde arabe actuel et les profondes blessures que subit l'Afrique, notre continent, on ne peut que partager cette triste vision.

Pardon Claudy Siar. Pardon Alpha Blondy. Pardon à toutes mes sœurs et à tous mes frères africains. Nous aussi on est en colère.

Depuis 2011, l'O.N.U a essayé en vain, de mobiliser par plusieurs rapports alarmants les bonnes consciences mondiales sur le drame barbare qui se jouait et qui se joue encore dans une en Libye déchirée, divisée et dévastée par une guerre internationale injuste. Amnesty International, et d'autres ONG l'ont aussi fait. Il a fallu un reportage filmé et volé par CNN (comme quoi, des choses biens arrivent encore chez l'Oncle Trump), pour qu'enfin la mobilisation se fasse plus sérieusement. Tant mieux.

En Libye on vend et on achète comme esclaves nos frères les africains que la misère, mais aussi la mauvaise gestion de leurs dirigeants ont jetés sur les routes.

Nous devenons la risée du monde. Le Moyen-âge dans les têtes et l'iPhone dans les poches.

Une histoire faites de sueurs, de sangs et de larmes!

Je ne suis pas historien, mais il est grand temps que l'on ouvre une de nos pages historique des plus minimisée, des plus sombres et des plus refoulée de l'histoire du monde arabo-musulman: le "génocide voilé" (Tidiane N'Diaye, anthropologue) des noirs africains.

Nous ne devons pas cacher certaines vérités. L'Histoire n'est pas toujours écrite uniquement par les vainqueurs. Elle est pleine de ruses et fini toujours par briser l'obscurité. On doit la regarder en face.

Les Arabes lors de leurs premières conquêtes en Afrique amenèrent avec eux beaucoup de malheurs et de souffrances. Dix-sept millions, oui 17 millions, d'Africains furent razziés, capturés, massacrés, castrés et déportés vers le monde arabe, dont la Tunisie.
Les musulmans de l'époque tenaient le Coran d'une main et le glaive de l'autre.

La traite transatlantique entamée par les européens, appelée également le commerce triangulaire, a débuté au XVIe siècle et a duré trois siècles. Celle des arabes a débuté dès le VIIe siècle et plus exactement en 652 lorsque l'émir et général arabe Abdallah Ibn Saïd a imposé aux Soudanais et au roi nubien Khalidurat, un "bakht" (accord), les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves. L'article 5 de ce "bakht" stipule clairement que les nubiens doivent "livrer chaque année trois cent soixante esclaves des deux sexes, qui seront choisis parmi les meilleurs de votre pays et envoyés à l'imam des musulmans"!

Trouvant ce commerce très juteux les arabes poussèrent leurs razzias jusqu'aux confins de l'Afrique noire d'est en ouest et du nord au sud. De Zanzibar (actuelle Tanzanie au bord de l'océan indien) à l'empire du Ghana en passant par l'empire du Mali.

Bien que l'asservissement des peuples noirs remonte à la nuit des temps, ce n'est hélas, qu'avec les arabes qu'il prend une "dimension industrielle" puisque c'est en 652 donc, que pour la première fois la traite négrière sera inventée et planifiée. À l'époque des pharaons et des romains, les esclaves étaient dans leur majorité un butin de guerre et non "achetés et vendus aux enchères", comme le font certains libyens aujourd'hui.

On croyait que ce mal absolu qui a plongé pendant plus de treize siècles des millions de peuples noirs dans les ténèbres s'était "officiellement" arrêté au début du XXe siècle, avec une primeur pour la Tunisie qui a aboli en premier l'esclavage en 1846.

De vieux réflexes?

Mais voila... Les libyens (pas tous bien sûr) retrouvent malheureusement ces ignominieux réflexes, et cela dans un incroyable silence assourdissant des arabes et de la communauté internationale... Nous apprenons également qu'ici ou là, en Syrie et en Irak des femmes Yazidies, mais également des tunisiennes deviennent les esclaves sexuelles de Daech....

Les arabes auront ainsi ouvert en premier une longue période de tragédies faites d'humiliations, de sang et de morts et ils seront hélas, les derniers à la refermer soit disant officiellement au siècle dernier. A priori, non!

On pourrait aussi parler de la Mauritanie, du Soudan, mais aussi du Pakistan, de l'Inde à cause du système des castes. De la Moldavie en plein cœur de l'Europe. Certains s'y adonnent encore à ce rite moyenâgeux et inhumain qu'est l'esclavage. Dans ces pays, les victimes sont souvent parties volontairement à la recherche d'un travail, mais elles se retrouvent à la fin en situation d'esclavagisme. En Libye par contre, des gens qui étaient juste de passage, sont appréhendés et "vendus aux enchères".

Toute forme d'esclavagisme est un crime contre l'humanité. On ne doit pas uniquement condamner, mais agir aussi... et vite!

En ce qui nous concerne, c'est en regardant notre histoire en face que nous pourrons guérir de nos tares et intégrer enfin l'Histoire de l'humanité qui se fait sans nous.

On s'auto-flagelle? Sans doute. Mais on a notre conscience pour moi. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.

Pardon Alpha Blondy. Pardon Claudy Siar. Pardon à toutes mes sœurs et à tous mes frères africains. Nous aussi nous sommes en colère.

"Est-ce ainsi que les hommes vivent?" comme l'a chanté le grand Léo Ferré. On ne se taira pas!

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