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Le sommet pétrolier de Doha compromis par l'obsession anti-iranienne de Riyad

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MOHAMED BIN SALMANE
RIA Novosti / Reuters
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Les traders et les spéculateurs sont des personnes sensibles... aux propos des hommes de pouvoir. Ils étaient sur une perspective "optimiste", celle d'une limitation de l'offre pétrolière qui pouvai être décidée, le 17 avril prochain, à Doha, lors d'une réunion prévue entre les principaux membres de l'OPEP et des pays non-membres comme la Russie. Le cours de l'or noir a pris même un peu de couleur.

A moins deux semaines de la réunion, leur optimisme a été refroidi par le fils du roi d'Arabie saoudite, le jeune Mohammed ben Salmane Al Saoud, (il est né en 1985) qui a conditionné un gel de la production à celui de l'Iran.

"Si tous les pays sont d'accord pour geler la production, nous sommes prêts. Si quelqu'un décidait d'augmenter sa production, nous ne rejetterions alors aucune opportunité qui se présente", a-t-il déclaré à l'agence Bloomberg News.

Mohammed Ben Salmane n'est pas le ministre de l'énergie saoudien - depuis vingt ans, le poste est dévolu à Ali Al-Naimi- mais il est bien plus. Fils du roi, ministre de la défense, vice-prince héritier et second vice-Premier ministre, Président du Conseil des affaires économiques et du développement, il est également en charge de la politique pétrolière et économique du Royaume.

C'est un jeune homme impétueux, sûr de lui, au point de pousser le Royaume à abandonner sa légendaire prudence qui consiste à mener des guerres par procuration. Au point où le journal The Independant lui a consacré un grand article avec un titre qui se passe de commentaires et où le point d'interrogation est de pure forme : "L'homme le plus dangereux dans le monde ?".

Et de fait, le roi suivant son fils, l'Arabie saoudite est plongée depuis plus d'un an dans une guerre ouverte au Yémen. Son discours anti-chiite est devenu encore plus virulent. Le religieux chiite saoudien, Nimr al Nimr contestataire pacifique de l'ordre établi, a été décapité, ce qui a entrainé des tensions avec l'Iran. Le saccage de l'ambassade saoudienne à Téhéran a entrainé une rupture des relations diplomatiques.

"Qui n'est pas avec Riyad est contre l'Arabie"

Et alors que l'Arabie saoudite qui a constitué un « OTAN sunnite » est passablement embourbée au Yémen, Riyad a proposé - coup de bluff, sans doute - d'envoyer des troupes en Syrie.

L'Arabie saoudite a par ailleurs décidé de peser, lourdement, sur la scène libanaise en faisant déclarer le Hezbollah "organisation terroriste" après avoir annulé deux dons d'un montant de 4 milliards de dollars promis à l'armée libanaise et demandé à ses ressortissants de quitter le Liban. Des familles de libanais chiite installés dans les pays du Golfe ont été expulsés.

Riyad est en train d'appliquer au monde arabe et musulman le slogan bushien "qui n'est pas avec nous est contre nous". Cela se traduit ne pas être hostile à l'Iran, au Hezbollah, c'est être hostile à Riyad.

Tous ces actes de la politique saoudienne font partie d'une fixation hostile et craintive sur l'Iran dont le retour sur la scène internationale, à la suite d'un accord sur le nucléaire, est vécu par Riyad comme une «trahison américaine ».

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Il est vrai que le bilan de l'Iran, réalisé par les moyens de la politique, fait pâlir de colère l'Arabie saoudite : consensus interne avec un président ouvert, accord sur le nucléaire, retour de fonds bloqués et levée des sanctions. Déprimant.

Du coup, l'Arabie saoudite a décidé aussi de tout faire pour entraver le retour de l'Iran à ses anciens niveaux de production de pétrole - qui va prendre du temps - en conditionnant sa participation à un gel de l'Iran.

Or, l'Iran qui doit participer au sommet de Doha prévient de manière constante qu'il ne gèlera pas sa production au moment où il fait son retour sur le marché mondial à la suite de la levée de sanctions liées à son programme nucléaire.

Les traders l'ont compris, l'obsession anti-iranienne de l'Arabie saoudite hypothèque les chances d'un accord à Doha, le 17 avril prochain.

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