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Du Maroc, hommage à Simone Veil

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SIMONE VEIL
Jim Tanner / Reuters
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Madame,

Née en République française, c'est par ma mère, native du Royaume du Maroc, que j'ai entendu le plus souvent prononcer votre nom.

A l'enfant que j'étais, ce n'est pas votre combat pour les droits des femmes qu'elle évoquait. Pour me consoler de mes colères, de mes impatiences et de mes déceptions de petite fille, elle me rappelait la tragédie de votre adolescence, comment ni le malheur ni le deuil si tôt éprouvés n'avaient pu entamer le parcours brillant de vos études et quel destin hors du commun vous vous étiez forgé.

Vous étiez citée comme l'exemple du courage, de la force intérieure et d'un espoir de vie toujours meilleure. Mon enfance en a été profondément marquée. C'est à l'adolescence que je découvris la loi portant votre nom et votre lutte acharnée pour que les femmes puissent disposer librement de leurs corps.

Plus tard, ma conscience politique balbutiante s'ébranla devant la vision, au cœur de l'Europe, des camps de concentrations en ex-Yougoslavie. Mais j'entendis une voix, celle de votre colère face à l'inaction politique pendant que des milliers d'innocents, hommes, femmes et enfants étaient définitivement condamnés à mort.

Quand votre biographie Une Vie parut, c'est encore ma mère qui me l'offrit comme piqûre de rappel de ce qu'elle me racontait sur vous. A la lecture de ce livre, je découvris davantage la grandeur de votre âme.

Puissent les femmes et les hommes politiques d'ici et d'ailleurs s'inspirer de vos combats pour défendre les plus démunis et ceux qu'on accuse non pas d'avoir fait, mais d'être: noirs, homosexuels, musulmans, juifs, non croyants, femmes, malades...

Des forces réactionnaires qui vous ont si durement éprouvée dans votre chair restent des émanations qui aujourd'hui encore se manifestent. Sous les cieux de la République qui m'a vu naître, il y a encore quelques mois s'entendait le discours nauséeux de Marion Maréchal Le Pen sur l'avortement.

Quant au royaume du soleil couchant de mes aïeux, il y a trente ans, contrairement à moi aujourd'hui, ma mère ne craignait pas d'aller à la plage en maillot de bain deux pièces.

Citoyenne à jamais reconnaissante des droits acquis par votre engagement ferme et votre détermination, je me ferai le devoir de porter à la connaissance de ceux qui ne vous connaîtraient pas votre histoire et la lumière de vos actions.

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