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Sur un appel syrien de Sant'Egidio*

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SYRIA
Abdalrhman Ismail / Reuters
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Une crise débouche sur une guerre dans des situations d'impasse mais aussi quand les acteurs sont dépassés par les événements et n'arrivent plus à créer la possibilité d'une solution politique négociée.

La guerre n'est pas une "continuation de la politique par d'autres moyens", elle est un échec de la politique. Et dans le cas syrien, il y a eu une conjonction d'aveuglement interne et de hautes pressions externes pour que jamais cette issue politique, incluant nécessairement le démantèlement du régime autoritaire, ne soit possible.

La Syrie est enfermée dans un piège que sa situation géopolitique particulière rend mortel. Des opposants syriens qui défendent une société de citoyens égaux réunis au siège de la communauté de Sant'Egidio ont lancé peut-être l'ultime appel à la raison alors que leur pays déjà mis en guerre est en phase d'escalade, vers "l'ascension aux extrêmes".

Sans autre perspective que d'aller jusqu'au bout de la Syrie. Ces Syriens, on le devine, n'auront droit ni aux chaînes satellitaires du Golfe, ni à la chaîne d'information syrienne officielle. Ils disent des choses qui ne sont admises ni à Doha ni à Damas. Ils disent - et qui peut les contredire - que la "solution militaire" n'offre pas de "solution politique".

Ils se refusent à céder à ceux qui veulent imposer la thèse "qu'il n'y a pas d'alternative aux armes". Et ils ne sont pas naïfs, loin de là. Ils ne sont pas non plus des sbires du régime, ni des défenseurs de la solution externe.

Cet appel syrien de Sant'Egidio est trop juste, trop pertinent pour qu'ils ne risquent pas d'être traités d'une chose et de son contraire. Que des gens osent continuer à dire «qu'il n'est pas trop tard de sauver notre pays» alors que les détenteurs d'armes - et ceux qui les vendent - ont décidé qu'il "faut en finir", cela ne cadre dans aucune démarche parmi celles qui poussent vers l'éclatement de la Syrie.

Dire que les "armes ne sont pas la solution" et qu'il faut «refuser la violence et le glissement vers la guerre civile, car elles mettent en danger l'Etat, l'identité et la souveraineté nationale», voilà qui pourrait être intolérable pour ceux qui ont décidé que la Syrie, c'est fini.

Le régime de Bachar Al-Assad n'est pas défendable, mais la manière dont l'opposition externe veut régler le problème est la plus coûteuse possible. La plus risquée car, et c'est un constat, la crise syrienne échappe aux Syriens, il ne leur reste presque plus de marge pour reprendre la main par eux-mêmes.

L'appel de Sant'Egidio pour une "sortie politique" à laquelle sont conviés "l'Armée syrienne libre et tous ceux qui portent les armes" a une tonalité presque désespérée, ce qui ne lui enlève rien de sa fondamentale pertinence. "Nous ne pouvons pas accepter que la Syrie se transforme en un théâtre d'affrontements régionaux et internationaux", indiquent les auteurs de l'appel en estimant que la communauté internationale peut "trouver un consensus qui constitue la base d'une sortie politique de la crise dramatique actuelle, fondée sur l'imposition d'un cessez-le-feu, le retrait des appareils militaires, la libération des détenus et des personnes enlevées, le retour des réfugiés, les aides d'urgence aux victimes, une véritable négociation globale sans exclusions, qui se verra complétée d'une véritable réconciliation nationale fondée sur la justice".

Le plus absurde dans la tragédie actuelle est que les auteurs de cet appel de Sant'Egidio sont tellement Syriens, tellement attachés à la Syrie, qu'ils risquent de ne pas être entendus. Ils dérangent trop des scénarios déjà élaborés et fondés sur le postulat de la disparition de la Syrie.

*Cet article a été publié sur le Quotidien d'Oran en Juillet 2012. Malheureusement les apréhensiosn de l'auteur se sont concrétisées

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