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Nour et la mascarade de l'éducation

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ÉDUCATION - Nour se leva, réveillée par l'alarme de son téléphone. 9h déjà. Dans le petit lit à côté d'elle, son frère dormait toujours. Elle ramassa son sac par terre. Personne dans le salon. Ses parents étaient sortis travailler. Elle ferma la porte derrière elle, et se dirigea vers l'école. C'était le cours de mathématiques. Ce n'était pas la peine de se presser.

En arrivant, ils étaient déjà 50 devant la petite salle exigüe et assez délabrée. Près de la porte, il y avait son petit groupe d'amis. Au bout de la queue, se retrouvaient les vieux. Ils avaient tous 4 ou 5 ans de plus qu'elle et fumaient pour passer le temps. Personne n'attendait vraiment le professeur. C'est plus pour se retrouver et rire un peu que tout le monde venait. Cela faisait bien 3 ans que le directeur n'avait trouvé personne pour enseigner les mathématiques.

Amine n'était pas là. Nour eut un pincement au cœur. Cela faisait 4 mois qu'il avait arrêté les cours. Maintenant que son petit commerce de haschich était bien lancé, il avait des revenus confortables. Ce qui avait commencé avec pour seul objectif d'acheter un smartphone, était maintenant son activité à plein temps. Elle jalousait un peu son indépendance. Il trainait surement en ville, pendant que ses parents le croyaient toujours ici.

Tout à coup, la sonnerie la tira de ses pensées. C'était l'heure du cours de physique. A peine plus âgé qu'eux, le jeune enseignant arriva. Il ouvrit la porte et le troupeau s'engouffra. La classe était bruyante. Nour se rapprocha de sa camarade pour partager le manuel. Ils étaient peut-être six ou sept à avoir le leur. Les mots ne faisaient pas vraiment sens, mais la lecture faisait passer le temps et oublier les fortes odeurs de fumée qui venaient du fond de la classe.

Cela semblait intéressant, mais depuis deux ans, elle avait décroché. Ils avaient eu une année blanche en physique, car le précédent professeur était parti enseigner dans une école privée, quelques jours après la rentrée. Avant de partir, l'enseignant rappela qu'il y avait bien examen la semaine prochaine. Il insista sur le fait que ceux désireux d'avoir une bonne note, n'avaient d'autre choix que de rejoindre ses cours du soir. Elle n'en avait pas parlé à sa mère. Elle aurait emprunté pour l'inscrire.

Au fond, c'est bien dommage. La physique était sa matière favorite. Les mathématiques aussi lui manquaient. Quand elle avait 6 ans, elle pouvait faire de nombreuses opérations complexes de tête, grâce notamment aux tables de multiplication, présentes dans le dos de son cahier. Elle se voyait médecin renommée...

La sonnerie tira de nouveau Nour de ses rêveries.

Quelques chiffres:

Comme Nour, ce sont des millions d'enfants que notre système d'éducation fracasse quotidiennement.

Pour rappel, selon l'UNESCO, le Maroc fait partie des 21 pays les moins avancés en termes de scolarisation. En 2016:

• 16.700 enseignants manquent à l'appel
• 38% des enfants scolarisés poursuivent leurs études dans des classes de plus de 40 enfants
• 30% des élèves ne finissent pas leur parcours scolaire
• 13% des élèves utilisent les drogues au sein de l'établissement

Pour réparer ce système, 4 leviers sont à activer. Un budget plus important est nécessaire. Il doit être couplé à une gouvernance transparente et claire et surtout à l'établissement d'objectifs publics pour chaque école, afin d'en responsabiliser les directeurs. Enfin, une meilleure formation et motivation des enseignants est nécessaire.

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