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Pourquoi la presse doit continuer de parler du mauvais film "Chakib Khelil chez les zaouïas"

Publication: Mis à jour:
CHAKIB KHELIL ZAOUA
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Faut-il continuer à parler de Chakib Khelil et de sa tournée des zaouïas? Chafaâ Bouaïche, militant et député du FFS, a donné un avis tranché: les journalistes devraient mieux s'occuper des associations de quartiers "qui réalisent des choses au profit de la société.".

Oui, les journalistes et les journaux devraient s'occuper sérieusement des associations de quartiers et de tous ces Algériens qui se battent, créent, cherchent et qui ne se laissent pas atteindre par la pernicieuse entreprise de dénigrement les présentant comme des "lâches", des "incapables" qui ne mériteraient même pas l'indépendance.

L'Algeria bashing, on ne le dira jamais assez, se nourrit justement de cette grave occultation de ces Algériens qui travaillent, inventent et militent de manière multiforme. Il est clair que l'avenir de l'Algérie est chez ces porteurs d'eau que les médias voient peu. L'avenir n'est pas en Chakib Khelil. Mais dans la situation actuelle, il fait partie de ce présent qui bloque et qui obstrue la perspective du pays.

A défaut de pouvoir parler de ceux qui sont porteurs d'une Algérie d'avenir, il faut continuer à parler de ceux qui l'obstruent et faire les rappels nécessaires. Aucune zaouïa ne peut remplacer la justice.

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La presse doit-elle pour autant choisir de ne pas parler de la tournée des zaouïas de l'ancien ministre de l'énergie qui se mène sous le sceau de l'aplomb. Avec un ministre des affaires religieuses qui la joue sur le mode du "je ne me mêle pas" des affaires des zaouïas. Et qui, pour couronner le tout, c'est une opération qui instrumentalise le dernier survivant du groupe des 22.

khelil benaouda

Cette utilisation cynique des symboles religieux ou historique est choquante. Ceux qui l'orchestrent sont dans une bulle et ne peuvent ressentir cette furieuse colère qui monte dans le pays à l'égard de ceux qui croient que les Algériens sont dupes ou des benêts.

Chakib Khelil ayant l'assurance d'une médiatisation par les TV "algériennes de droit étranger", la presse ne peut se permettre de l'occulter. L'ancien ministre de l'énergie, avant d'être encerclé par les scandales, était, bien plus sérieusement qu'une succession d'ordre familial, une option pour le clan présidentiel. A l'évidence et aussi absurde que cela puisse paraître, cette option semble rester de mise dans un quatrième mandat sidérant comme si le clan n'a pas pensé à un plan B.

Les cadres injustement emprisonnés qui peuvent avoir de solides reproches à faire au DRS et à Ouyahia (le dernier des défenseurs de Khelil) ne peuvent qu'être outrés par l'usage qui est fait de leur calvaire par Chakib Khelil.

Cette mobilisation des "petites zaouïas qui ont besoin de financement et de subventions, avec la bénédiction de l'Etat" comme le relève Louisa Hanoune - est tellement contre-productive qu'il faut vraiment être dans sa bulle pour croire qu'elle va "blanchir" Chakib Khelil au sein de l'opinion.

Ce sont plutôt les salafistes qui en tirent tous les bénéfices en se gaussant des ces zaouïas embarquées dans un jeu qui les dépasse. Même les couvertures dans le sens du poils des télévisions liées au clan ont un effet contraire à celui escompté. Sur ces télévisions, la prise à partie de Khelil par un militant a été occultée alors que la vidéo a fait le buzz national.

Le film "Khelil dans les zaouïas" est, déjà, la première grande bataille gagnée de manière nette par les réseaux sociaux contre les médias du pouvoir. Et il en sera ainsi à chacune de ces apparitions. Beaucoup d'Algériens observent, avec colère, que les que les visites "privées" de M.Khelil sont gérées par l'Etat comme des visites officielles: protection policière, accueil des représentants de l'Etat et mobilisation de membres de la "société civile officielle".

Il faut donc continuer de parler - quitte à se pincer le nez - de cette chevauchée des zaouïas de Khelil car il y a dans l'opinion un intérêt indigné avec une question qui en dit long: "jusqu'où iront-ils?". Car nous sommes bien dans une provocation grave et ceux qui l'orchestrent sont dans leur bulle et n'en mesurent pas la gravité.

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