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Soyons humains ou cessons d'exister

Publication: Mis à jour:
NICE
ASSOCIATED PRESS
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La brute amorphe a quitté sa cellule jeudi soir, en douce, pour s'empiffrer de chair humaine et de sang innocent.

La brute qui n'entend pas, ne voit pas et ne parle pas a frappé à Nice, magnifique ville du Sud Est français, un 14 juillet, jour de fête, dans un monde normal.

Sortis admirer la magie du spectacle des feux d'artifices tirés à l'occasion de la fête nationale, des innocents ont perdu l'âme même si l'âme c'est trop dire dans un monde sans âmes, ils ont perdu leur corps, leur intelligence, leur volonté, leur vie.

Loin des médias et des projecteurs, loin des rumeurs, des bandes d'informations dans des télévisions courant derrière le sensationnel, cherchant une vérité en fuite, c'est ce que le cœur des gens a ressenti qui m'intéresse, ce muscle souvent inerte qui réagit comme un organe stupide aux tensions et aux émotions, qu'a-t-il bien pu ressentir?

Un mélange de peur, d'anxiété, de culpabilité pour certains (certainement pas les politiciens), de terreur, d'angoisse, de douleur, d'amour, de compassion, de solidarité et de colère. Pour ceux qui en ont encore un ici bas.

Le même cœur à Paris, Istanbul en Irak, à Sousse, à Tunis, à Nice, à Bruxelles qui continue son tamtam malgré la bestialité des sans-cœurs ; le cœur continue d'exister, il s'accroche à la vie dont il est muse et raison.

Le mien n'a pas voyagé, il est resté en moi, se cachant, prisonnier de son bouclier fait de peurs et de mauvais souvenirs, un cœur fragilisé par l'histoire amère d'une Algérie meurtrie durant son enfance, durci par une Tunisie agressée durant son adolescence, un cœur devenu mutique aujourd'hui face à la rusticité, qui continue.

Je pèse mes mots en parlant de cœur, cela peut paraître enfantin ou simpliste mais pour moi, terrorisme et cœur sont liés depuis toujours car avoir du cœur vous pousse à être - ou essayer d'être- 'quelqu'un de bien' ou même 'quelqu'un de mal' mais jamais à en tuer d'autres au nom de quelque chose, dogmes, idéologie ou par insatiable autolâtrie.

Avoir du cœur vous pousse en partie à sauver la vie des autres et non à la biaiser au stade du citoyen, à respecter ses engagements au stade du responsable et à cesser son hypocrisie politique mortelle au stade du politicien.

Avoir du cœur pousserait par exemple un policier à bien faire son travail soit protéger les autres, un avocat à refuser les pots de vin en faisant ainsi respecter la justice qui dans le cas contraire pourrait être source de haine et il n'est d'haines durables, celles qui sont nées quand on était enfant, le terroriste d'aujourd'hui est né il y a des années, une génération.

Hitler, Mouammar Kadhafi , Staline n'ont été que le reflet de leurs cauchemars d'enfants, de leurs complexes refoulés, le terrorisme aussi, se nourrit de l'enfance, de l'entourage et de l'injustice. Il faut donc avoir du cœur pour faire moins de terroristes et plus d'humains ;

Les politiciens aussi, plus grands responsables des barbaries humaines doivent cultiver un cœur , même factice, pour un début et apprendre à être humains. Que ressentent ils en voyant la photo d'une poupée chauve en sang, près du cadavre d'un enfant?

Quel audace pour aller retoucher leurs discours stériles, à sortir en temps de crise et à manipuler avec prudence? Moi je n'ai même pas osé regarder la poupée, comment oseront ils regarder les parents?

En Tunisie, en France ou ailleurs, c'est à ça qu'il faut penser quand on fait son serment, lorsqu'on on accepte un poste, une fonction, il faut penser au pire, que la vie de millions de personnes est tributaire de notre sérieux, conscience et bonne foi.

La pensée individualiste a eu raison de l'humanité, elle l'a déchiré, transformant les couples en ennemies, les voisins en inconnus, les gens en brutes.

Nous sommes tous des brutes cachées sous une carapace de sensibles, affectés quelque part par des évènements dont nous en sommes indirectement responsables. Je répète nous sommes tous responsables.

La mère qui ne donne pas assez d'amour à se enfants, le mari qui ne chérit pas sa femme, les parents qui empêchent leur filles d'aller à l'école, ceux qui choisissent pour leurs enfants, le frère qui bat sa sœur, l'oncle qui viole sa nièce en silence, les professeurs qui n'exhortent pas assez leurs élèves, étudiants sur les dangers de l'extrémisme et ne leurs expliquent pas assez, le sens de la vie et son but.

Les recruteurs snobes qui ne donnent pas leur chance aux nouveaux, les racistes, les xénophobes, les régionalistes, les homophobes, sont tous des terroristes dont les attentats sont retardés ou commis par d'autres.

Le chauffeur du camion n'est qu'un exécutant, cherchons l'erreur, cherchons les auteurs, on en fait peut-être partie.

Réapprenons à être humains, cherchons des cœurs, échangeons les, cultivons-les, trouvons le moyen d'en avoir, ça sert un cœur. Apprenons surtout à nos enfants à en avoir, on peut changer le monde quand on veut, trois fois par jour, quand la volonté y est, quand le cœur y est.

Toutes mes condoléances aux victimes.

A bon entendeur.

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