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Algérie,Tunisie: Même combat pour la liberté d'expression?

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Le mois de juin ressemble de plus en plus au printemps noir algérien: répressions, assassinats et arrestations arbitraires. Des faits marquants, des larmes difficiles à retenir quand on pense au président Mohamed Boudiaf lâchement assassiné le 29 juin, quand on se rappelle de Maatoub Lounes, chanteur engagé, fervent défendeur de la culture kabyle lâchement assassiné il y a 18 ans.

Aujourd'hui encore, juin massacre les libertés en Algérie, cette fois, c'est au tour des médias.

En Tunisie, ce mois de juin qui coïncide avec le mois sacré fût marqué par l'intolérance aux déjeuneurs.

Malgré l'absence de lois liberticides, de nombreux Tunisiens ont dénoncé les pratiques du ministère de l'Intérieur qui "agirait à coups de directives" pour enjoindre les gérants de cafés et de restaurants à ne pas servir les citoyens musulmans. Pas ou peu de conflits autour de la liberté d'expression pour ce mois-ci.

En Algérie, le climat est tendu, depuis que la chaîne de télévision algérienne KBC, a fait l'objet d'une pression conduisant à la fermeture des studios et à l'arrêt de l'enregistrement de deux émissions satiriques à savoir "Nass stah" et "Ki Hna Ki ennes", jeudi 23 juin 2016, décision qui a fait chavirer les réseaux sociaux algériens notamment les fans de l'émission.

Les Algériens n'ont même pas eu le temps d'avaler la pilule amère et de comprendre ce qui s'est réellement passé que le tour du média francophone El Watan arriva. Dans la soirée du jeudi, le siège du média a été encerclé par les forces de police jusqu'à vendredi après-midi. L'accès était interdit au siège.

Les Tunisiens eux, en savent quelque chose, la liberté d'expression n'a jamais été le point fort de leur histoire. De Bourguiba à Ben Ali et même durant les gouvernements de transition, on parle plus mais avec une marge de liberté bien contrôlée. Cela ne diffère pas de la France, qui depuis la déclaration des droits de l'Homme en 1789 a connu bien des dépassements, le dernier en date avec l'affaire Dieudonné.

Retour en Algérie où les autorités ont préparé un prétexte quant à la suspension des émissions en question à savoir l'absence d'autorisations administratives, même chanson, même disque rayé qu'on se force à faire tourner.

Ryad Hartouf, et Mounia Nedjai, directrice au ministère de la Culture ayant signé les autorisations de tournage de l'émission "Nass stah", ont été placés sous mandat de dépôt. Ils sont toujours en garde à vue.

En Algérie comme en Tunisie, on envoie derrière les barreaux ceux qui ont pour seul tort d'avoir dérangé l'ordre public qu'on veut instaurer bon gré mal gré.

L'Affaire de Ould El 15, jeune rappeur détenu pour avoir composé une chanson qui "aurait nui" à la police tunisienne, bien après la révolution pourtant, en 2013, vient nous le rappeler.

C'est tout simplement incroyable qu'on se taise devant des pratiques dignes du régime nord-coréen, qu'on se laisse marcher sur sa liberté volée par le sang et la hargne.

Mes compatriotes des deux pays n'ont pas encore appris la leçon à savoir que nul n'a le droit de leur interdire de dire ce qu'ils pensent.

"Nass stah" ne doit pas s'arrêter, il faut continuer à jouer, chanter, faire des blagues, imiter et déranger surtout sinon on s'enterre vivants et on creuse notre propre tombe en facilitant la tâche à nos assassins.

"Le message du pouvoir est clair, la conjoncture étant peu maîtrisable, le pouvoir a décidé de se débarrasser de tous les contenus non désirables en trouvant des motifs administratifs" a déclaré au journal El Watan, le responsale de Kbc.

Les contenus indésirables doivent justement se multiplier, afin que se multiplient les libertés et nos chances de survivre au lendemain méconnu de l'Algérie avec.

Ce qui est inquiétant surtout, c'est que les jeunes sont peu soucieux de la gravité de la situation, c'est qu'ils s'habituent à de tels scénarios, c'est qu'on a tué toute étincelle rebelle en eux, ou tout cri de justice, à tout le moins.

C'est ainsi que procèdent les régimes dictatoriaux, en anesthésiant leurs peuples, en les hypnotisant, en les distrayant pour diviser et régner à leur guise.

La dernière génération de l'élite algérienne a dit son dernier mot, nos cerveaux se font vieux et nos militants des droits de l'Homme et défenseurs de liberté sont peu nombreux.

Le climat idéal donc pour le mutisme et les bouches cousues se dessine et se confirme.

Le régime de Ben Ali lui a bien muselé les Tunisiens, les amenant à avoir peur: pas de droit à la parole même dans leurs foyers. Mais le retour de manivelle, bien que 23 ans plus tard, a renversé la donne et la justice a triomphé - ou presque- .

Ce qui me rebute c'est que dans mon Algérie, les affaires similaires à KBC, comme le retour de Chakib Khelil ne choquent plus; les parents n'en parlent pas à leurs enfant; les gens ne crient plus NON à l'injustice. Et ce n'est pas que mon Algérie c'est la leur.

Dans nos pays, les gens ont été menés en bateau, on leur a menti, on les a pillés, violés, pendant des années, l'espoir finit par se faire désirer et l'être humain est fragile.

Pourtant une question mérite d'être posée, sommes-nous responsables de notre répression?
Avons-nous déjà cette culture de la liberté d'être, d'appartenir et de dire? il y a du travail à faire.

Nos sociétés sont, plus d'un demi-siècle après l'indépendance, encore frustrées. On ne pratique pas la liberté d'expression dans nos foyers, avec nos enfants, dans couples, et dans nos cafés.

Nous nous sommes à nous seuls créés des barrières à la liberté. Il y a des choses qu'on ne doit pas évoquer, il y a des tabous intouchables sous risque de blasphème et de complot.

Avons-nous mené le bon combat? Avons-nous appris à être libres et à le demeurer? Peut-être pas car jusqu'aujourd'hui, nous avons du mal à comprendre que la liberté s'arrache, elle ne s'offre pas sur un plateau d'argent.

Cela étant dit, je ne perds pas espoir, je sais que les leaders algériens et tunisiens sont en route. Les retards ne tuent pas, ils seront là et nous tiendront par la main pour nous emmener à notre Algérie, aimée et rêvée.

Ils arrivent comme les 6 leaders du FLN, comme Boudiaf comme Belkacem, comme Belboulaid, Ben M'hidi, Bitat et Didouche Mourad. Ils marchent à grands pas pour venir libérer nos pays de l'obscur et des mains basses.

Ils sont en eux, nos enfants, ceux à qui nous donnerons la vie, ceux que nous éduquerons, ceux à qui nous apprendrons à aimer leur pays, à le respecter et à le défendre.

En attendant des jours meilleurs, soyons solidaires Algériens et Tunisiens avec ceux qui le méritent et ne laissons pas les "hommelets" lâches nous voler notre liberté arrachée à De Gaule et à Pétain.

Arrêtons d'être asservis à des idées reçues de chacun pour soi. Ce qui est arrivé à AlKhabar nous concerne tous. Qu'ils aillent arrêter Chakib Khelil dans sa campagne-zaouia, ce serait plus utile et plus juste au lieu de s'en prendre à une jeunesse qui a eu pour seul crime d'être créative et courageuse.

De Tunis, je suis de tout cœur avec les journalistes et animateurs de Kbc et l'équipe de "Nass Stah" qui avec un petit budget fait du très bon travail et réussit à garder mes yeux fixés sur l'écran toute l'émission durant.

N'oublions jamais qu'un système qui emprisonne sa classe culturelle verra sa fin proche, c'est la règle.

Au lieu de bloquer les media sociaux, les dirigeants gouvernementaux devraient se mettre au niveau pour ne pas être à la traîne et comprendre les aspirations de tous les Jeunes algériens et tunisiens qui cherchent à vivre et fonder un foyer, une fois que les vieux leur laissent la place pour des emplois.

Qui aurait pensé qu'un Président noir fils d'un Kenyan puisse être Président des États Unis pour 2 mandats successifs.

A-t-on pensé à l'après des nonagénaires Tunisien ou Algérien?

Affaire à suivre

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