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Pensée magique et défaite de la raison

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"Fais lui donc une Roqia, c'est efficace!". Qui de nous n'a pas entendu dans la vie courante de tous les jours ces incitations aux "thérapies" parallèles où le charlatanisme vénal se nourrit de la crédulité des gens? Le charlatanisme qui revient, drapé du sceau de la religion s'étend et se banalise en Algérie. Toute une génération d'Algériens est entrain de grandir avec l'idée que le recours à la Roqia et autres pratiques apparentées sont des voies ordinaires et "légitimes" pour la thérapie du corps et de l'âme.

Le vieux charlatanisme qui semblait avoir été vaincu par le mouvement de réforme de Cheikh Ben Badis a fait, au cours des deux dernières décennies, un retour en force et il concurrence sérieusement les médecins et psychiatres. Cela n'a presque rien à voir avec le "Taleb" d'antan qui, en général, tout en confectionnant l'amulette de circonstance indiquait au malade le chemin de médecin.

Le nouveau charlatanisme a des prétentions thérapeutiques et se pique de soigner les pathologies que la médecine "ordinaire" ne serait pas capable de traiter. Le phénomène touche l'ensemble du monde arabe, il est présent sur Internet et depuis quelques semaines sur une chaîne arabe diffusée sur Nile-Sat, on peut voir des Roqias en direct.

Indéniablement, la dégradation des conditions de vie, l'absence de perspectives, les grands traumatismes liés à la décennie sanglante, ont favorisé l'éclosion des ces milliers de "médecins" dont les prétentions qui ne se limitent pas à "chasser les démons" mais vont jusqu'à guérir des cancers ou de la stérilité, hérissent la raison. Et pourtant, ils sont là, ils profilèrent et des journaux exploitent, non sans succès dit-on, le bon filon en consacrant de grands espaces à la Roqia.

Le recours à ces pratiques ne se limite pas aux pauvres où à ceux dont le niveau d'instruction est limité, il s'étend également à des couches aisées ou instruites. La Roqia et ses pratiques dérivées ne sont plus une exclusivité du pauvre, elles s'installent tranquillement dans l'espace social et constituent un des indicateurs les plus inquiétants de la régression intellectuelle et mentale en Algérie. Cela dépasse le phénomène de religiosité qui accompagne les grandes frayeurs sociales ou les séismes, c'est tout simplement un retour à la pensée magique. Les charlatans n'ont même pas besoin de campagne de communication, tout un pan d'une société troublée se charge avec "sincérité" de leur faire une réclame efficace.

La chronique a montré que ces pratiques peuvent coûter la vie à des "patients". Pourtant, ces "praticiens" ne se cachent même pas. Le ministère des affaires religieuses est bien intervenu parfois pour circonscrire clairement ce qu'est la pratique de la "Roqia légale" et dire qu'elle n'est en aucun cas un substitut à la médecine mais ce discours n'est pas emprunt de fermeté. Il n'est en tout cas pas relayé avec par les imams qui, par conviction ou par crainte, évitent d'aborder la question. Il est urgent de comprendre le phénomène et d'agir pour contrer cette victoire sans combat du charlatanisme... Sur la raison et la science.

Cet article a été précédemment publié dans Le Quotidien d'Oran en mai 2006.

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