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Le désarroi du soldat Nezzar: l'histoire n'a pas été encore écrite

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Trois sorties médiatiques en 24 heures pour démentir des propos vieux de plusieurs années de Hocine Aït Ahmed au sujet de la proposition qui lui a été faite de devenir président après l'arrêt du processus électoral !

Le général Nezzar, incapable convaincre et pris à défaut par son "compagnon" du Haut-Comité d'Etat, Ali Haroun semble avoir choisi d'occuper le terrain médiatique pour répéter, ressasser, réitérer et suggérer - contre toute évidence - que ce sont des montages des partisans du "qui tue qui".

Pourquoi Khaled Nezzar a-t-il attendu le décès de Hocine Aït Ahmed pour essayer d'infirmer l'existence d'une proposition, confirmée récemment par Ali Haroun, ancien ministre des droits de l'homme et un des cinq membres du Haut-Comité d'Etat présidé par Mohamed Boudiaf ?

Sa réponse est qu'il n'a pas vu cette vidéo avant le décès de Hocine Aït Ahmed. Surprenant pour quelqu'un qui a montré qu'il est constamment à l'affut de toute déclaration le concernant et réagit prestement même à des propos publiés sur Facebook. On a donc de la peine à croire que l'ancien ministre vient de "découvrir" cette vidéo.

En tout cas, le procédé - attendre la mort de Hocine Aït Ahmed pour le démentir - parait pour le moins inélégant à l'égard d'un homme dans le décès et l'enterrement ont été des moments de fortes communion nationale et populaire. Sans le régime.

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Ali Haroun étant un "janviériste" proche de Khaled Nezzar, il est difficile de l'accuser d'être un "qui-tu-quiste" qui donnerait de fausses informations uniquement pour gâcher l'humeur de l'ancien ministre de la défense.

Pourquoi Nezzar s'est-il lancé dans ces démentis tardifs - qui lui valent un torrent de critiques sur les réseaux sociaux -, cela ne semble pas s'expliquer rationnellement. Est-ce justement la victoire morale de Hocine Aït Ahmed contre le régime et ses hommes qui provoque cette pulsion de dénigrement de Khaled Nezzar?

C'est pourtant une démarche vaine. Le décès de Hocine Aït Ahmed a suscité une émotion considérable dans le pays doublée d'une prise de conscience qu'il y a toujours eu dans ce pays des alternatives raisonnables que le régime a récusées et qui aurait pu nous épargner beaucoup de pertes humaines et matérielles.

Les Algériens (re)découvrent en relisant les positions de Hocine Aït Ahmed que des hommes politiques ont, contrairement aux assertions de Khaled Nezzar, assumé pleinement leurs responsabilités en refusant des choix dangereux et coûteux pour le pays.

L'ancien ministre de la défense a peut-être été troublé de constater que Hocine Aït Ahmed, l'homme politique algérien le plus dénigré, le plus insulté, celui qui a subi des torrents de mensonges et a même été accusé de trahison durant des marches "spontanées", relayées par des "plumes spontanées", est parti avec les honneurs.

Ceux qui conseillent Khaled Nezzar auraient pu lui signaler que Hocine Aït Ahmed n'est pas attaquable sur le terrain de la probité et de la sincérité. Et que sa démarche actuele est contreproductive et qu'il aurait pu laisser le "couvercle sur le puits". Maintenant qu'il l'a ouvert, il faudra qu'il demande des explications à son ami Ali Haroun...

Mais il est probable que les conseils n'auraient pas poussé Khaled Nezzar à la retenue. Car ce que l'enterrement de Hocine Aït Ahmed a révélé - et les articles de presse publiés ont ravivé beaucoup de choses - est que l'histoire de la décennie noire n'a pas été "écrite" comme semblait le croire Khaled Nezzar.

D'où cette référence au thème du "qui tue qui" est censé être l'arme absolue contre ceux qui ont un autre récit que l'officiel du grand traumatisme de la décennie 90.

La disposition de l'article 46 de la loi sur la réconciliation nationale qui pèse sur la tête de ceux qui vont à l'encontre du récit officiel ne peut pas, à l'ère des réseaux, clore l'histoire dans une «amnistie-amnésie. Il y a comme un désarroi de constater que cela ne marche pas et que les mémoires des Algériens tissent, en dépit des interdits officiels, une autre histoire.

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