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Ville à péage vs. ville citoyenne

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FOOT MAROC
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URBANISME - L'étalement urbain est, de nos jours, un fait irréversible de notre modèle urbain. Plusieurs facteurs sont à l'origine de cette tendance lourde qu'a prise l'armature urbaine des moyennes et grandes villes marocaines. Loin d'en chercher les causes, l'objectif de la présente contribution est d'appréhender la question de savoir qui doit "payer la ville"? Quelle forme de régulation économique pour faire contribuer l'usager, le contribuable ou le citoyen d'une manière générale?

Dans un contexte de raréfaction des finances publiques, mais aussi, à cause d'un management urbain ayant fait preuve de ses limites sur les plans des choix stratégiques urbains, la marge de manœuvre des pouvoirs publics locaux s'amenuise du fait du poids des financements des équipements urbains. Dès lors, et au nom du partenariat public-privé, l'emprise du secteur privé sur la ville devient une issue salvatrice pour les gestionnaires du fait local.

Du terrain de football à péage, à la salle de sport à péage, à la mosquée construite par le promoteur immobilier mais dont le coût est compris dans le prix de vente, en passant par les différents équipements de loisirs gérés par le privé (hôtels, malls, enseignes commerciales, stations-services, etc.) et qui pullulent dans les grandes villes, il est clair que le citoyen, de surcroît contribuable, doit passer à la caisse dès qu'il pense entreprendre une activité sportive ou de loisirs pour lui ou ses enfants. Pour preuve, jamais dans l'histoire du Maroc contemporain le nombre de terrains de mini-foot à péage en salle ou en plein air n'a été aussi important. Et il est de même pour les clubs de mise en forme et les piscines privées.

En contemplant la ville, à pied ou en voiture, on constate l'ampleur de ce phénomène de "la ville à péage". Ainsi, en l'absence d'équipements publics communautaires sportifs et de loisirs, les familles doivent se rabattre sur ceux du secteur privé. Quelles alternatives s'offrent aux villes pour se doter d'équipements urbains de proximité à caractère sportif, culturel, ou de loisirs?

D'emblée, il convient de souligner que l'encadrement d'un territoire par les équipements publics est par excellence une prérogative de la puissance publique (communes ou l'Etat), et par conséquent, face aux contraintes budgétaires, la puissance publique n'a que trois alternatives pour doter les territoires en équipements: primo, agir sur les taxes et impôts, une solution loin d'être privilégiée vu son impact sur le social. Secundo, recourir aux crédits pour financer les équipements, situation qui ne manquera pas d'impacter l'équilibre budgétaire des collectivités territoriales. Et tertio, faire appel au secteur privé à travers le partenariat public-privé (privatisation, concession, gestion délégation, etc.).

Si le partenariat public-privé apporte une certaine souplesse dans le management urbain, il convient de reconnaître qu'il apporte son lot de pertes de références et de repères susceptibles d'orienter l'action publique. Il va de soi que dans ce contexte de renouvellement des logiques et approches de régulation économique, l'avenir de la ville inclusive et solidaire reste à clarifier pour maintenir la cohésion sociale et l'équité entre les territoires.

Issue du courant néo-libéral, qui invite à l'introduction de nouvelles approches managériales dans le secteur public, notamment dans la mise en œuvre des politiques urbaines, la privatisation de la production des services urbains sous ses différentes formes peut paraître comme une alternative pour surmonter les contraintes financières, puisque l'intégration du secteur privé suppose également l'injection de capitaux, et de principes d'action, supposés plus souples et plus innovants. Toutefois, cette approche peut laisser une frange importante de la population en dehors de l'accessibilité à ces équipements urbains.

Il reste à savoir quelles réponses seront portées à la question de l'insoutenabilité des ménages de cette tendance lourde de la "ville à péage" dans les années à venir. Car, si le secteur privé est guidé par la rentabilité des projets, en revanche, le secteur public a le devoir de veiller sur l'intérêt général, et par voie de conséquence, la collectivité territoriale a l'obligation de réaliser et d'assurer l'accessibilité à ces services et équipements urbains, et principalement pour les territoires excentrés et les citoyens à faible revenu.

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