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Le Sahel: Notre espace commun à construire

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SAHEL
Luis Dafos via Getty Images
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Demandez à n'importe qui ce que le mot Sahel lui évoque, il répondra "désert" ou "insécurité", alors qu'il suffit de taper commerce transsaharien sur wikipedia pour apprendre que le Sahara et le Sahel furent jadis une large zone d'échange. Au VIIIe siècle, les arabes, suivis ensuite par les berbères Zénètes et Sanhadja y développèrent le commerce, notamment en échangeant de l'or, de l'ambre, de la gomme arabique et des peaux provenant du sud du Sahel, contre des bijoux, du tissu, des dattes, du blé et du sel provenant du nord.

Mais comment retrouver cet âge d'or du commerce sahélien?

Aujourd'hui quatre pays doivent renforcer leur coopération pour "créer" cet espace commun, que les jeunes générations n'attendent que d'explorer : l'Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger.

En effet, tout comme les Etats-Unis ont mis sur pied leur plan Marshall pour reconstruire l'Europe (un de leurs principaux marchés) après la seconde guerre mondiale, ou comme l'Union Européenne elle-même a soutenu le développement de ses pays du Sud, il est essentiel pour l'Algérie que se développent les économies au sud du pays (notamment car la population des quatre pays représente une population de 80 millions d'individus, offrant aux entreprises de la zone un marché permettant de grandes économies d'échelle).

L'Algérie, déjà très active sur de nombreux sujets liés à l'Afrique et à l'intégration africaine, doit aujourd'hui jouer un rôle moteur sur deux sujets majeurs : le développement des infrastructures et le développement du commerce intra-sahélien. Ces deux axes permettront de remplir les conditions à la création d'une zone intégrée dont les jeunes entrepreneurs, dont je fais partie, pourront bénéficier.

Infrastructures : création d'un fonds Infrastructures Sahel

Les infrastructures sont la base du développement économique. Pour permettre aux opérateurs de prospérer il faut en effet d'abord leur offrir les moyens de couvrir leurs besoins quotidiens (utilités, transport, enseignement, santé...). A ce titre, il convient de saluer les efforts de l'Algérie ces dix dernières années, qui après avoir relevé le défi sécuritaire, a consacré beaucoup d'effort au développement des infrastructures. Alors que le nord passe désormais à une nouvelle phase (celui de l'investissement industriel, notamment privé) il est temps de se tourner vers le sud.

Certains diront "nous avons assez de défis nationaux, pour aller penser au développement de la région", mais cela est une erreur, notre propre prospérité dépendant en partie du développement de la zone dans laquelle nous nous trouvons.

A ce titre les Partenariats Public Privé (une loi est notamment à l'étude en Algérie sur ce sujet) nous offre une opportunité : la création d'un fonds Infrastructure pour le Sahel.

Pour rappel, Les PPP ont été développés en Europe (ex : PFI au Royaume Uni) et aux Etats-unis, initialement en grande partie pour soulager les bilans des personnes publiques (Etats, collectivités locales..) des endettements liés aux grands ouvrages publics. Dans ces montages l'entité publique abandonne son rôle de Maître d'ouvrage pour confier à un consortium privé le financement, la construction et l'exploitation d'un ouvrage public. L'entité publique devient alors cliente et n'a pas à supporter les éventuels dépassements budgétaires ou de délais liés au projet. Dans le cas où l'ouvrage possède un rendement intrinsèque, alors le consortium paiera à l'entité publique une redevance pour l'exploitation de l'ouvrage (concession) dans le cas inverse (une route sans péage par exemple) la personne publique versera un loyer au consortium qui couvrira ses annuités bancaires ainsi que ses marges commerciales (cas du Contrat de Partenariat en France par exemple).

Certes, les PPP ne peuvent pas être la réponse à tous les besoins des citoyens et usagers du Sahel, mais ils nous offrent la possibilité de créer un Fonds profitant de ces mécanismes. Ce fonds, qui pourra être initialement doté de moyen par les pays de la région et par des organismes internationaux (Banque Mondiale, BAD, Union Africaine...) et dont les liquidités pourrait être placées sur des titres financiers, servirait à régler les loyers des ouvrages commandés. Les entreprises de réalisation pourraient alors lever de la dette en ayant l'assurance de percevoir leurs loyers une fois l'ouvrage en exploitation. D'autres mécanismes (tels que le développement d'espace commerciaux autour des ouvrages) pourront venir alimenter ce fonds.

Les entreprises algériennes auront notamment tout leur rôle à jouer dans la « création » de ce nouvel espace. Les grand projets de ces dix dernières années ont permis en effet de créer des champions sur différentes expertises : voies routières, voies ferrées, transfert d'eau, environnement...
Ces efforts en termes d'infrastructures pourront alors favoriser l'émergence de ce qui constituera la pierre angulaire de l'intégration dans la région : le commerce intra Sahélien.

Le Commerce : la base d'une intégration pérenne

Le Sahel est une zone tampon entre deux zones plutôt actives en Afrique : le Maghreb et l'Afrique de l'ouest/centrale. Cependant le niveau des échanges entre les pays de la région est extrêmement faible.

Mais la stabilisation de la région et sa croissance passera inéluctablement par le développement de son commerce.

Les signes annonciateurs d'une prise de conscience sont là. Le déplacement d'une grande délégation des membres du Forum des Chefs d'Entreprises et de son Président au Mali pour la 17eme édition du forum de Bamako, le 27 février 2017, en est la preuve. Les opérateurs algériens découvrent le potentiel de cette vaste région à leurs portes, et leurs homologues sont également de plus en plus intéressés par l'Algérie. Le succès des produits Condor en Mauritanie (rapidement en rupture de stock) est l'une des meilleures illustrations des potentialités du commerce intra-sahélien.

Les routes d'échanges du VIIIe siècle peuvent être aujourd'hui redynamisées, notamment par le développement des axes routiers, et des pays comme le Mali ou le Niger qui n'ont pas d'accès à la mer auraient tout à gagner du développement d'une zone commerciale intégrée.

En bref, alors que les dernières années ont vu la création de grands espaces commerciaux dans le monde, il devient essentiel que la zone Sahel prenne son destin en main et ce pour le bien et la prospérité des nouvelles générations. Nous avons une chance exceptionnelle d'avoir un nouvel espace à créer, sur des bases saines et durables, et c'est aujourd'hui que nous devons la saisir.

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