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Constitution : Hormis Tamazight, Bouteflika ne lâche rien...

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Sans l'officialisation de Tamazight, le projet de révision constitutionnelle annoncé, hier, par Ahmed Ouyahia serait non-événement absolu. Le pouvoir le sait, c'est la "carte" qu'il avait en main pour donner un peu d'intérêt à une Constitution qui tente de gérer les problèmes du 4ème mandat au lieu de projeter l'Algérie vers l'avenir.

Une vente concomitante où l'on a un peu de contenu au milieu de trois fois rien. Le contenu, c'est l'officialisation de Tamazight. Elle tente d'en finir avec un absurde déni historique et politique dont les prémices remontent loin, à la période de la crise du PPA-MTLD. Un déni d'amazighité au nom d'une vision étriquée de l'unité nationale et qui s'est avérée au fil des ans comme le facteur de division le plus grave.

On n'a pas écouté ceux qui - à l'instar de feu Hocine Aït Ahmed - appelaient à un Etat qui assume la diversité politique, linguistique et culturelle comme une richesse on a fini par créer une accumulation de ressentiments où des aventuriers politiques tentent de s'engouffrer.

L'officialisation de Tamazight est le titre d'un long combat mais, ce n'est pas une surprise, son inscription dans le projet de révision constitutionnelle ne suscite aucune jubilation. Car, on pressent parfaitement, qu'il s'agit du "produit d'appel" pour faire passer le reste, la jolie cerise sur un gâteau peu comestible.

On n'efface pas par un article constitutionnel un si long déni doublé d'un discours direct ou subliminal faisant de la Kabylie un "problème" ou une source de "menace". A une Kabylie, très engagée politiquement dans le combat pour les libertés, on a presque tout fait, volontairement ou non, pour pousser aux régressions dont le mouvement des arouchs ont été les premiers signes et dont le MAK en est, aujourd'hui, l'illustration caricaturale.

On ne jubile pas non plus car on pressent aussi que l'on est dans un jeu manœuvrier, les Constitutions (ou la Constitution) n'ayant jamais "obligé" ceux qui détiennent le pouvoir.

L'officialisation de Tamazight - et le pouvoir joue sur cela - n'est pas une proposition que l'on peut rejeter. Même les islamistes et ceux qui ont pendant longtemps sur-jouer sur le thème de l'unité et des constantes ne le font pas. Mais c'est au mieux, une tentative laborieuse de régler un passif.

Les moins sceptiques pourraient dire "tant mieux comme ça, le jour où le pays se mettra à fonctionner dans un cadre constitutionnel ce sera toujours une question réglée."

Car, hormis l'officialisation de Tamazight, on reste dans le même moule avec un rétablissement, sans explication, de la limitation des mandats. Ahmed Ouyahia, lui-même, ne croit pas à la fable de la société civile qui aurait supplié Bouteflika dans un pathétique "ne nous quitte pas".

On peut réviser comme on veut la constitution, on ne peut pas réviser si rapidement et si effrontément l'histoire.

L'amendement constitutionnel de 2008 était un coup de force. Il a été fait avec la participation active des "actionnaires" de la SPA du pouvoir dont le DRS du général Toufik. "Bouteflika est une personnalité particulière", s'est risqué à dire Ahmed Ouyahia pour expliquer le coup de 2008.

C'est plus "sérieux" comme explication que l'appel présumé de la société civile ornementale et il nous ramène au triste constat qui veut qu'on fasse des Constitutions pour un homme et non pour un pays.

Car si Bouteflika nous "rend" la limitation des mandats, c'est probablement parce qu'il juge qu'il est le seul à mériter de l'éviter.

Il ne nous rend pas le parlement dont émane un chef du gouvernement. Pour le mandat qu'il exerce, Bouteflika ne lâche rien. C'est lui qui désignera le Premier ministre, la seule concession de pure forme est qu'il consultera la "majorité parlementaire".

Il créé une "haute instance indépendante de surveillance des élections" dans une appropriation de la revendication de la CNLTD mais il garde la main. Ce n'est pas le modèle tunisien où l'instance indépendante surveille et "organise" les élections.

Au demeurant, c'est lui qui désigne la "personnalité nationale qui la préside", les "magistrats" et la "compétences indépendantes". Bouteflika ne lâche rien. La seule réponse à faire à cette fausse ouverture est de dire aussi, on prend tamazight mais on ne lâche rien.

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