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L'Algérienne des Eaux dans une version espagnole de "Ja L'ma" : pour 10.000 misérables euros ?

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STATION DE DESSALEMENT SOUK TLETA
La station de dessalement de Oued Tletat durant la phase de réalisation | dr
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El agua vino ! L'eau est venue ! A Khenchela, les habitants ont connu jeudi un déferlement d'eau au sens "propre" mais plein de boue et de détritus. Un château d'eau dont les fissures étaient déjà menaçantes, selon certains journaux, mais qu'avec la nonchalance habituelle on ne s'est pas du tout empressé de traiter. L'eau est donc venue à Khenchela. Et on l'a perdue.

LIRE AUSSI : Ja l'Ma : à Khenchela, un château d'eau s'effondre, la ville se noie dans la boue (PHOTOS)

El agua vino ! Depuis deux jours, nous avons une version espagnole de « Ja'lma » selon le mode du détournement persifleur de l'expression liée à la pénurie d'eau vers la perception des pots-de-vin et des commissions.

Et quand c'est l'Algérienne des Eaux (ADE) qui fait la chronique scandaleuse des médias espagnols, la tentation n'en est que plus forte pour lancer le grinçant «Jalma». Sur les réseaux sociaux, cela n'a pas raté. El agua vino ! Ja L'ma !

Dans un article du journal El Mundo, on peut lire un dialogue édifiant avec Cristóbal Tomé un intermédiaire espagnol travaillant en Algérie depuis 30 ans. La discussion porte sur une affaire de versement de commissions sur un contrat de 250 millions de dollars portant sur la réalisation d'une station de dessalement d'eau de mer à Souk Tleta, dans la wilaya de Tlemcen. L'affaire concerne l'entreprise espagnole Elecnor et l'Algérienne des eaux (ADE).

Question - Vous avez eu à avancer de l'argent à des membres de l'entreprise publique algérienne, c'est vrai ?

Réponse - Non, c'est beaucoup plus compliqué que tout cela.

Q - : pourquoi ?

R. - Parce que cela ne fonctionne pas ainsi.

Q. - : et comment cela fonctionne-t-il ?

R. - Il y a beaucoup de gens impliqués dans cela.

Q. - : On doit, pour ainsi dire, graisser un peu, ici et là, non ?

R. - Exact.

L'affaire implique l'ambassadeur d'Espagne, Gustavo Aristegui et un député du Parti Populaire (au pouvoir en Espagne), Pedro Serna. Les deux hommes auraient joué, contre rémunération, un rôle d'intermédiaire, pour obtenir des contrats aux entreprises espagnoles.

Les deux hommes prenaient des commissions comprises entre 1 et 5% sur chaque marché passé via le cabinet Voltar Lassen. C'est un ancien associé du cabinet qui a révélé l'affaire en déposant plainte. Il a remis deux missives de l'intermédiaire Cristóbal Tomé qui reconnait, selon El Mundo, qu'il a dû arroser les membres de l'entreprise publique (ADE) pour obtenir le contrat de Souk Tleta, à Tlemcen.

Le procureur anti-corruption dispose de deux lettres de Cristóbal Tomé réclamant le paiement de son «dû » au neveu du DG de l'Algérienne des Eaux qui se trouverait à Paris pour des «soins ». Il s'inquiète de l'impact des relations avec son «oncle » en cas de non-paiement. Le groupe Elecnor a obtenu également en 2013 un contrat de 230 millions d'euros pour la réalisation d'un tramway à Ouargla.

Dans cette affaire qui n'est qu'à ses débuts en Espagne, les commissions perçues par l'ambassadeur et le député sont substantielles (on n'ose pas dire «respectables) et atteignent la coquette somme de 737.000 euros. A cela s'ajoute, une rémunération mensuelle de 15.000 euros. Rien à voir avec les "minables"10.000 euros qu'auraient attendu avec fébrilité le "neveu" (El Sobrino) prétendument malade à Paris.

Au cours parallèle, cela fait 1.600.000 Da ou 160 millions de centimes. Même si c'est de l'argent pour un smicard ou un salarié, c'est une bricole pour un PDG !

Certes que l'on accepte un «petit » pot-de-vin ou un gros est condamnable en soi. Mais quand même, la rémunération et les avantages d'un DG d'une grande entreprise publique devraient, «au moins », le mettre à l'abri des «petites tentations ».

Celles qui font dire aux intermédiaires qu'il faut bien «graisser » ici et là en Algérie pour faire des affaires. Cela va des grosses commissions (comme les chiffres qui courent sur l'affaire de l'Autoroute est-ouest ou encore les contrats de la Saipem) à quelques misérables euros.

10.000 misérables euros - pour l'instant en tout cas, on en est là - serait la somme qui a permis le «graissage » de la partie algérienne dans cette affaire espagnole. Même quand on zappe la morale, cela ne valait pas la peine.

Cela rappelle la situation d'un ancien PDG d'une grande entreprise publique florissante qui s'est retrouvé dans le box des accusés dans l'affaire Khalifa pour une histoire de voiture donnée le «tycoon » et utilisée par un neveu ! Ceux qui louaient son côté bon manager avaient bien de la peine à justifier la bricole. Mais peut-être que l'éthique et la morale dépendent du climat ambiant. Pour y échapper, il faut du caractère.

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