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Il se voyait leader du monde islamique, il cumule les échecs: Erdogan encerclé

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ERDOGAN
AFP
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan passe par des mauvais moments. Sa politique syrienne est en train de se retourner contre lui avec la multiplication des attentats de Daech qui viennent s'ajouter à ceux imputés aux séparatistes kurdes du PKK.

Dans le seul domaine du tourisme, le sentiment d'insécurité lié à des attentats terroristes de plus en plus sanglants plombe le tourisme où les pertes sont estimées à plus de 20 milliards de dollars.

Ce retour de bâton de la politique syrienne d'Erdogan s'est accompagné de la reprise de la guerre entre le gouvernement et le PKK. Ce dernier à travers le les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), a multiplié les attaques. Cela fait pratiquement une année que la Turquie subit des attaques terroristes sanglantes.

C'est un échec interne majeur pour Recep Tayyip Erdogan. Et l'opposition turque qui dénonce sa dérive autoritaire souligne, que sa politique syrienne met en danger la sécurité du pays et son économie.

Tayyib Erdogan qui affichait son amitié avec le président Bachar Al-Assad a changé radicalement de politique après le début de la crise en Syrie faisant de son pays la voie royale pour l'acheminement d'armes et aussi de djihadistes. Et de fonds. Il aura ainsi très largement contribué, avec les pays du Golfe, à renforcer Al Qaeda en Syrie (Front Nosra) et l'EI.

Mais l'un des effets le plus désastreux du point de vue de la politique traditionnelle d'Ankara est que la situation de guerre et de chaos a permis aux kurdes syriens- qui ont conclu un modus-vivendi implicite avec Damas -de devenir, à travers le Parti de l'union démocratique (PYD), allié au PKK, un des acteurs majeurs en Syrie. Et la menace posée par Daech en a fait un interlocuteur des occidentaux et notamment des Etats-Unis au grand dam de Tayyip Erdogan.

Au final, tous les acteurs du conflit syrien sont hostiles à la Turquie : Daech, les kurdes et Damas. Sans compter la Russie. La Turquie qui avait vocation par sa proximité avec la Syrie à jouer un rôle majeur a perdu la main. Et c'est bien, un effet d'une politique impulsive d'Erdogan qui se retrouve, au mieux, à jouer les supplétifs de l'Arabie Saoudite.

Désormais, c'est le temps des grands revirements. Le 29 janvier 2009, à Davos, Erdogan, empêché de répondre à des assertions du président israélien Shimon Peres se lève et quitte les lieux en déclarant qu'il ne reviendra pas à Davos. Le geste lui vaut une popularité immédiate dans les pays arabes et musulmans et certains croient voir l'émergence d'un nouveau leadership du monde islamique.

L'image se renforce après sa réaction ferme à l'agression meurtrière, en mai 2010, d'un commando israélien contre le Mavi Marmara, qui faisait partie d'une flottille internationale composée de six bateaux, qui avait tenté de briser le blocus sur Gaza. L'attaque avait fait 9 morts et 28 blessés. Erdogan avait rompu avec Israël et fixé trois conditions pour le rétablissement des relations : des excuses, des dédommagements et la levée du blocus contre Gaza.

La Turquie vient de normaliser ses relations avec Tel-Aviv, elle a obtenu des "excuses", des dédommagements de 20 millions de dollars. Mais la condition de la levée du blocus sur Gaza a été "oubliée". Les Palestiniens, eux, n'ont pas oublié. Ils n'étaient pas les seuls à être sceptiques sur le sérieux de cette rupture, la Turquie étant membre de l'OTAN qui fait de la défense d'Israël un axe central de sa politique.

Erdogan fait, pratiquement au même moment, le même chemin en direction de la Russie. Pour préserver son égo, il affirme que les excuses ont été adressées à la famille du pilote de l'avion de chasse russe abattu par la Turquie en novembre. Mais la lettre a été adressée à Vladmir Poutine. Et le Kremlin ne s'est pas privé de la rendre publique.

"Je tiens à exprimer encore une fois ma sympathie et mes condoléances profondes à la famille du pilote russe qui a été tué et je dis ''Excusez-nous+''a écrit Erdogan en soulignant que la Russie est un ami et un partenaire stratégique de la Turquie et que les autorités turques ne veulent pas ruiner les relations entre les deux pays.

M.Erdogan n'a pas encore pris le chemin de Damas, mais il a déjà fait la moitié du chemin en direction de Moscou. Celui qui se rêvait en nouveau chef ottoman du monde musulman est contraint par la réalité et l'échec de sa politique à revenir à sa juste dimension.

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