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Le Jasmin ne pousse pas au pays des jobastres

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JASMIN TUNISIA
ksenija18kz via Getty Images
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La fin du chapitre. Peut-être même de l'histoire. C'est le sentiment d'être déjà nostalgique d'une époque qui au fond n'est vieille que de 7 ans, c'est-à-dire rien dans la longue marche du temps, dans la longue marche des Nations. Et pourtant, la Tunisie après 7 ans, c'est l'amertume d'avoir rêvé trop fort. D'avoir aimé de trop. D'avoir cru en un credo trop fort pour ce peuple, trop ardent pour ce monde.

Quand les premières envolées lyriques de Maître Laouini retentissaient en cette fin décembre 2010, c'était le prélude de quelque chose de grand, les premières notes d'une symphonie heureuse. Quand les journées semblaient se prolonger à n'en plus finir, ne contenant plus les évènements, qualifiés de révolutionnaires, à tous les coins de la Tunisie, mais aussi au Caire, à Alep, à Tripoli.... C'était le Jour. Le véritable Soleil prenant enfin sa course dans les pays du Levant, pour atteindre un zénith qui ne fut que "Nadir". Et la nitescence fur noirceur. Et l'on se prenait à imaginer chacun sa lubie, de quoi Carthage sera faite, ou refaite. Les uns s'imaginant Tunis devenue Paris, ou plutôt "Bariss" (car les nouveaux bistrots serviraient quand même un Lablabi autour d'une bière bien fraîche), la capitale des "arts-abes". Les autres imaginaient déjà un champ des possibles ouverts aux 4 vents du Capital, à inonder la Tunisie des bienfaits libéraux, couronnant une nouvelle hyperclasse mondialisée, globalisée dans ses capitaux, tunisienne dans sa territorialité. Pour d'autres, la justice sociale tant attendue serait une pensée faite monde, une chimère devenue Loi, rendant grâce à ce mineur de Gafsa, à cette ouvrière agricole de Jendouba, à cet ouvrier de Monastir, à ce vendeur de fruits à Sidi Bouzid... Pour d'autres enfin, Dieu regardait ce petit pays jadis si pieu, devenu impie car séculier, apostat car raisonné. Mais tous avaient un point commun: ils ignoraient délibérément l'entropie de leur utopie car aucun ne savait penser pour l'autre.

Et c'est bien là la racine première des fruits du mal tunisien: cette incapacité à penser autrui à l'intérieur d'un soi par nature multiple, à enfanter seul un modèle unique car typé, ancré dans sa géographie, dans son Histoire et non dans une hagiographie biaisée par les décennies de dictatures.

Mais il faut croire que le Jasmin ne pousse pas au pays des jobastres.

Donnons-nous rendez-vous aux promesses d'une aube d'une autre Révolution, car aujourd'hui, il n'y a guère que le crépuscule d'une restauration, d'un président diplodocus et de son fils, d'un parti unique aux deux ailes de plomb, synthèse d'un monstre hybride, la somme de toutes les peurs: la Nation faite patriotisme creux et la Foi faite Religion irraisonnée.

Je t'aime pays, nous ne te méritons pas. Nous ne méritons pas les senteurs de ton Jasmin, ni la douceur de tes dattes. Nous ne méritons que les tests de virginité anale d'un système policier phallique, que les bombes des fils de Satan, et les insultes d'une classe trop bourgeoise pour être près du peuple, trop matérialiste pour être véritablement élite.

Le 14 Janvier fût. Nous fûmes. Et la Tunisie nous survivra.

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