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Les silencieux des urnes sont dans la rue

Publication: Mis à jour:
MOROCCO OCTOBER 30 2016
FADEL SENNA/AFP
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Les élections expriment les désirs, la volonté de changement, le mécontentement ou pas vis-à-vis des pouvoirs en place. Au Maroc, elles ne sont pas encore en mesure de le faire, du moins pas comme le voudraient les citoyens. Elles se limitent à un léger aménagement qui ne satisfait pas, vu que tellement de voix sont inexprimées parce que les bulletins ne leur disent rien, ne les touchent pas.

Voilà pourquoi la rue a pris le relais juste après les élections, pour dire non, ce n'est pas ce qu'on veut, ce n'est pas suffisant, ce n'est pas du changement. Le pouvoir est toujours en place, il n'y a pas de démocratie, pas d'égalité de chances et la liste est longue.

Il fallait à la rue quelque chose pour l'enflammer. Et cette chose est là, l'étincelle qui allume la poudre est là, une image forte d'une mort brutale et horrible.

Le broiement écrase l'être, mais comme s'il n'était pas suffisant, il le fallait dans l'ordure, dans le déchet. Le citoyen-déchet est né, il renaît de sa mort même, et il est débout pour dire non, pour dire merde.

Mais cette rue, ce mouvement attend toujours des voix audibles, une idéologie et une conscience qu'il n'a pas encore, même si lui est mûr pour contester, pour résister, pour refuser de se plier à la tyrannie et au mépris.

Et voilà que la rue, en l'absence d'une idéologie révolutionnaire, invente ses slogans, où se retrouve comprimée sa colère. Voilà qu'elle choisit de parler par images fortes pour remplacer l'absence d'un verbe où se déroulerait une conscience mûre et réfléchie.

L'image, dans le cas présent, s'est détachée du contexte de sa genèse en forçant quelque peu les faits, pour gagner encore en force et en impact, et parce qu'il lui fallait un récit qui la conforte, parce que le martyre lui est indispensable.

Le transfert opère et l'image effroyable devient le symbole de l'exploitation insoutenable dont souffre le peuple qui se retrouve dans ce discours simple et métaphorique faisant l'économie d'une idéologie et d'une pensée.

Demain on oubliera le poisson, on oubliera tout le reste, ne demeureront dans la mémoire collective que la mort, que l'écrasement, que le mépris qui affecte la vie du citoyen à l'école, à l'usine, dans les champs. Le symbole en sera encore plus fort.

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