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A Tunis comme à Alger: le football, opium de la jeunesse perdue

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VIOLENCE DANS LES STADES
Liberté algérie
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"Ils nous ont voulu ignorants, ils nous ont voulu distraits, ils nous ont voulu absent, ils nous ont voulu faibles alors ils nous ont construit des terrains de foot".

Le football, ce magnifique sport de spectacle qui unit les peuples, redonne le sourire aux plus démunis, redessine les frontières et attire le regard amusé des fans assujettis, n'est pourtant pas à l'abri de dérapages. Décryptage.

Ainsi, dans nos pays, ce sport célèbre est à consommer avec modération. S'il a été, un excellent atout de libération pour nous lors de la résistance à la colonisation française en Algérie comme en Tunisie entre autre avec le Club Africain (CA) et le Mouloudia d'Alger (MCA), ce sport est plus que jamais menacé aujourd'hui.

Si le football a propulsé les deux peuples vers la libération en contribuant à la constitution des nations, le retour de manivelle a fait en sorte qu'il constitue un danger devant une jeunesse trop distraite et inconsciente de la décomposition morale qui menace son pays. Algérie, Tunisie, deux pays, même sort pour la jeunesse.

Et si dans les pays développés, les jeunes trouvent leur confort dans les bancs des universités et entre les couloirs des bibliothèques, chez nous c'est sur les gradins d'un stade, bordé par des policiers trop coléreux, matraques à la main, qu'ils trouvent leur compte.

Chutes et décadences d'une jeunesse prise en otage

Et c'est souvent pour scander des slogans d'une violence inouïe et pour arborer des airs de Hooligans qu'ils se bousculent devant les guichets où ils s'arrachent les billets.

Force est de dire qu'en matière de football, nos jeunes, ne reculent devant rien. Ils se transforment en héros, retrouvent leur confiance en soi spoliée par des gouvernements trop complexés et sentent, pour une fois, qu'ici, la loi du plus fort est de mise. La loi du népotisme et des pots-de vin, quant à elles, n'ont pas de droit de citée ici.

Serait-il possible qu'un terrain de football traduise les rêves de la jeunesse ? Qu'il mette en avant les espoirs perdus d'une génération censée "sauver le pays" des griffes des charognards qui ont en fait un Etat résiduel?

Pourtant, dans nos stades, le rendez-vous est à la violence, aux gros mots, aux insultes, au racisme, au régionalisme et même aux conflits politiques. Ce sport est vidé de toute bonne cause qu'il tente de véhiculer ou de toute bonne action qu'il compte proliférer autour de lui. Nos jeunes ont pris d'assaut se sport pour y stocker leur frustration et leur mal être.

Et ce n'est pas nouveau. Longtemps, le système a eu recours au football pour adoucir les mœurs et avorter les révoltes. C'est l'outil par excellence des despotes réincarnés, qu'il soit coûteux ou pas, il reste le meilleur moyen de museler les voix.

C'est toute la différence qu'on sent qu'on regarde un classico FCBarcelone FC Real Madrid après avoir regardé un derby USMA Vs MCA ou CA Vs EST en Tunisie. Le premier nous offre du spectacle et de la bonne humeur, le deuxième titille en nous le besoin de s'enquérir de l'état du sport dans nos contrées ou après mûre réflexion "de laisser tomber car la médiocrité touche tous les secteurs, y compris le sport."

O combien c'est douloureux de voir nos jeunes, notre force, notre capital humain et notre espoir de demain se soucier du score de leur club beaucoup plus qu'ils ne se soucient de leur bulletin de notes, du devenir de leur pays ou de la santé de leur président !

Le football n'a pas été inventé pour servir d'un outil de conspiration et les jeunes quant à eux ne sont pas là pour être manipulés mais pour être éduqués. Suite logique des événements, après la fin des matches, nous avons droit au même spectacle sordide à chaque fois: des gradins saccagés, des métros pillés, des rues portant les traces d'un passage de raz de marée humain. Soit le portrait type du sous-développement et de la bêtise, certains trouvent pourtant l'audace d'associer le sport à la "culture".

Jaques Brel chantait "Quand on a que l'amour", et si on avait que le foot Jaques ? Notre jeunesse n'a que le football même l'amour devient violent chez nous. Ils n'ont que ce sport pour se sentir exister, se sentir accomplis. C'est ici et seulement ici, qu'ils récoltent la victoire et se vantent d'être les "meilleurs", "les plus forts".

C'est tout ce que le système a prévu pour eux : du gazon, des joueurs importés et une balle en caoutchouc. Nous avons notre pyramide de Maslow à nous avec : « championnat gagné » à a place d' "autoréalisation".

Et ce n'est pas dans les stades quand nous allons nous refaire une élite ni préparer les décideurs de demain. Au nom de notre jeunesse perdue de Tunis et d'Alger j'en appelle les gouvernements à fermer les stades et à ouvrir les bibliothèques pour quelques années. Histoire d'assurer un avenir à notre plus grande richesse : nos jeunes !

Amen !

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