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Des "plages islamiques" à l'ouest d'Alger: scènes de la bigoterie d'État ordinaire

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LES JUMELLES HAMMAMET
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C'est un remake d'un épisode qui a suscité le trouble durant l'été 2014: le journal Echourouk annonce -et fait la promotion- de l'avènement "proche" de "plages islamiques" en Algérie.

La notion crée de facto un distinguo avec des plages présumées profanes, non-islamiques voire païennes où se rendraient de non-musulmans par le simple fait qu'ils portent des maillots et des bikinis.

Comme l'année dernière, ce seraient des "comités de quartiers populaires de l'ouest de la capitale, Bab El Oued, Bologhine, Raïs Hamidou, Hammamet, Baïnem et Aïn Benian qui auraient pris l'initiative de constituer des comités pour imposer la "pudeur" (El Hachma) dans les plages.

La nouvelle campagne a un slogan: "des plages islamiques avec des valeurs algériennes". Et, se félicite Echourouk, les mosquées et les "minbars" se sont mobilisés pour "nettoyer les plages de la capitale du spectacle de la nudité et de la drague".

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Le soutien des agents de l'État!

L'initiative aurait démarrée de la mosquée de Hammamet et elle devrait toucher, "dans une première étape" une quinzaine de plages qui seraient estampillées ainsi plus "islamiques" que les autres plages du pays où l'on nage avec des maillots et où l'on prend du bon temps en écoutant de la musique ou en jouant du Beach volley.

Ces pulsions bigotes ne sont pas une surprise, elles existent dans le pays avec une volonté de la part de certains d'imposer leurs propres logiques. Le vrai problème est que cette régression bigote qui crée des exceptions graves aux règles et à la loi est accompagnée par les agents de l'État.

Car ce qu'on lit de plus grave et de plus troublant dans l'article de promotion publié par Echorouk est de constater que l'initiative destinée à imposer la "pudeur" dans les plages est soutenue par les agents de l'État.

C'est le "président du comité de quartier de Hammamet", le prénommé Salim Rakhiss, qui le dit: l'initiative est venue des "jeunes", elle a été encouragée par les "imams des mosquées, par les forces de sécurité et les agents de la protection civile".

Le même "président de comité" indique des "jeunes vont collaborer avec les services de sécurité et les agents de la protection civile pour imposer la pudeur et le respect dans les plages, combattre tous les phénomènes d'anarchie comme jouer au ballon, empêcher que les jeunes ne se mélangent aux familles ainsi que la nage avec des habits impudiques...".

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La loi des bigots

Mieux, il annonce que la "fédération des comités de quartiers côtiers" a signé un accord avec la protection civile pour "donner la priorité à des jeunes des quartiers qui ont bénéficié de stages de formations pour travailler comme des gardiens des plages qu'ils œuvreront à protéger et à aménager pour l'accueil des familles".

Il est pour le moins inquiétant de voir les agents de l'État accompagner une campagne pour la pudeur destinée à imposer des modes vestimentaires particuliers dans les plages.

Pendant des décennies, les conservateurs ou les bigots s'abstenaient tout simplement d'aller à la plage, ils ne cherchaient pas à imposer leurs vues ou leurs "règles".

Désormais, ils veulent occuper l'espace public et soumettre le reste de la population à leur propre vision de la morale. Et ils le font avec l'aide des agents de l'État. Au mépris de la loi.

Ces quinze "plages islamiques" à l'ouest d'Alger annoncées triomphalement par Echourouk sont de mauvais augures. Que l'Etat ou ses agents, par facilité ou par souci "d'éviter les problèmes" les suivent sur ce terrain est grave et inquiétant.

Car au nom de quoi on interdirait le port du maillot dans une des quinze plages subitement estampillées "islamiques"? Ces signaux multiples d'une bigoterie d'État qui s'accumulent sont inquiétants. L'État, c'est la loi commune dont le respect obligatoire. Cela ne peut pas être la loi des bigots!

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