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Le pouvoir échoue au Bac et impose à l'Algérie un 19 juin numérique

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INTERNET DESERT
Chris Cheadle via Getty Images
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Ce pauvre 19 juin parait être condamné à entrer dans l'histoire de l'Algérie pour le pire plutôt que pour le meilleur. Il y a eu le coup d'Etat du 19 juin 1965, début d'une glaciation militaro-policière qui a été, malgré des promesses de justice sociale et de la mise en place d'un « Etat qui survive aux hommes », appauvrissante pour le pays.

Certes, il se trouve encore des gens qui font dans la Boumedienne-mania et opposent sa période à celles qui ont succédé alors qu'elles n'en sont que la continuation, l'effet d'entropie en plus.

Sur ce 19 juin numérique vécu par l'Algérie, il y aura sans doute les éternels laudateurs pour affirmer que le black-out internet imposé aux Algériens pour cause d Baccalauréat est une prouesse. Le VPN ayant ridiculisé les mesures ciblant les réseaux sociaux, les autorités ont donc carrément coupé 'internet pendant les heures des épreuves, chose inimaginable dans un pays «normal ».

Les laudateurs - il y en a toujours - vont sans doute mettre en avant la «fermeté » des autorités qui n'hésiteraient pas, face à une "menace grave" de prendre des "mesures radicales". Le pouvoir montre ses "muscles" en organisant une censure grandeur nature, un 19 juin, ça ne pouvait mieux tomber. L'interdit faisant office de politique et de solution, cela fait partie de l'ADN du régime.

Ces laudateurs ne pourront pas faire oublier que cette solution où touT le pays à d'une manière ou d'une autre passé son bac Benghabrit II est un scandale absolu, un signe clinique de perte de sens. Instaurer le black-out n'est pas une démonstration de la «force » de l'Etat. C'est, il faut le redire, une démonstration éloquente de sa faiblesse.

De quoi donc ce black-out du 19 juin (qui va durer encore quelques jours) est-il le nom ? Ceux qui ont décidé cette mesure reconnaissent clairement que le net ne fait qu'amplifier les fuites. Ceux qui dirigeant le pays (et pas seulement le secteur de l'éducation) nous disent très clairement qu'ils ne maîtrisent pas leurs propres troupes.

Tous ceux qui sont dans les circuits, les nomenklaturistes qui ont la capacité d'avoir «l'information » (ici les sujets) avant tous les autres. Ils admettent que les fuites existent bel et bien depuis longtemps et que ce sont les enfants des nantis du système qui en profitaient.

La générosité de certains de ces jeunes nantis s'exprimant via les réseaux sociaux a entraîné une "fâcheuse démocratisation" de la fuite. La 3G, pourrait-on dire, est devenue l'instrument suprême de la démocratie par défaut. La mesure "radicale" démontre que le système est devenu si poreux qu'il ne sait même plus gérer un examen sans fuite.

Le net n'est pas responsable de la fuite et de la fraude. Il n'en est, par l'amplification qu'il permet, que le révélateur. Le mal est profond et se rapporte à la lutte contre toutes les formes de corruption en interrogeant (et en démantelant) les situations et le système qui le permet. On est au cœur du débat politique qui se pose depuis 1988 et dont l'absence de réponse efficiente fait le lit de toutes les régressions.

Mais en attendant cet aggiornamento moral et politique général, le secteur de l'éducation peut prendre les devants en réformant le baccalauréat. Il est possible d'en faire une épreuve moins anxiogène qui n'incite pas les parents à tricher ou à payer des fonctionnaires pour avoir accès aux sujets. Voilà un sujet plus sérieux que beaucoup de diversion inutile organisée par les fausses réformes dans le secteur de l'éducation.

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