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Chakib Khelil : la bataille vaine de Sidi Ben Merzoug contre la zaouïa Panama

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CHAKIB KHELIL
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Chakib Khelil est sans doute le responsable algérien le plus mondialisé. Sa carrière qui s'est largement déroulée aux Etats-Unis l'a placé dans la jet-society des affaires. Aucun (ex)ministre algérien ne peut se targuer d'un parcours aussi "international" que lui.

Devenu ministre de l'énergie en Algérie après l'arrivée de Bouteflika - et durant quelques années ministre et PDG de Sonatrach - il se piquait peut-être de nous sortir de notre "provincialisme".

Et quand il a tenté de faire passer sa loi très controversée sur les hydrocarbures- et en définitive bloquée après avoir été promulguée pour des raisons mystérieuses même si beaucoup ont évoqué une intervention de Hugo Chavez auprès de Bouteflika - c'est dans l'esprit "mondialiste" du business pétrolier.

Ensuite, le méchant DRS "qui savait tout", selon Chakib Khelil, a lancé la fameuse opération de décapitation judiciaire de Sonatrach début 2010. "L'Aman" de Bouteflika a fonctionné. Khelil reste encore quelques mois ministre avant d'aller se mettre à l'abri dans "le monde", aux Etats-Unis.

Finalement, si le DRS n'a pu l'atteindre en Algérie, les juges milanais l'ont rattrapé. C'est donc, déjà, par la "mondialisation" qu'il incarne bien que l'affaire Sonatrach II a été enrôlée par la justice algérienne. Le DRS n'avait aucune gloire dans cette affaire même si certains suggèrent que le parquet de Milan a été incité par une "gorge profonde" algérienne à s'intéresser aux affaires de Saipem et d'ENI avec les Algériens.

On connait la suite. Bouteflika a fini par l'emporter sur le présumé "Rab Dzayer" et Chakib Khelil est revenu, presque triomphalement en Algérie, pour refaire le "récit" de l'affaire en se mettant derrière les charrettes des cadres emprisonnés et limogés dans les sombres guerres de clans à l'Algérienne.

Et voilà que l'homme de la jet-society mondialisée plonge au plus profond du terroir, avec une étrange tournée des zaouïas et le soutien bruyant d'Ennahar TV qui avait pourtant, du temps de la "splendeur" du général Toufik, fait un procès en règle de Chakib Khelil et de ses affaires.

Qui a pu souffler cette idée moyenâgeuse que les zaouïas pouvaient "réparer" une image ? On se perd en supputations... Mais le résultat est des plus aléatoires. Le responsable algérien le plus "mondial" ne semble pas s'être rendu compte que si les Algériens ne sont pas dans la mondialisation, ils ne sont pas non plus hors de l'histoire. De la leur.

Or, de cette histoire, ils ont gardé une attitude mitigée pour ne pas dire franchement négative à l'égard des zaouïas même si certaines ont réussi à préserver leur réputation.

Certes, dès le début des années 90, le régime a œuvré à redonner du poids aux zaouïas par faire face à l'islamisme politique. Mais cela se faisait d'une manière relativement discrète pour ne pas dire intelligente.

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La tournée des zaouïas de Chakib Khelil (et les affirmations embarrassées du ministre des wakf, Mohamed Aïssa, jurant qu'il n'y est pour rien) n'a pas vraiment servi l'ancien ministre, mais elle a grandement desservie les zaouïas dans l'opinion.

Pas plus que ses interventions sur Ennahar TV où Farid Bedjaoui, neveu d'un ex-ministre des affaires étrangères et affairiste "transnational" est présenté comme un "consultant". Comme si la seule manière de se défendre de Khelil était aussi de blanchir des comparses qui sont eux directement poursuivis par la justice italienne.

Mais on l'aura compris dans ce nouveau récit que Chakib Khelil tente d'écrire, via les zaouïas et Ennahar tv, il y a de l'aplomb et, aussi, une appréciation peu élevée de l'intelligence commune des Algériens. Ceux-ci viennent, une fois de plus, d'être informés de l'extérieur, sur des sociétés offshore domiciliées au Panama détenues par son épouse, Najat Arafat.

Et le fait que ces deux sociétés aient été cédées à Omar Habour, directement cité dans le scandale Saipem-Sonatrach n'arrange pas du tout ses affaires. Il sera encore plus difficile d'en accuser le DRS. Ou le "joueur de foot" Toufik à la proximité tant convoitée il n'y a guère longtemps...

L'information vient des Panama Papers, de cette scène "mondialisée" que connait parfaitement M.Khelil et quelques happy few algériens. Il était déjà difficile de croire que la zaouïa de Sidi Mohamed Ben Merzoug pouvait inverser le récit et sauver le soldat Khelil. On est certain que la zaouïa de Djelfa ne fera pas le poids devant la zaouïa de Panama.

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