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Les Xils : un article 51 de la Constitution mal fait contre des têtes bien faites

Publication: Mis à jour:
MONTRAL ALGRIENS
Samir Ben - montrealdz.wordpress.com
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Dans la tourmente des années 1990, Omar Zelig tenait une chronique dans l'hebdomadaire La Nation, celui qui troublait la "quiétude publique" selon une des justifications ministérielles pour sa suspension. La chronique portait le titre générique de "Les Xils" en forme de clin d'œil à Chawki Amari qui avait lancé la formule quelques années plus tôt dans le Jeudi d'Algérie.

Fort heureusement, notre ami est revenu. Il n'est plus un Xil. Mais beaucoup ne sont pas revenus après ce départ au cœur d'un immense traumatisme. D'autres les ont suivis... dans les années 2000 avec l'amélioration relative de l'octroi de visas.

Combien sont-ils ? On ne le savait pas avec précision. Mais on peut désormais prendre comme indication les chiffres révélés dans l'étude conjointe Cread-l'OIT: l'effectif des migrants algériens qualifiés dans les pays développés serait de 267 799 personnes dont 1,2% sont titulaires d'un Phd. 75% des Algériens qualifiés établis à l'étranger ont également la nationalité du pays d'accueil. 48% l'avaient à leur naissance en application du droit du sol. Pour 27%, il s'agit d'une acquisition nouvelle.

C'est probablement dans ces 27% que l'on retrouve nos «Xils», les Algériens qui ont quitté le pays par vagues successives dans les années 1990 et 2000. C'est parmi eux que se trouvent nombre de têtes "bien faites" qu'un affligeant article 51, désormais gravé dans la Constitution, met à l'index.

On ne sait toujours pas pourquoi ceux qui ont élaboré la révision de la Constitution ont infligé cette avanie à nos Xils. Cette disposition est si inutile que certains en sont réduits à chercher des explications de type "psy" chez ceux qui ont concocté la révision constitutionnelle.

D'autres l'expliquent platement par un souci de diversion : les gens s'intéressaient si peu à cette "révolution constitutionnelle" qu'il fallait trouver un moyen de provoquer l'intérêt ! Et quoi de mieux que de proposer une disposition qui braque la diaspora ? Quoi de mieux que de jouer sur ce qui ne peut que diviser...

Des "mortellement patriotes" qui décident de fixer dans la loi fondamentale un interdit contre des compatriotes, lesquels seraient les agents présumés d'une 5ème colonne ou les taupes de l'étranger. C'est encore plus affligeant de faire savoir que cela ne concerne que quelques postes de..."souveraineté"!

Peu de pays dans le monde mentionnent cette exclusion - qui existe de facto souvent pour les postes dits "sensibles" - dans leur loi fondamentale. Ils respectent ainsi la solennité d'une loi qui, normalement, assure les droits et les protège. Ils règlent les problèmes "d'intendance" ailleurs que dans la Constitution. Mais il est vrai qu'en Algérie, la Constitution est une affaire d'égo et donc de psy.

Pour en revenir aux Xils de départ relativement récent, on sait qu'ils ont deux attitudes, très différentes pour ne pas dire opposées, au sujet du rapport au pays.

Il y a ceux - ils semblent être les plus nombreux - qui ont résolument tourné le dos au pays et à "ses histoires". Comme s'ils portaient une colère ou un jugement définitif sur le pays natal et ses gens.

Beaucoup sont partis au cœur de la grande division-haine (fitna?) au sein des élites (et des familles) durant les années 1990. Ceux-là sont devenus «uniquement» Français, Canadiens ou Américains. Ils ont même tendance à rejeter toutes les nouvelles qui viennent du pays.

Ceux-là ont probablement haussé les épaules quand ils ont entendu parler de l'article 51. Cela ne les concerne pas et cela conforte leur choix de tourner la page.

Et puis, il y a les autres. Les Xils qui restent accrochés au pays, qui lisent - plus que nous - ce qui s'écrit sur le bled. Qui nous surprennent, nous les "restants", par des questions-colles sur des choses graves et sérieuses écrites sur le pays que nous n'avons pas lues.

Ce sont ces Xils qui n'arrêtent pas de se demander ce qu'ils peuvent faire pour le pays, qui se posent encore la question d'un "retour" possible qui sont les plus affectés par cet article. Mais peut-être que les concepteurs de l'article 51 visaient précisément ces Xils à la tête bien faite qui continuent de porter en eux un sentiment de devoir envers la patrie.

Dans un pays où le système de pouvoir a tout fait pour favoriser une dépolitisation générale, ces Xils, de toute tendances, ont le défaut de se mêler des "nos affaires" et de rappeler souvent des normes universelles élémentaires qui cassent notre "normal national. "

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Ces Xils qui parlent d'économie, de politique, de stratégie, de sciences... seront-ils "consolés" de savoir que nous sommes nombreux parmi les "restants" à être aussi des exilés qui attendent - et luttent comme eux avec les moyens du bord - à rendre l'État aux citoyens. Car, pour l'instant, frères et sœurs d'ailleurs, nous sommes tous des Xils. Comme l'était aussi Hocine Aït Ahmed. Restez donc branchés sur le pays. Restons en contact. Comme nous n'avons jamais cessé de l'être.

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