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Indépendance: rendez-nous l'histoire avant la liberté

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JOUR INDPENDANCE
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Tous amoureux de l'Algérie, aussi nombreux soient-ils, doivent dépérir à chaque fois que la réalité affronte ses espérances, ombre d'eux-mêmes depuis que le rêve de son indépendance s'est réalisé. Ils se languissent de ce que sont devenus leur rêves avec elle, en elle et pour elle.

Elle semble pourtant indifférente, hautaine et gracieuse. Capricieuse mais désintéressée cette Algérie qui torture. De ses rues qui ont malgré tout gardé leur charme, de son Etat qu'il l'a abandonnée si jeune et de ses enfants si perdus dans son labyrinthe chaotique. Tant le désordre y est de mise.

Et ce n'est pas la crise de la quarantaine qui nous fait sentir la mise en quarantaine accablante qu'elle nous inflige, née présumée, elle a aujourd'hui 55 ans. Elle est malade oui, des maux de ses enfants pris par la fièvre de la naïveté.

C'est bien avant sa naissance, que l'hydre tentait déjà de l'avaler. En 54, déjà, ses ancêtres se disputaient sa naissance, certains prétendaient discuter la méthode mais d'autres, en réalité, ne pensaient qu'au partage.

Dans son amour nous avons péri, il n'est, certes, plus belle souffrance que celle d'un amoureux sincère mais notre Algérie continue à nous tourner le dos et nous, paradoxalement, nous continuons à l'aimer. Et c'est viscéral.

Le cancer s'est très vite incrusté en elle en variant les formes : corruption, mal intentions, abus de pouvoir, népotisme et calomnie, et il s'est très vite propagé. Par manque de chance, ses voisins et amis, avaient d'autres chats à fouetter que de guérir, notre Algérie libre.

La liberté étant une valeur qu'elle s'est toujours battue pour nous transmettre mais la mal intention avait déjà pris d'assaut les lieux. La liberté resta donc un idéal qu'on nous a loué à maintes reprises, tel un joujou pour nous calmer de notre excitation souvent incontrôlable, mais contrairement à l'Algérie, nous Algériens, nous-nous sommes jamais battus pour la préserver.

Dans une Algérie où le mal devient un mode de vie, où l'injustice devient sacrifice sine qua none pour une sécurité volée. Une Algérie difficile à reconnaître entre des tenants de pouvoirs trop occupés à pomper les restes, une jeunesse victime de parents soumis ayant commis l'erreur de croire au pouvoir au moins une fois dans leur vie, et une histoire chargée en événements pauvres en crédibilité.

Ce qu'on ne nous dit pas dans les manuels d'histoire
Le 5 juillet 1962 est une date qui marque l'indépendance de l'Algérie mais elle marque aussi le début de la récupération de la révolution. Le processus de juin 1965 quant à lui, en marqua la fin. Mais de quelle indépendance s'agit-il si nous nous savons que peu sur notre honorable révolution ? Et de quelle indépendance parle-t-on si nous sommes encore dépendants de la réussite ou des échecs de politiques trop souvent imposées et mal formulées ?

Sommes-nous réellement indépendants si la démocratie n'est que symbolique chez nous ? Et si les pauvres s'appauvrissent encore pour enrichir les riches ? Si les jeunes ne s'intéressent pas à leur histoire, volée par les vieux et remplacée par les parvenus à des fins de pouvoir ?

Il n'aura pas d'indépendance tant que nous n'aurions pas remis à César ce qu'on lui doit, le père du nationalisme doit reconnu tant que tel, et les crimes commis par les révolutionnaires et le pouvoir post 62 doivent être reconnus.

L'inventeur inventé

Le père du nationalisme n'est autre que le dirigeant Messali Hadj , le premier à avoir brandi le mot indépendance de l'Algérie en 1920. L'homme au tarbouch tel que présenté dans nos manuels d'histoire et dont la présentation ne dépasse pas un paragraphe, fut le fondateur des premières organisations indépendantistes algériennes et un organisateur infatigable des batailles contre le système colonial français.

Toutefois, l'histoire qui a été massivement utilisée pour justifier le sens d'une orientation politique a donné lieu à une autre histoire édifiée en 62, dès l'indépendance. On ne nous a parlé ni des affrontements tragiques entre le FLN et les messalistes, ni de la mise à l'écart des "berbéristes" et communistes. Comme pour Ait Hmed, Ferhat Abass et Ben Bella le pouvoir s'est contenté de nous glisser seulement quelques bribes sur cette partie de l'histoire dans nos manuels scolaires.

On ne nous a pas non plus parlé d'engagement des femmes dans le maquis d'ailleurs, en Algérie, on ne parle plus de femmes. Il ne reste presque rien des organisations féministes et les femmes ont abandonné le combat pour les libertés. Elles ont appris, par la force des choses, à se contenter de la générosité du président qui, durant ses mandats leur a donné un peu plus de liberté, dans une manœuvre politique par excellence.

On n'a donc fini par décourager l'Algérie de ses luttes. On a réduit ses femmes aux rôles de citoyennes en oubliant les super-citoyens qu'elles sont. Pourtant, il apparaît clair que l'avenir de l'Algérie est porté dans les bras de ses femmes et que la véritable révolution sera celle des femmes.

Où sont passés les leaders ?

Force est d'admettre pourtant que, pour comprendre la situation dans laquelle se trouve l'Algérie aujourd'hui, une virée dans son histoire moderne s'impose ; et nul n'a besoin de science infuse pour comprendre que les "bâtisseurs" de l'Algérie indépendante manquaient terriblement de leadership.

Les problèmes de gestion ont commencé très tôt, les tiraillements et les fractionnements ont fait que les dirigeants trouvent facilement leur place au top de la hiérarchie, et la légitiment tout de suite après. Ils n'avaient alors besoin ni d'un plan, ni d'une campagne, ni stratégie pour être élu ou s'imposer. Le processus de management qui en découla fut simplement, catastrophique.

Et c'est surtout au moment crucial de l'histoire de l'Algérie, soit les années post indépendance que cette faille se fit sentir. L'histoire se résume en un triptyque univoque simple : des managers en manque de compétence ont mené un management inefficace qui a conduit au déclin de l'Etat qui lui n'était pas à l'abri des attaques tant sur le plan interne qu'externe.

Le fondateur de la nation n'a pas fini de la bâtir, aujourd'hui les institutions de l'Etat sont faibles voire menacées dans un climat d'insouciance générale. Le peuple est en quête de survie, traumatisé par un passé tragique, fuyant un avenir obscur et incertain. Les enfants de l'Algérie ont des priorités à respecter ils doivent mener un combat quotidien pour survivre dans un désordre sans égal. Ils doivent aussi travailler ou chercher du travail, se nourrir, se soigner, critiquer mais ils ne doivent surtout pas rêver, le rêve n'est plus permis. On leur a rendu la vie difficile même dans ses plans les plus banals. Et l'indépendance n'est plus qu'un vain mot pour eux.

A quoi sert l'indépendance si elle nous interdit de rêver ? Si elle ne transforme pas les pauvres en riches ? Si elle ne donne pas de souffle à la jeunesse et de la jeunesse au pays ?

Qui nous a privé de notre indépendance pourtant si fièrement arraché par nos glorieux martyrs qui doivent, eux aussi, être perdus dans leur tombe. Les martyrs sont les autres enfants de l'Algérie, ils ont emporté avec eux, tant de belles choses, ils ont emporté le rêve et l'espoir qui restaient.

Mais il reste encore du rêve à revendre chez ses enfants survivants, les amoureux sincères de l'Algérie, ceux qui ne veulent pas la voir disparaître. Pour ces derniers, le chemin sera long et parsemé d'obstacles mais tout mérite d'être essayé pour ses beaux yeux, la belle Algérie.

Qui d'autre lui reste-t-il que ses enfants amoureux ? Certainement pas leurs ennemies et les ennemies de l'Algérie qui continuent à en profiter, malgré elle et malgré eux.

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