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Industrie: Quels challenges quand on lance son entreprise au Maroc? (ENTRETIEN #1)

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AHMED GUESSOUS
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Photo: Ahmed Guessous, fondateur de AGH Groupe en 2014, imprimerie spécialisée dans le secteur publicitaire

ÉCONOMIE - Quels sont les challenges rencontrés par les jeunes entrepreneurs au Maroc? Quels sont les barrières que rencontrent les TPE et PME, et comment aider à leur développement? Entretien et retour d'expérience d'un jeune entrepreneur, Ahmed Guessous, fondateur de AGH Groupe en 2014, imprimerie spécialisée dans le secteur publicitaire.

- Parlez-moi de votre parcours...

Après mon bac au Maroc, j'ai obtenu mon DUT en France, avec une majeure en comptabilité. Une fois mon diplôme en poche, j'ai hésité, comme beaucoup de jeunes diplômés, entre continuer l'aventure en France ou rentrer au Maroc. J'ai alors fait le choix de rentrer pour intégrer la structure familiale, imprimerie leader au Maroc, y apporter un regard neuf, et plus globalement participer au développement du Maroc.

- Comment s'est matérialisé ce "regard neuf" que vous avez apporté?

L'imprimerie familiale était centrée sur de l'imprimerie "offset" de grands volumes pour des acteurs traditionnels. Fort de l'expérience familiale dans le secteur, j'ai lancé ma propre structure d'impression en 2014, AGH Groupe, centrée sur le segment publicitaire, en pleine croissance.

- L'aventure entrepreneuriale tente de nombreux jeunes. Comment la décririez-vous?

C'est d'abord un plaisir de travailler pour sa propre structure, mais ce que l'on dit peu, c'est que c'est aussi une énorme responsabilité. Une vingtaine de collaborateurs et leurs familles dépendent de cette structure. C'est une grande famille en soi. Et ça représente un stress considérable, surtout vu les risques auxquels on est confrontés dans le marché marocain. On est par exemple à la merci des mauvais payeurs (très courant), de la cyclicité du marché ou simplement de traverser une mauvaise période.

La seule solution, c'est d'être irréprochable au niveau de la qualité, de considérer ses clients comme des partenaires et de construire une confiance sur le long terme avec eux. À côté de ça, il faut espérer travailler avec des clients sérieux également.

- Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tant que jeune entrepreneur?

La plus importante a été de gagner les premiers contrats, en étant jeune, et avec une structure nouvelle. Au Maroc, les entreprises ne font confiance qu'aux entreprises expérimentées, et donnent rarement leur chance aux jeunes. C'est là ma chance, d'avoir une structure familiale sur le marché, avec une réputation et un carnet d'adresses existant, qui m'a permis d'avoir mes premières opportunités et ainsi de prouver ma valeur. Le travail fait ensuite la différence.

Le deuxième risque est connu: c'est celui des mauvais payeurs, nombreux et surtout parmi certaines grosses entreprises qui profitent de leur position dominante.

La troisième difficulté est le recrutement. Nous cherchions des personnes qui soient en charge de la relation avec les clients, et j'ai été étonné de voir que 90% des candidats, malgré de très bons diplômes, n'étaient pas capables d'écrire un mail sans faute d'orthographe. De ce point de vue-là, au moins, le système éducatif doit faire mieux.

- Avez-vous bénéficié d'aides de l'État dans votre démarche?

Il y a tout d'abord la Caisse Centrale de Garantie, qui nous donne un bol d'air financier. L'exonération de la TVA lors des 36 premiers mois de la vie d'une entreprise m'ont également permis d'acquérir mes machines au lancement. Enfin, d'autres mesures existent, comme celle relative au délai de paiement de la commande publique, mais ils sont moins respectés - notamment après les 6 mois de blocage gouvernemental. Il y a certainement moyen d'aller encore plus loin.

- Qu'est-ce qui pourrait aider?

Je pense qu'il est important que les grands organismes privés et publics donnent l'exemple. Ils sont l'ossature de notre pays, et les TPE/PME en sont le sang vif. Un minimum de contrats doit être réservé pour les PME, et cela doit être respecté. Moins de clientélisme ferait aussi du bien, mais c'est difficile à appliquer.

Enfin, un autre besoin fondamental est très peu évoqué: nos entrepreneurs ont besoin de financement, mais ils ont surtout besoin de formation, d'accompagnement stratégique et de professionnalisation. Ils n'ont pas été formés à la gestion d'entreprise et ne se remettent que rarement en question d'un point de vue du positionnement stratégique. Culturellement également, mais personne n'est prêt à payer pour ce type d'accompagnement, qui a pourtant une valeur inestimable.

- Un dernier mot?

Je voudrais simplement profiter de cette opportunité pour dire merci à tous mes clients et à l'ensemble des collaborateurs de AGH Groupe. Je veux également souhaiter bonne chance à l'ensemble des entrepreneurs qui se lancent et leur dire que le travail et le sérieux finissent toujours par payer.

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