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Scènes de guerre au stade du 5 juillet : Kerbadj a-t-il jamais mis les pieds dans une tribune ?

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Le président de la Ligue de football professionnel (LFP) Mahfoud Kerbadj était-il hier au stade du 5 juillet pour le match du Mouloudia D'Alger (MCA) et l'USM El Harrach? S'il n'y était pas, les images vidéo des tribunes transformées en champ de bataille pourraient l'édifier sur la conséquence, totalement prévisible, de la décision de retirer les forces de polices des stades.

Dans cette bataille rangée entre les fans des deux clubs algérois, il a été fait usage de poignards et d'épées qui sont venus s'ajouter aux "traditionnels" jets de sièges arrachés. La guerre qui a fait rage dans les tribunes supérieures entre les supporters des deux clubs a amené, écrit El Khabar, "les agents du stade à prendre la fuite" tandis que les "services de la protection civile sont intervenus pour évacuer les blessés."

"La situation a nécessité également l'intervention des forces de l'ordre qui se trouvaient en dehors du stade qui ont utilisé les matraques pour séparer entre les supporters-émeutiers des deux clubs dont certains ont été interpellés". Un photographe présent sur le terrain a reçu une chaise sur la tête. Il y a eu plusieurs blessés dont un touché par un coup d'épée.

En peu de mots, nous avons un résumé du réel que les décideurs du football ne veulent pas voir malgré les cris d'alarme des présidents de clubs qui n'arrêtent pas de dire qu'ils n'ont pas les moyens de se passer de la présence policière. En réalité, cela ne concerne pas que les décideurs du football, mais des dirigeants politiques.

Appliquer le modèle anglais ? Avec quoi ?

Après les incidents de la première journée, M.Kerbadj a décidé de s'en laver les mains pour accuser les clubs de manquer de responsabilité. En réalité, l'irresponsabilité est de faire semblant de croire que nous avons des clubs professionnels (au sens sérieux du terme) disposant des moyens d'organiser la sécurité à l'intérieur des stades.

Là également, on fait dans le mimétisme avec ce qui se passe en Europe où les clubs de football sont des vraies entreprises et sont, souvent, propriétaires de leurs stades.

Le modèle des stadiers mis en place depuis une vingtaine d'années pour assurer la sécurité à l'intérieur des stades tandis que la police étatique et la gendarmerie se chargent de sécuriser l'environnement immédiat de l'enceinte est-il applicable en Algérie ?

La réponse est clairement non. Il n'existe pas de club professionnel digne de ce nom en Algérie tant au plan de l'organisation que des finances. On peut ajouter aussi que même dans les pays européens, les autorités peuvent décider d'ordonner l'entrée des forces de l'ordre à l'intérieur des stades si le match est classé à risques.

Continuer à dire que la vocation de la police algérienne n'est pas d'être dans les stades est un contresens. La vocation de la police est de préserver l'ordre public quand il est menacé. Et manifestement, même si nos dirigeants ne veulent pas voir, la plupart des matchs en Algérie sont «à risques ».

Le stade est devenu depuis longtemps en Algérie un défouloir où une jeunesse désorientée est en perpétuelle guerre contre elle-même. Mais M.Kerbadj, est un dirigeant « national » du football qui ne semble pas connaître les jeunes supporters Algériens, leur état d'esprit.

Il ne semble pas connaître ce qui se passe dans les tribunes les jours de match. Il confirme qu'on peut débarquer dans une tribune officielle et rester dans la bulle sans voir qu'en haut et autour, il y a une jeunesse aisément inflammable. C'est pour cela qu'on l'entend se «répéter » que les « clubs devront impérativement assurer eux-mêmes la sécurité des rencontres. ».

Mais ils ne sont pas en mesure de le faire M.Kerbadj !

Un président de club « responsable », au sens moral et juridique, devrait préférer faire jouer un match à huis clos plutôt que d'assumer une responsabilité sécuritaire qu'il n'est manifestement pas en mesure de faire.

Nous sommes à la deuxième journée du championnat. Nous avons la preuve manifeste que les conditions d'un retrait de la police des stades ne sont pas réunies.

Nous sommes à la deuxième journée, il y a eu des blessés, il n'y a pas eu de morts. Dieu merci. Mais faut-il attendre le pire pour se rendre compte que les clubs Algériens ne sont pas les clubs britanniques. Faut-il attendre le pire pour comprendre que le « y a qu'à faire comme font les Européens » est absurde ?

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