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Novembre à conjuguer aux temps présents

Publication: Mis à jour:
5 JUILLET
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La commémoration du 1er novembre ne se discute pas. Honorer ceux qui ont donné leurs vies pour la liberté et la dignité des Algériens est la moindre des choses. Les vicissitudes des temps présents ne peuvent justifier un quelconque dédain à l'égard de ceux qui ont milité dans le mouvement national avant de s'engager - et pour beaucoup de perdre la vie - dans le combat pour l'indépendance. On rappelle cette évidence car, justement, certains, par détestation des temps présents et de l'instrumentalisation de l'histoire par le pouvoir, en arrivent à un rejet "en bloc"et au révisionnisme.

Fort heureusement, l'histoire appauvrie par les pouvoirs politiques, a été fortement contrebalancée par une transmission familiale, fondée sur des faits réels et non fantasmés, qui ne laisse pas de champs au discours révisionniste. Cette transmission familiale -qui malheureusement arrive à son terme- permet à des nombreux algériens de faire la part des choses.

Et notamment de ne pas douter de la justesse du combat des parents en raison des tristes évolutions postindépendance évoquées avec une précocité analytique remarquable par Franz Fanon (en 1961 !) dans le chapitre "les mésaventures de la conscience nationale" des "Damnés de la terre".

Il ne faut pas non plus chercher plus loin le rejet massif par les Algériens des "libérateurs" de l'Otan en action en Libye. Les Algériens ont une histoire et des repères.

Novembre continue d'avoir du sens même si les promesses de progrès, de justice, sont encore loin d'avoir été atteintes. Il a toujours du sens car, ainsi que le soulignait feu Abdelhamid Mehri, si l'indépendance a été plus ou moins obtenue, il reste encore à réaliser le double objectif de la démocratie et du Maghreb.

Novembre est opposable à tous les rentiers de l'histoire pour défendre la démocratie et la levée des barrières que les régimes ont mis à la circulation des hommes et des idées dans le Maghreb. En ce sens, les discours, limités à la sphère officielle ou para-officielle, sur l'exigence d'une "repentance" de la France n'intéressent pas grand monde.

La "reconnaissance" que l'on peut effectivement attendre de l'ancienne puissance coloniale n'a rien à voir avec la notion de"repentance" qui paradoxalement arrange bien ceux qui font commerce de la mémoire de part et d'autre de la méditerranée.

Ceci un autre débat. Sur le fond, ce qui peut intéresser les Algériens, et les plus jeunes d'entre eux, c'est d'être, "aujourd'hui" dans l'esprit de novembre. Les célébrations ont tendance à masquer le vide (voulu) et à réduire le souvenir à des rituels sans lendemains.

Le 1er novembre, dans le calendrier des Algériens, qui n'est pas nécessairement conforme aux célébrations officielles, est une date "politique" par excellence. Il n'est pas inutile de le rappeler que le régime en place depuis 1962 n'a eu de cesse d'évacuer la politique, de l'interdire et de la bannir.

C'est que le premier Novembre avec ses buts non atteints, indépendance, souveraineté du peuple, liberté de l'Algérien, unité maghrébine, continue d'être subversif. Il rappelle que l'indépendance formelle n'est qu'une étape et non une fin. Et qu'immobilisme et Novembre sont antinomiques. Novembre est constamment à faire.

Billet publié dans le Quotidien d'Oran du 1er novembre 2012

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