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Crises financières internationales et dettes extérieures de pays en développement: Quels enseignements pour la Tunisie? (2ème partie)

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Pacific Press via Getty Images
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Cette publication est la deuxième partie d'un article sur les crises financières internationales et leurs conséquences sur l'endettement des pays en développement. Ici, nous expliquons les causes de la crise des années 1990. Cette crise a touché plusieurs pays à travers le monde. Nous n'évoquons ici que les cas des pays de l'Amérique Latine et ceux de l'Est asiatique afin de mettre en évidence les similitudes et les enseignements pour notre pays. Nous montrons que la situation financière de notre pays est assez proche de celle de l'Argentine dans les années 1990 bien que ce pays soit membre du G20. La crise des années 1990 en Russie est mentionnée vers la fin cette partie pour deux raisons. D'abord, celle-ci elle a indirectement contribué à la crise des "subprimes" aux Etats-Unis comme nous le verrons dans la troisième et dernière partie de cet article. Ensuite, cette crise est la principale raison pour laquelle la Russie tient aujourd'hui à jouer un rôle majeur sur le marché des hydrocarbures.

La crise des années 1990 dans les pays d'Amérique Latine

Le Mexique a mené une politique déflationniste pour répondre à la crise des années 1980. Cette politique a été initialement appréciée par les financiers internationaux. Le Mexique s'est engagé dans cette politique, d'une part pour booster ses exportations et, d'autre part, pour accéder à l'ALENA (Accord de Libre-Echange Nord-Américain). Cependant, parmi les mesures prises pour promouvoir son commerce et accélérer sa croissance, le Mexique a choisi de maintenir un taux de change fixe avec le dollar américain. Or, ses importations augmentaient plus rapidement que ses exportations. En fait, il n'y avait aucune retenue à la consommation excessive des biens importés et les industries exportatrices n'avaient pas connu une croissance significative de leur productivité globale.

La rébellion des Zapatistes dans la région du Chiapas, les assassinats politiques et les kidnappings ont fini par faire fuir les investisseurs étrangers. La situation financière du Mexique est devenue insoutenable. Pour s'en sortir, celui-ci a dévalué sa monnaie en décembre 1994, provoquant une crise de confiance majeure dans le peso mexicain. La panique s'est répandue instantanément à travers le monde, poussant les investisseurs occidentaux à rapatrier leurs fonds des pays en développement.

La crise économique mexicaine était due à un déficit de la balance des paiements et aggravée par le comportement des marchés financiers internationaux.

La dévaluation du peso mexicain de 1994 a affecté négativement l'économie de l'Argentine, mais ce pays a réussi à enregistrer une forte croissance dès la fin de 1995. En revanche, lorsque son premier partenaire commercial, le Brésil, a dévalué sa monnaie en 1999, l'Argentine a eu beaucoup de mal à exporter ses biens à l'étranger et le pays est entré dans une phase de forte récession qui a duré au moins quatre ans. Pourtant, l'Argentine a apporté de grandes réformes à son économie à partir de 1991. Celles-ci ont été applaudies par le FMI et les financiers internationaux et ont été présentées comme étant le modèle à suivre par les pays en développement.

Les réformes engagées par l'Argentine comprenaient quatre volets. Le premier concernait la libéralisation des échanges et des mouvements des capitaux. Le deuxième a favorisé la privatisation des entreprises publiques auxquelles le gouvernement a cessé de verser des subventions, augmentant ainsi sa propre capacité financière. Le troisième était relatif à une refonte fondamentale du système fiscal ainsi qu'à la lutte contre la fraude fiscale, le tout pour augmenter les revenus de l'Etat. Le quatrième a rendu la Banque Centrale indépendante des pouvoirs exécutif et législatif en vue d'empêcher le gouvernement de financer ses déficits par la planche à billets. Ce sont en fait les réformes que le FMI souhaiterait voir appliquées en Tunisie.

L'Argentine, lui, a vu son taux d'endettement tripler en quatre ans passant de 53,6% en 1999 à 151,8% en 2002. Certains évènements marquants rappellent étrangement la réalité économique tunisienne actuelle. Ainsi, sur cette période, les demandes d'augmentations salariales se sont multipliées et le taux de chômage a augmenté. En outre, les fraudes fiscales se sont accrues. Le gouvernement, n'ayant pas la capacité de réduire ses dépenses, a eu recours à l'endettement. Au milieu de cette crise, les banques ont dû fermer leurs portes face à la recrudescence des retraits bancaires. Le peso argentin s'est échangé à 50% de sa valeur sur le marché parallèle. Les autorités sont intervenues pour mettre fin aux émeutes.

La crise des années 1990 dans l'Est asiatique

La crise financière qui a frappé l'Est asiatique a commencé en Thaïlande et s'est propagée rapidement vers d'autres pays de la région (la Corée du Sud, les Philippines, la Malaisie et l'Indonésie). Il existe plusieurs explications à cette crise dans la mesure où elle a touché plusieurs pays.

La première explication est que la Thaïlande maintenait un taux de change fixe par rapport au dollar américain. Or, à cette époque, l'économie américaine connaissait une forte croissance économique, contrairement à l'économie thaïlandaise. En outre, l'émergence du concurrent chinois a privé la Thaïlande de ses marchés traditionnels. Enfin, le Japon, principal partenaire commercial de la Thaïlande, est entré en récession.

La deuxième raison de la crise dans l'Est asiatique est l'interventionnisme des Etats concernés dans l'attribution des crédits aux investisseurs.

La troisième raison de la crise est l'usage des fonds, étrangers notamment, dans des industries non productives. En fait, les banques internationales étaient impressionnées par le boom économique enregistré dans la région au début des années 1990 ; du coup, elles ont ouvert les vannes du crédit. Or, ces fonds empruntés ont été employés essentiellement dans le marché de l'immobilier.

La dévaluation du baht thaïlandais en 1997 a provoqué un effondrement financier. Les fonds empruntés dans des monnaies étrangères sont devenus très chers et le marché de l'immobilier s'est effondré. Les promesses du gouvernement de renflouer les banques thaïlandaises n'ont pas été prises au sérieux, dans la mesure où le gouvernement lui-même connaissait des difficultés financières. Les mêmes craintes ont été observées dans les autres pays de la région. Les fonds qui affluaient aisément dans ces pays ont été retirés du jour au lendemain. Pour faire face à cet effondrement financier, les pays de la région ont eu recours au FMI qui a accordé des crédits assortis de son pack de secours usuel.

Cette crise s'est propagée bien au-delà de la région de l'Est asiatique. Elle a touché, entre autres, la Russie qui avait du mal à équilibrer ses finances publiques avec la chute de ses revenus pétroliers et la baisse des prix des matières premières. La Russie, qui était lourdement endettée, en a gardé un souvenir douloureux et précis à ce jour.

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