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Quels impacts pourrait avoir le Brexit sur le Maroc?

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Les Britanniques décideront le 23 juin par référendum s'ils souhaitent quitter l'Union Européenne. Quels effets pourrait avoir le Brexit, contraction de "british" et "exit" sur le Maroc?

La Grande Bretagne représente le 1/6ème de l'économie européenne. A titre de comparaison, le Brexit équivaut à la sortie de la Californie et de la Floride de l'économie des Etats-Unis d'Amérique.

Ce référendum intervient au moment où l'économie de ce pays affiche une santé insolente, avec une croissance de 3,7%, un chômage à 5% et la récupération en 2015 de son statut de cinquième puissance économique mondiale. Par ailleurs, il faut rappeler que la Grande Bretagne est l'un des pays les moins intégrés à l'Europe, en ce sens qu'il ne fait pas partie de la zone euro et que ses frontières échappent aux accords de Schengen. Pourquoi donc cette décision qui semble aller à l'encontre de ses intérêts économiques?

D'un point de vue géopolitique, la construction européenne a commencé à se fissurer au lendemain de sa réalisation. La guerre globale contre le terrorisme a montré que le cœur des britanniques battait au rythme du pays de l'Oncle Sam. Alors que la France et l'Allemagne étaient contre l'invasion de l'Irak, l'Angleterre de Blair a non seulement soutenu cette décision, au mépris du droit international, mais y a participé diplomatiquement et militairement.

Les conséquences de cette guerre, qui a déstabilisé tout le Moyen-Orient et renforcé les groupes extrémistes, viendront hanter le rêve européen, une décennie plus tard, avec la crise des migrants que l'Europe n'a pas réussi à gérer, ce qui renforcera de facto le camp des Pro Brexit. Le Vieux continent a de ce fait réglé la facture des aventures américaines dans la région.

D'un point de vue géoéconomique, l'Union européenne se débat, à cause de l'euro, dans la crise depuis 2008, alors que les Etats-Unis s'en sont sortis et que d'autres grandes puissances n'en étaient même pas affectées. Ainsi, au moment où leur économie se porte bien, les Britanniques ne veulent plus assumer les lourdeurs de la bureaucratie européenne, cherchent à protéger leurs frontières et rechignent à payer la faillite des autres.

Si la Grande Bretagne a profité de l'Union européenne, en termes de développement de ses exportations vers les pays du Vieux continent, d'attractivité pour les investissements étrangers et de rayonnement de la City en tant que première place financière internationale, le pays de Shakespeare ne veut plus en assumer les contraintes.

Quelles conséquences?

La sortie de la Grande Bretagne de l'UE augmentera mécaniquement le pouvoir de l'Allemagne et renforcera son emprise sur la politique économique européenne. Toutefois, la conséquence la plus sérieuse est l'effet domino d'un tel évènement. Si d'autres pays envisageaient et obtenaient leur "exit", ils réussiront à montrer qu'il y a une vie en dehors de l'UE et pourraient tout simplement la faire voler en éclats, au grand profit des partis d'extrême droite. C'est le grand risque pour le Maroc.

Quel impact sur le Maroc?

L'impact du Brexit sur le Maroc s'analyse à la lumière de l'évolution prévisible des échanges commerciaux et des flux d'Investissement entre les deux pays. Or à ce stade, rien n'indique que celui-ci modifierait profondément la structure et la dynamique de nos échanges de biens, services et des investissements directs. Une dévaluation du sterling consécutive au Brexit pourrait, éventuellement, creuser le déficit commercial avec le royaume, mais pas au point d'en faire une menace.

Si, en revanche, le Brexit contamine d'autres pays, on peut dès lors assister à un regain d'intérêt de la part de certains pays de l'Europe du sud vers leur espace naturel qu'est la Méditerranée. Dans ce cas, les pays les plus stables et les plus propices à l'investissement en tireront un profit maximum (impact positif sur nos relations avec l'UE).

A long terme, le vrai risque, c'est qu'il y ait un regain des réflexes protectionnistes, d'où un impact négatif sur nos accords avec l'UE, auquel cas on sortirait de la logique multilatérale à un ajustement de nos politiques commerciales dans un cadre bilatéral (impact négatif sur nos relations avec l'UE).

Du point de vue diplomatique, les réflexes atlantiques de la Grande Bretagne et son alignement sur les positions du département d'Etat américain ne risquent pas de changer, et notamment, concernant l'affaire de l'intégrité territoriale du Maroc. Les positions du pays sur ce dossier ne connaîtraient, de ce fait, pas une évolution notable suite à un Brexit.

Il en est de même des flux humains. La Grande Bretagne n'ayant jamais fait partie de l'espace Schengen, ne verra pas sa politique aux frontières modifiée fondamentalement, notamment pour ce qui est de la délivrance de visas. Il en est de même pour sa politique migratoire puisque le pays n'a jamais connu une forte présence d'immigrants marocains. Leur nombre est estimé en 2013 à peine 70.000, très loin des 1,3 million en France.

LIRE AUSSI: Brexit: Quelles conséquences pour l'économie marocaine?

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