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Le hooliganisme, vu par les lunettes brisées des gestionnaires du football

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HOOLIGANISME
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SPORT - Au moment où le phénomène du hooliganisme prend de plus en plus d'ampleur dans notre paysage footballistique, les gestionnaires du football font mine de rien pour contrer dans l'œuf cette gangrène qui nuit à l'image du pays et porte atteinte à la sécurité des personnes et des biens. Les graves incidents qu'a connus le match de football samedi dernier à Casablanca, et qui ont fait trois morts et des dizaines de blessés interpellent, en premier lieu, le gestionnaire du sport le plus populaire de la planète, la Fédération royale marocaine de football (FRMF), mais aussi le ministère de tutelle et les acteurs qui rentrent dans la gestion des rencontres sportives (clubs).

Aux résultats catastrophiques des équipes nationales, toutes catégories confondues (U17, U19, olympique, EN 1 & 2), et ce depuis presque vingt ans, s'ajouterait le phénomène du hooliganisme, qui a pris de l'ampleur ces dernières années, tant en fréquence qu'en intensité. Quelles mesures pour la gestion des risques liés au hooliganisme dans nos villes? Telle est la question cruciale à décrypter dans la présente contribution.

Le "supportérisme" violent est donc un problème de plus en plus présent dans nos stades, au point de faire de l'ombre aux rencontres sportives. Du spectacle sur le tapis vert, on est passé au spectacle aux gradins pour une quête individuelle de signifier à l'autre sa présence en se donnant soit même en spectacle. Les formes de manifestation du supportérisme violent sont nombreuses: des actes de vandalisme frappant les transports urbains, l'interruption des matchs, l'introduction des projectiles et des fumigènes dans les stades, une violence physique et verbale envers les passants... Et, en apogée, des dérapages, des morts et blessés en marge du match du "samedi noir".

Dans la foulée des signes annonciateurs du phénomène, les autorités gouvernementales, par le truchement des ministères de l'Intérieur et de la Justice, ont rappelé, il y a quelques semaines, à l'ordre la fédération gestionnaire du football, pour qu'elle assume ses responsabilités face à la tendance à la hausse des incidents avant, durant et après les rencontres sportives.

Pour cela, les parties se sont mises d'accord sur une batterie de mesures, dont les principales consistent à l'interdiction d'accès aux stades pour les personnes impliquées dans des actes de violence, l'interdiction aux mineurs de l'accès aux terrains, l'interdiction des déplacements groupés des supporters en dehors des villes, la sanction des clubs qui faillissent à leur mission de gestion des rencontres sportives (installation de caméras, portiques électroniques...), et enfin, l'encadrement des associations de supporters par les autorités administratives. Aussi, il a été convenu qu'il incombe au ministère de tutelle de mettre en place une stratégie nationale de sensibilisation aux dangers de la recrudescence du hooliganisme dans les stades en coordination avec les parties concernées.

Des mesures d'urgence pour contrer le hooliganisme

Autant dire que les mesures prises lors de cette mise au point entre les autorités gouvernementales et la FRMF sont toujours en attente de mise en pratique. Au lieu d'activer ces mesures, les instances fédérales adoptent un profil bas devant la pression de certains présidents de clubs, qui sont à leur tour à la merci des ultras. Les gestionnaires du football doivent-ils s'attendre au pire pour réagir? On ne peut admettre qu'au nom du supportérisme de leurs clubs/présidents de clubs, des jeunes et moins jeunes font du hooliganisme une activité qui devient régulière en chaque fin de semaine avant, durant et après les rencontres sportives.

Des comportements non exemplaires des acteurs du football à sanctionner

Il va sans dire que la lutte contre la violence lors des manifestations sportives passe aussi par de bonnes conduites des dirigeants, entraîneurs et joueurs. Or, sur ce registre, force est de constater que les comportements de beaucoup de dirigeants et acteurs du premier sport sont loin d'être exemplaires. Des dirigeants qui attisent la haine par leurs déclarations, aux entraineurs qui critiquent les décisions arbitrales, sans oublier les joueurs qui excellent dans leur show provocateur, et incitent de facto à la violence.

De là, on ne peut avoir un supportérisme exemplaire sans avoir des acteurs exemplaires dans leurs comportements. Il est temps de rappeler tous les acteurs du football à l'ordre en procédant à l'activation des mesures liées à la gestion des risques, mais aussi, en adoptant une stratégie, résolument tournée vers l'engagement d'un débat sur le phénomène du hooliganisme afin d'avoir des réponses aux questions de type: d'où viennent ces hooligans? Quel(s) profil(s)? S'agit-il d'un phénomène propre aux stades ou s'agit-il d'un déplacement spatial de la violence urbaine? Quelle place pour le déterminisme social?

Et la création d'une banque de données relatives aux hooligans, domiciliée à la DGSN, à l'instar des pays européens qui ont pris à bras le corps ce phénomène depuis une vingtaine d'années.

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Lundi 21 mars, enterrement d'Achraf, décédé samedi après les affrontements entre deux groupes de supporters du Raja.
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