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Le fabuleux et indémodable héritage de Fidel Castro : la Resistencia !

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fidel castro

Après des centaines de tentatives d'assassinat - plus de 600 dont la plupart menées par la CIA-, Fidel Castro est mort paisiblement dans son lit et Cuba est, indubitablement à ce jour, un pays indépendant, le tout malgré un embargo américain toujours en vigueur. Son héritage peut se résumer un mot : resistencia ! Résistance. Mouqawama !

Les médias occidentaux mettent en exergue les difficultés économiques, bien réelles, de Cuba mais ne relèvent pas cette extraordinaire résilience d'une révolution - qui était aussi de fait un mouvement de libération - face aux Etats-Unis.

Le mot «impérialisme » par la conjonction de l'échec des pays du socialisme bureaucratique et de l'intense travail des médias occidentaux, est devenu presque obsolète, il ne l'est pas pour de très nombreux cubains qui savent qu'ils doivent une bonne partie de leur difficulté à l'embargo américain.

«L'embargo est la cause principale des problèmes de notre économie, de son développement (...) Aucun secteur n'est épargné des conséquences de l'embargo », a déclaré le 9 septembre dernier le ministre des affaires étrangères cubain, Bruno Rodriguez à la veille de la présentation d'une résolution (adoptée) à l'assemblée de l'Onu contre la mesure américaine.

Dans une évaluation modérée, M. Rodriguez a estimé que le cout de l'embargo imposé à Cuba depuis 1962 est de 125,8 milliards, en dollars constants. C'est absolument énorme pour un petit pays comme Cuba et sa résistance, constamment entretenue par l'extraordinaire charisme de Fidel Castro, n'en est que plus remarquable.

Cuba a des difficultés économiques mais il est toujours un pays libre depuis que la révolution a fait tomber en janvier 1959 le régime vassal de Fulgencio Batista qui a donné naissance à la République cubaine.

fidel castro che guevara

Un demi-siècle de combats

Un demi-siècle d'histoire où les complots de la CIA et des groupes anticastristes installés à Miama, juste «en face » n'ont pas cessé. Un demi-siècle où il fallait construire un Etat, créer une économie et résister aux attaques des étasuniens.

Quand en 2006, il cède l'intérim à son frère avant de se retirer complètement en février 2008, Castro ne s'est pas installé en tireur de ficelle, il a par contre gardé la faculté d'écrire et de commenter l'actualité cubaine et mondiale.

En réalité, son départ définitif signifiait que le tournant, en douceur, a été pris. Les anticastristes et les déçus de la révolution y compris parmi d'ancien compagnons de la première ont dénoncé son pouvoir dictatorial. Ses nombreux partisans, y compris à l'extérieur, rappellent que Cuba s'est reconstruite dans l'adversité.

Avec un des plus longs embargos économiques de l'histoire imposé par la grande puissance du monde, Cuba ne s'est pas effondrée. Et elle ne s'est pas contentée de résister. Sa situation - très difficile - n'a jamais été le désastre décrit par les Occidentaux. L'année où Raul Castro a pris définitivement le pouvoir, le PNUD (programme des Nations Unies pour le développement) qu'il est difficile d'accuser de sympathies pro-castristes donnait des éléments significatifs de comparaison.

Selon son indicateur du développement humain 2007-2008 mesurant le niveau atteint par un pays en termes d'espérance de vie, d'instruction et de revenu réel corrigé, Cuba était à la 51ème place dans un classement comprenant 177 pays. Juste derrière l'Uruguay (46), le Costa Rica (48) et les Bahamas (49), avant le Mexique (52) et loin devant de nombreux autres pays d'Amérique latine comme le Brésil (70) ou le Venezuela (74). Tout n'est pas rose mais, encore une fois, face à l'embargo, la prouesse est remarquable. Fidel Castro n'a pas fait que des discours fleuves suivis avec enthousiasme par de nombreux cubains, il a construit.

fidel castro che guevara

Castro : « Je suis d'accord pour du changement, mais aux Etats-Unis! »

Et si Cuba a besoin de changement, lui ne se fait pas d'illusions sur la nature des changements que les américains souhaitent pour Cuba. Et il le dit avec sa plume mordante d'ironie dans les « RÉFLEXIONS DU COMPAÑERO FIDEL » du 21 février 2008, en réaction aux commentaires suscités coté américain par sa décision de passer la main.

«Un demi-siècle de blocus ne leur semble pas assez, à ces privilégiés. "Changement, changement, changement !", s'égosillent-ils à l'unisson. Je suis d'accord pour du changement, mais aux Etats-Unis!. Il y a belle lurette que Cuba a changé et qu'elle tiendra son cap dialectique. « Ne jamais retourner au passé ! », s'exclame notre peuple. Annexion, annexion, annexion ! », scande l'adversaire, parce que c'est à ça qu'il pense au fond quand il parle de changement. »

Fidel Castro a tiré sa révérence mais Cuba est toujours libre, debout, à une centaine de km de l'empire. Sera-t-elle encire la capitale de la révolution anti-impérialiste ? Ce sera aux Cubains de le décider. Mais personne ne pourra enlever au bilan de Castro et des Cubains cette formidable réussite d'une résistance nationale malgré l'effondrement du camp socialiste, l'embargo, les complots. Et malgré le coup de vieux de la direction mais dont le rajeunissement est amorcé, Raul Castro étant l'homme de la transition générationnelle.

Le monde a changé depuis le premier janvier1959 et l'entrée des barbudos dans La Havane, la révolution cubaine a donc relevé avec succès les défis politiques posés par un environnement hostile et agressif. Si des erreurs ont été commises et si l'état des libertés n'est pas encore celui que l'on pourrait attendre, Cuba est un modèle incontesté en matière d'éducation et de protection médicale des populations. Cuba peut, sans forfanterie, assurer la comparaison avec les voisins y compris les Etats-Unis dans ces domaines.

Fidel Castro, le résistant, l'endurant chef de la révolution, est entré dans le patrimoine historico-politique de Cuba. Et si comme tous les pays du monde, il doit changer et s'adapter au monde, Cuba le fera avec ses valeurs. Un petit pays où des hommes et des femmes ont décidé d'être libres et de sortir leur île d'une indigne vassalité. Hasta Siempre Commandante !

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