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BTP: Quels challenges quand on lance son entreprise au Maroc? (ENTRETIEN #2)

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Photo: Abdelhak Laraki, fondateur d'IEB, bureau d'Ă©tude en BTP

ÉCONOMIE - Quels sont les challenges rencontrés par les jeunes entrepreneurs au Maroc? Après un premier retour d'expérience avec Ahmed Guessous, fondateur d'une imprimerie spécialisée dans le secteur publicitaire, entretien avec un autre jeune entrepreneur, Abdelhak Laraki, fondateur d'IEB, bureau d'étude en BTP.

- Parlez-moi de votre parcours...

Après l'obtention de mon baccalauréat à Casablanca, j'ai effectué deux années de classes préparatoires à Lyon et intégré l'Ecole Supérieure des Travaux Publics (ESTP) pour suivre une formation d'ingénieur BTP.

J'ai ensuite intégré à ma sortie d'école le bureau d'étude interne de Bouygues Rénovation Privée, suite à plusieurs stages différents au sein du Groupe Bouygues Construction. L'objectif était de développer ma formation technique en apprenant auprès des experts du secteur, et me confronter à des projets "réels".

Après deux années d'expérience, j'ai décidé de faire mon premier grand saut et de rentrer au Maroc pour rejoindre leur filiale locale. Après deux autres années d'expérience, j'ai décidé de faire mon deuxième saut, en me lançant dans l'entreprenariat et la création de mon propre bureau d'étude de Béton Armé (IEB).

- En quoi consiste votre activité?

Il s'agit principalement du dimensionnement des bâtiments en béton armé (plans d'exécution nécessaire au gros œuvre, solution optimum pour minimiser les coûts de construction, etc.). Chez IEB, nous misons sur notre souci du détail et notre réactivité pour nous démarquer.

- Pourquoi être rentré au Maroc?

La première raison, comme souvent dans ces cas-là, est personnelle. Avec ma femme, l'objectif a toujours été de faire notre vie au Maroc, une fois qu'on aurait développé un bagage professionnel fort. Je souhaitais que mes enfants grandissent avec leur famille.

- Vous quittez ensuite un emploi stable, au sein d'un groupe reconnu, et prenez un gros risque pour lancer votre structure. Pourquoi?

Pour retrouver la liberté! Cela n'a pas de prix. C'est aussi une décision financière. Les salaires au Maroc évoluent très peu au fil des années - et à côté de ça, les charges personnelles grimpent rapidement.

- Pourquoi avoir attendu et ne pas vous être lancé directement?

Je souhaitais me constituer un bagage technique fort. C'est un métier de savoir et évoluer au sein d'entreprises reconnues, avec en leur sein des experts du métier, est le moyen le plus sûr de le faire. C'était aussi l'occasion de mieux connaître le marché du BTP au Maroc, et commencer à se constituer un carnet d'adresses.

- Quel retenez-vous de votre aventure entrepreneuriale?

C'est énormément d'adrénaline, de la peur et beaucoup d'imprévus! Je ne sais pas de quoi le lendemain sera fait. C'est aussi un engagement sans pareil. Il faut donner à son entreprise la même attention que pour un nouveau-né. Il faut s'en occuper toute la journée et y penser toute la nuit. Il faut aussi être prêt à travailler des nuits entières, non pas par obligation mais plutôt par envie.

- Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées?

Comme beaucoup de jeunes entrepreneurs que je côtoie, les difficultés sont d'abord financières et commerciales. Il faut prévoir un fond de roulement de plusieurs mois pour fonctionner normalement, et faire face aux retards de paiements. Signer des clients n'est pas aisé. Mon activité est basée sur une prestation "intellectuelle", et malgré les bénéfices financiers qui en découlent, c'est difficile à mettre en avant. C'est l'une des grosses différences culturelles avec la France, où les prestations intellectuelles sont valorisées par l'ensemble de la chaîne de valeur.

- Avez-vous bénéficié d'aides ou d'accompagnement particulier?

Non aucune. Je ne sais pas d'ailleurs pas si je suis éligible à quoi que ce soit. En tout cas, avec le recul, en dehors du métier de base, qui est très technique, un entrepreneur passe le plus clair de son temps (environ 80%) sur plusieurs tâches transverses de développement commercial, financières, d'organisation auxquelles il n'est pas préparé. Des formations "pratiques" seraient les bienvenues.

- Des conseils aux jeunes qui souhaiteraient suivre le mĂŞme chemin?

Je leur recommande de foncer, dès que possible, et quelle que soit l'idée choisie, du moment qu'il y a un ingrédient essentiel: la passion. Soyez passionné! Le chemin pour développer une entreprise est semé d'embûches. Il faut aussi être persévérant, ne jamais abandonner, et avoir la force de continuer, sans avoir peur de l'échec.

Plus globalement, il faut sortir du modèle "français" qui met plutôt en avant les parcours de carrière salariés, car dans le monde salarial au Maroc, les évolutions sont souvent bloquées par un plafond de verre. Il faut au contraire valoriser le modèle américain, fondé sur l'entrepreneuriat, où le ciel est la limite!

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