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Coup de poker à Tripoli contre le statu-quo des milices : ça passe... où ça casse ?

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LIBYA
Security personnel stand guard as Libyan Prime Minister-designate Fayez Seraj (not seen) arrives in Tripoli, Libya March 30, 2016. REUTERS/Hani Amara | Hani Amara / Reuters
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Ça passe ou ça casse ? Depuis plusieurs jours la question était de savoir si le chef du gouvernement d'union nationale libyen Fayez al-Sarraj ira à Tripoli ou non ? C'est désormais fait.

La question avait valeur de test préliminaire sur le courage physique - il faut en avoir - de ce chef d'un gouvernement censé être le dépassement des deux gouvernements, installés à Tobrouk et à Tripoli, qui se disputent le pouvoir en Libye.

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Les difficultés sont loin d'être résolues mais un pas psychologique important vient d'être franchi avec l'arrivée d'al-Sarraj à Tripoli, dont la légitimité tient surtout au soutien international.

A Tobrouk, en effet, le parlement reconnu au plan international n'a pas pu se réunir faute de quorum pour accorder la confiance à ce gouvernement. Il a été néanmoins proclamé le 12 mars sur la base d'un communiqué de soutien signé par une centaine de parlementaires de Tobrouk (sur 198).

Du point de vue juridique, ce communiqué n'a pas la valeur d'un vote parlementaire en bonne et due forme mais le consensus international autour du gouvernement al-Sarraj a décidé de ne pas s'arrêter à ce "détail" et de s'en contenter.

Sans compter que les moyens de pressions sur Tobrouk sont plus consistants que sur Tripoli. Le statuquo milicien qui s'est installé en Libye entre les deux parties ne pouvait être perturbé que par l'entrée, formelle, de ce gouvernement d'union à Tripoli.

Les lignes ont bougé au sein de Fajr Libya

L'avenir du gouvernement d'union dépendait clairement de Tripoli. De sa volonté et de sa détermination à s'y rendre malgré les avertissements et les menaces qui ont été publiquement proférées par certaines milices.

En se rendant à Tripoli, al-Sarraj a pris un risque mais il a franchi un pas important. Sa venue à Tripoli n'était pas suicidaire. Les signaux d'une évolution significative au sein de la coalition des milices réunis sous la bannière de Fajr libya se sont multipliés ces derniers jours.

Dimanche dernier, des milices de la ville de Misrata avaient annoncé qu'elles reconnaissaient le gouvernement d'union nationale comme « uniquement représentant légitime » de l'Etat libyen.

Elles ont annoncé, dans un communiqué, qu'elle constituait une task-force provisoire "permettre au gouvernement d'entrer à tripoli" et ont mis en garde contre "toute entrave au gouvernement d'union". Le bloc milicien s'est bien fissuré à l'ouest. Parmi les responsables qui ont accueilli al-Sarraj à la base navale de Tripoli se trouvait Aref el-Khoja, ministre de l'Intérieur du gouvernement de Fajr Libya.

Le risque d'une confrontation entre les milices de Tripoli est réel. Mais, pour une partie des libyens, c'est un risque à prendre pour bousculer le statu-quo milicien qui entrave la remise en marche du pays et la reconstruction de l'Etat. Cette dynamique, même si elle peut tourner à la violence, est moins grave qu'une intervention militaire occidentale qui fera le lit de Daech et des extrêmes.

La communauté internationale et notamment l'Algérie n'ont pas d'autre choix que de soutenir le gouvernement d'Union dans cette partie délicate qui se joue à Tripoli. Entre Libyens. Il faudra très clairement signifier que le soutien va au gouvernement d'union et aux forces qui le reconnaissent et le soutiennent. En espérant que le pire n'est jamais certain...

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