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Accuser le PJD de l'islamisation de la société est une aberration infondée

Publication: Mis à jour:
MUSTAPHA KHALFI
Anadolu Agency
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En réaction à l'article paru dans le HuffPost Maroc, le 18 septembre 2016, intitulé "Le PJD a-t-il tenté d''islamiser' la société marocaine au cours de son mandat?", je souhaite rectifier certaines allégations énoncées dans cet article.

Tout d'abord, une mise au point s'impose.

L'islamisation, concept totalement étranger aux référentiels du Parti de la justice et du développement (PJD) et à sa pratique depuis des décennies, ne figure pas dans le programme électoral du parti et n'a jamais été parmi ses priorités lors de son mandat au sein du gouvernement. Dans ce sens, je suis très surpris par le ton superficiel dans l'article qui contient plusieurs amalgames et allégations à ce sujet, surtout dans un contexte marqué par une marche contre le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane et le PJD, et en essayant de trouver des soi-disant preuves à la même allégation scandée lors de cette marche.

Il faut aussi souligner que "l'islamisation" dont parle l'article est un concept incompatible avec la réalité marocaine. En effet, le Maroc est un pays musulman que la Constitution a défini en tant que "État musulman souverain", et a accordé à la religion musulmane la "prééminence" dans le référentiel national. Ainsi, l'islamisation est une illusion dans ce sens. Historiquement, la réalité et la Constitution marocaine sont très claires sur ce point.

Concernant les cahiers de charges des médias publics cités comme premier exemple, mal choisi d'ailleurs, il faut rappeler que les deux versions de ces cahiers de charges ont été validées par la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca), seule autorité responsable de veiller au bon respect des cahiers de charges, et dont l'avis est exigé par la loi lors de leur élaboration. Concernant la version qui est entrée en vigueur en octobre 2012, elle a été approuvée par tous les membres du gouvernement.

D'autre part, il faut saluer le renforcement apporté par le département de la communication, sous ma responsabilité, à l'indépendance des médias publics, renforcement qui a eu lieu lors de la préparation, et de l'adoption en juillet 2016, du texte de loi relatif à la réorganisation de la Haca.

Aussi dans l'article, je suis accusé, en tant que ministre de la Communication, d'avoir souhaité interdire les spots publicitaires relatifs à la promotion des loteries nationales, et la publicité des boissons alcoolisées pour motifs religieux. Sauf que je n'ai jamais invoqué cette raison pour l'interdiction de ce type de publicité, et il semblerait que l'on essaie volontairement de créer un amalgame entre l'interdiction d'un produit et celle de sa publicité.

L'objectif de l'interdiction de telles publicités, qui a été adoptée par les deux chambres du Parlement sans aucune objection, tous partis et tendances confondus, est la protection des mineurs, la prévention de la santé publique et la lutte contre l'addiction. Ainsi, par exemple, les bonnes pratiques des jeux de hasard, exigent que les enfants soient épargnés des publicités de ce genre.

Dans les sociétés occidentales, même l'interdiction de l'alcool pour les conducteurs qui est de mise, ne signifie aucunement que ces sociétés s'islamisent. Il s'agit de mesures de sécurité, afin de protéger les conducteurs et les usagers de la route.

Aussi, sur le plan financier, le revenu économique de ce type de publicité au profit des entreprises de presse au Maroc reste marginal, comparé à l'impact négatif sur les familles et la santé psychique des gens, qui peuvent être exposés à de nouvelles formes d'addictions. Ce choix a été fait dans un élan de modernité, surtout et avant tout pour protéger les enfants.

La dernière partie de l'article évoque la réforme du code pénal entreprise par le département de la communication. Je tiens à rappeler que cette réforme partielle, qui a été adoptée par le Parlement, comporte une disposition relative à la lutte contre la discrimination, qu'elle soit religieuse ou raciale, avec de lourdes peines, dès que des propos de ce registre sont exprimés en public. Comment peut-on défendre des lois pour punir tout type de discrimination et être taxé en même temps d'une quelconque volonté d'islamisation?

Autre point, et pas des moindres, l'article contient des accusations dangereuses et sans preuves, ou avec des pseudos preuves qui vont à l'encontre de la réalité. Lorsque l'auteur parle de "corruption constitutionnelle" en évoquant les subventions aux éditeurs de presse, il faut rappeler que l'aide à la presse a été réglementée depuis 2005, bien avant le nouveau code de la presse, qui d'ailleurs a été adopté à l'unanimité au Parlement en 2016. Aussi, la reconduite du contrat-programme relatif à cette subvention, a été signée par mes soins, et appliquée en 2015, plusieurs mois avant l'adoption de ces lois. D'ailleurs l'octroi de ces subventions n'a pas empêché certains éditeurs de s'exprimer contre des dispositions du code de la presse. En somme, les propos contenus dans l'article ne sont que des allégations infondées dans un décalage complet avec la réalité.

Concernant "Much Loved", l'interdiction de ce film est le seul cas du genre en cinq ans, et il découle de l'application pure et simple des textes de lois et règlements qui sont en vigueur bien avant l'arrivée de ce gouvernement. Sur le registre de la liberté d'expression, il faut noter que durant ces cinq années, aucun journal marocain n'a été confisqué, aucun site d'information n'a fermé sur décision administrative, et l'interdiction des journaux et de la distribution dépendra désormais de la justice. C'est notre bilan. D'ailleurs, il faut aussi saluer l'élargissement des libertés de la presse, notamment par la dépénalisation de la diffamation dans le nouveau code de la presse, et par la suppression définitive de près de 30 peines d'emprisonnement.

Pour conclure, si l'on veut analyser mon bilan au département de la communication, ou celui du PJD, il faut aussi discuter les réalisations, et non s'attarder uniquement sur des questions marginales et infondées.

Et le bilan du PJD, qui a été publié sur le site officiel du parti, et le bilan du gouvernement, publié sur un site dédié, démontrent d'un respect des libertés, et d'une concentration sur les questions économiques, politiques et sociétales. Et ce sont là les principales préoccupations, et les réels défis à relever.

La rédaction du HuffPost Maroc reste sur sa position qui est que le PJD a déjà tenté d'instrumentaliser l'islam à des fins politiques, et que son bilan sur le volet du respect des libertés individuelles est décevant. Dans son programme électoral pour les législatives du 7 octobre, la PJD promet par exemple une "corrélation de la culture aux valeurs religieuses et nationales". Ce qui, de notre point de vue, porte atteinte à la liberté de création et confirme l'instrumentation de la religion par le PJD à des fins électorales.

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