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Qui veut saboter le sport maghrébin?

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RIO
Collage/AFP
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Deux médailles d'argent pour l'Algérie, trois médailles de bronze pour la Tunisie et une seule médaille de bronze pour le Maroc aux jeux olympiques de Rio 2016, mais qui veut saboter le sport maghrébin?

Certes, on ne juge pas le niveau du sport dans un pays par le nombre de médailles olympiques mais il faut dire que les prestations des athlètes des trois pays étaient loin d'êtres impressionnantes.

Le sport ne se limite pas au football

Dans les trois pays, le football connaît pourtant un niveau respectable, joueurs internationaux, coupes et championnats. Les peuples des trois pays sont considérés comme accro au football, ne ratent pas les matches de ligue 1 ou ce qu'on appelle la première division en Algérie, parfois, le football peut même mener à des conflits et tensions considérables.

A contrario, la joie dans le football en cas de titres est indescriptible dans les trois pays. On peut voir la tristesse sur les visages, les rues désertes et les plateaux TV enflammés.

A essayer de trouver une raison pour expliquer cet "amour" du football, au détriment d'autres sports, on se dit que c'est peut être car la résistance à la colonisation dans les trois pays, est passée par le football. Plus loin que le sport, les clubs de football jouaient le rôle d'ambassadeurs de la résistance face à l'occupation française. Le Club Africain (CA), le Mouloudia d'Alger (MCA), et l'USM Casablanca.

Quid du reste des sports? Pourquoi n'avons nous pas la "culture du sport" avec pourtant trois ministères de la Jeunesse et des Sports qui dépensent parfois presque autant que les ministères régaliens.

La vraie question est de savoir combien d'enfants font du sport? A quel point les parents sont conscients de l'importance du sport pour les enfants? Et surtout quelle place occupe le sport au sein de nos gouvernements et dans l'échelle de priorités de nos dirigeants depuis l'indépendance.

Le sport n'est pas un luxe

Pourtant, dans nos pays, on a tendance à joindre le ministère de la jeunesse à celui des sports, et là, la symbolique est forte. Comment voulons nous avoir une jeunesse "smart", active et en bonne santé, qui ne fait pas de sport?

Comment voulons-nous que nos enfants apprennent le fairplay, l'échec, la victoire et l'esprit d'équipe sans donner l'importance qu'il faut au sport?

Exiger un gouvernement jeune, passe aussi par avoir des jeunes en bonne santé, pratiquant le sport, Vladimir Poutine représente le meilleur exemple avec sa ceinture noire huitième dan de judo.

Pendant ce temps là, nos responsables, flasques, peu soucieux de leur activité physique ou de leur apparence, prennent à peine le temps d'assister à une finale de championnat de football. Quel exemple donnent ils aux générations futures ?

Faut-il fermer les ministères de la jeunesse et des sports chez nous ?

En termes d'optimisation des ressources, il serait peut être temps d'y penser. Depuis des années lumières que ces ministères dépensent sans ajouter une quelconque valeur au sport ou à la société, la recherche est presque morte dans le domaine, les projets endormis et les jeunes, contraints d'abandonner le sport, même pour les athlètes d'élite qui devront à un moment choisir entre les études et le sport.

Beaucoup de spécialistes, ont pourtant évoqué le professionnalisme du sport, a création d 'écoles de sport, afin que les élèves puissent s'organiser et ne pas abandonner l'un au détriment de l'autre, études et sport mais l'État ne semble pas prêt d'appliquer les différentes études proposées en ce sens.

A quand, des écoles sponsorisées pour les enfants de villes intérieures, pour ceux qui ont du talent et qui peuvent donner au sport, un nouveau souffle, en reprenant le flambeau? Ce sont souvent les enfants de milieux défavorisés qui vont loin et réussissent mais cela, ils devront passer par la case, immigration car c'est de l'autre côté de l'Eldorado qu'on leur montrera la voie et qu'on les aidera à réaliser leurs rêves.

Ici, on abandonne, on tue les rêves et après on chercher, indécemment à récolter les lauriers et à hisser les drapeaux et on n'est pas prêt de changer les mentalités. Il n'y a qu'à voir nos footballeurs qui évoluent dans des clubs européens pour mouiller le maillot de l'équipe nationale. C'est juste désolant.

C'est à Larbi Bouraada, décathlonien algérien classé à la 5e place lors des Jeux olympiques d'été de 2016 en portant le record d'Afrique à 8 521 points, préparé pourtant à la dernière minute dans une discipline réservée aux pays riches, l'athlète pétri de qualités et qui l'a prouvé plusieurs fois aurait du être pris en charge dans le moindre détail afin qu'il puisse se concentrer sur sa discipline et rivaliser avec les meilleurs. Malheureusement ce ne fût pas le cas. Quel gâchis! Pire encore, le jeune champion n'a même trouvé les moyens pour rentrer.

Il y a quand même du bon pour nos athlètes à Rio

Pour la Tunisie, la leçon à tirer, c'est que les femmes sont capables de miracles, à voir la médaille de bronze en escrime d'Ines Boubakri, première au niveau africain et la médaille de bronze de Marwa Amri en lute, première au niveau arabe et africain, sont un bon présage pour le sport féminin, mais faut-i-il pousser les jeunes filles à poursuivre leur rêves et changer les mentalités selon lesquelles il faut choisir entre sport et études.

Pour l'Algérie, la leçon à tirer, c'est celle de la solidarité entre les athlètes, je cite le geste émouvant de Makhloufi, double médaille d'argent en athlétisme quand ce dernier à organiser une cérémonie factice pour remettre à médaille à Bouraada, en faisant chavirer la toile, mais ce sont les dirigeants qu'il faut interpeller ici.

Le sport chez nous, n'est donc pas mort mais il faudra beaucoup d'efforts et de travail afin qu'il reprenne ses couleurs d'antan, Il faudra une réelle prise de conscience de la part des décideurs, et une réelle volonté à faire changer les choses pour inculquer aux enfants les valeurs du sport et les sensibiliser quant à son importance.

Des efforts sont à faire également en matière d'éducation sportive, il faudra que nos jeunes comprennent que le sport n'est pas réduit au football et que le football, lui, n'est pas réduit à la violence dans les stades.

Espérons qu'en Tunisie, Majdoline Cherni ait une stratégie claire pour faire changer la donne et propulser nos athlètes au plus haut niveau. Ils le valent bien.

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