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C'est officiel, Ennahdha passe à la 4G

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GHANNOUCHI
Facebook/Rached Ghannouchi
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Le mouvement Ennahdha a inauguré son 10ème congrès, vendredi 20 mai 2016, et pour cela, le parti n'a pas hésité à sortir le grand jeu.

Respectant son image de "grand parti", Ennahdha a impressionné ses adeptes et ses concurrents en mettant le paquet: lumières, personnalités nationales et internationales, drapeaux, grand écran et plus, dans la prestigieuse salle omnisport de Radès, avec -cerise sur le gâteau- monsieur le président de la République Béji Caid Essebsi comme guest VIP.

En relisant mes phrases, je ne sais plus s'il est encore correct de qualifier Ennahdha de mouvement, cette organisation, cette rigueur, cette communication et cette précision reflète le savoir-faire d'un grand parti.

Je n'écris pas pour faire reluire l'image d'Ennahdha ni pour servir les intérêts d'un quelconque parti, j'écris ce que je vois, j'exprime mon étonnement, et dresse ma propre analyse, loin des éventuelles critiques car il faut rendre à César ce qui appartient à César.

Le congrès du mouvement se poursuivra jusqu'au dimanche 22 mai 2016 et verra la participation de près de 12000 personnes dont près de 5900 congressistes. Les invités d'honneur de ce congrès de Tunisie et de l'étranger avoisinent les mille personnes.

Avez-vous remarqué le changement?

Gandhi a dit "soyons le changement que nous voulons voir dans le monde" et Ennahdha semble l'avoir compris; le changement constaté dans ce 10ème congrès apparaît dans l'effort de communication.

Désormais Ennahdha ne veut plus être le mouvement islamiste, mais il veut être mêlé à la Tunisie, représenter la Tunisie et être son égal ce qui s'explique par le grand drapeau de la Tunisie, hissé au devant la scène, un peu comme la politique de Nidaa Tounes.

En effet, on voit moins de drapeaux d'Ennahdha, moins de bleu, plus de rouge, la formule gagnante!

Ennahdha a compris que pour continuer à rafler des voix, il fallait passer à la 4G aussi en devenant le parti "civil", réunissant "tous" les Tunisiens ou presque.

Le parti semble avoir appris de ses erreurs et a compris qu'un jour ou l'autre, la religion sera séparée de la politique, Ghannouchi refuse manifestement de passer à côté de ce manque à gagner.

On le voit d'ailleurs, heureux dans son costume bleu, ravi de la présence de BCE, songeant à appâter les lions, promettant monts et merveilles, confiant en l'avenir avec un air de revenant.

Ennahdha "the Revenant"?

Le parti revient de sa longue absence, le fait est qu'il reculait pour mieux sauter, Ennahdha voulait laisser le temps nécessaire aux Tunisiens pour avaler la pilule des élections, leur laisser le temps de digérer leur nouveau gouvernement et le devenir de leurs voix et leur "vote utile".

Et ils ont aussi compris, que Nidaa n'est qu'un dérivé du radical verbal "Ennahdha", ils ont compris que Rached voit en Béji son âme sœur et vice versa, que le vrai dialogue national était celui des conflits d'intérêts et que le prix Nobel de la Paix était celui de l'équilibre entre islamisme et "modernisme".

C'est fini, désormais Ennahdha est un parti "civil" et tous les moyens sont bons pour rester dans la course. Après tout la fin justifie les moyens.

Les tonneaux vides font beaucoup de bruit, mais les tonneaux mettent du temps à se remplir. En attendant les outputs du congrès, on peut dire que les dés sont jetés et que le plus gros reste à venir; en attendant le congrès de Nidaa, les 203 partis auront du pain sur la planche.

C'est aujourd'hui que commence la campagne.

Allô la gauche?

Cela fait un moment qu'on se demande même si une gauche tunisienne digne de ce nom existe, on se demande où sont passés les leaders, et si la gauche a encore un avenir à Carthage.

Le silence des agneaux, cache une bien triste réalité, celle des grandes gueules absentes, des politiciens qui parlent pour ne rien dire, ceux qui font honte au communisme, léninisme et même au marxisme.

Même pas un brin de résistance, même pas un soupçon de fierté, la gauche se disperse, s'enlise dans le sable et disparaît de la scène et de la circulation.

C'est pourtant maintenant plus que jamais, que la gauche doit se ressaisir et faire un vrai travail de consolidation et de restructuration, à communiquer plus tard.

C'est maintenant que les temps sont durs, que la vie est chère, que les Tunisiens ont du mal à boucler les fins de mois, que la Gauche a toutes ses chances, mais non, appelez-les "les gens absents".

Regardez Ennahdha, Hamma, regardez et inspirez vous.

Mettez-vous au travail aujourd'hui si vous ne voulez plus faire partie des archives.

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