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Le PJD marginalisé au sein de son propre gouvernement. Quels risques?

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GOUVERNEMENT OTHMANI
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POLITIQUE - Grand vainqueur des élections législatives, avec 125 sièges glanés en octobre 2016, le PJD était en position de force pour former un nouveau gouvernement. Six mois après, le constat d'échec est sans appel pour M. El Othmani. Le PJD est marginalisé au sein de son propre gouvernement. Le RNI est vainqueur par K.O.

Alors qu'il représente 57% des sièges de la coalition (125 sièges sur 220 au total), le PJD ne détient que 6% du budget avec seulement deux ministères 'importants': Energie et Equipement. Ils n'ont obtenu aucun des ministères, dits régaliens, que sont la Justice, l'Economie, l'Intérieur et les Affaires étrangères. Pourtant, les citoyens avaient salué la performance du PJD, qui gagnait 18 sièges supplémentaires par rapport aux élections de 2011, et qui n'a été éclaboussé par aucun scandale de corruption majeure en cinq ans.

A contrario, le RNI, avec à sa tête M. Akhannouch, avec seulement 37 sièges (soit trois fois moins que le PJD), mais fort du soutien du MP, de l'UC et de l'USFP, prend la tête de la moitié du budget de l'état. Il prend en charge deux ministères régaliens (Justice et Economie) ainsi que les ministères clés de l'Agriculture et de l'Industrie. L'Intérieur et les Affaires étrangères restent aux mains de technocrates, sans étiquette.

gouvernement el othmani

Cette situation pose plusieurs risques concrets à court terme: la désillusion de l'électorat marocain, un risque d'implosion du PJD ainsi qu'un risque sur la fonctionnalité et la performance du nouveau gouvernement.

Le premier est celui de la désillusion d'une grande partie de l'électorat, notamment sur l'utilité du processus du vote législatif. La non-représentation des 1,6 million de votes PJD en octobre dernier dans ce gouvernement marque un coup d'arrêt dans la dynamique positive d'implication de la population marocaine au processus démocratique mis en place depuis une dizaine d'années. Demain, avant de se déplacer aux urnes, chacun se posera (et avec raison) la question de savoir si voter a bien un sens et si cela aura un impact sur l'issue finale.

Le deuxième risque concerne plus directement le PJD, première formation politique du Maroc. Les militants du PJD, ainsi que les sympathisants qui s'étaient impliqués dans la campagne électorale, et sont à la base des résultats législatifs de la formation ont le sentiment d'avoir été volés et trahis par M. El Othmani. Ces trop nombreuses concessions ont mécontenté sa base, ainsi que des ténors du parti. Quelques heures après l'annonce du résultat, de nombreux élus comme M. Sekkal, président de la région de Rabat-Salé-Kénitra, faisaient part de leur mécontentement sur Twitter. Le nouveau chef du gouvernement devra donc faire face à une fronde interne sévère. Enfin, la mise à l'égard de M. Benkirane, qui a incarné pendant cinq ans le positionnement du PJD et qui en a été le liant est un élément déstabilisateur de plus. Les mois qui viennent seront donc décisifs pour le futur du PJD, et de son gouvernement.

Après six mois de blocage, c'est peu dire que le nouveau gouvernement était attendu. Le fonctionnement de la machine étatique était enrayé, et les réformes et textes de loi (dont le projet Loi Finance 2017) en attente. Bien que l'on espère tous une franche réussite de gouvernement (impliquant un avancement de notre pays), les conditions de sa nomination ne sont pourtant pas idéales. Un réel risque existe sur la capacité de ce gouvernement à mener à bien les réformes structurelles dont le Maroc a besoin.

En effet, en dehors des remous provoqués par le positionnement affaibli du PJD, la coalition politicienne a abouti à une formation de 39 portefeuilles. Un nombre important est la preuve de la victoire d'une vision politicienne de ces postes aux statuts privilégiés, et pose clairement une menace à la capacité de ce gouvernement à prendre des décisions rapides et agiles, comme aurait pu le faire une équipe resserrée.

Le deuxième risque est lié, de fait, à la diversité importante de partis engagés dans la coalition et leur capacité à cohabiter. Cette diversité pourrait aboutir à un manque de solidarité de l'équipe gouvernementale et impliquera de trouver un consensus permanent au sein des équipes, consensus difficile au vu des objectifs et des visions relativement différentes de ces formations sur les décisions à prendre. L'immobilisme guette et représente une menace concrète, dans un moment où le Maroc a plus que jamais besoin de dynamisme.

Enfin, la question cruciale reste celle du programme qui sera appliqué et de sa cohérence globale. Quel sera-t-il? Chaque ministère présentera-t-il bien un contrat programme avec les citoyens? Quels seront les objectifs et les mesures clés qui seront appliqués pour les atteindre?
Sans cet effort, il sera difficile de juger ce gouvernement sur le long terme, et surtout d'acquérir l'adhésion des citoyens à des ministres qu'ils n'ont pas forcément choisis.

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