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Les fonctionnaires marocains sont paresseux, mais qui ne le serait pas à leur place!

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ADMINISTRATION PUBLIQUE
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ADMINISTRATION PUBLIQUE - Le discours royal a pointé du doigt les carences et défaillances de l'administration publique. Ces maux sont connus et vécus au quotidien par l'ensemble des Marocains, dans les hôpitaux, les écoles ou les préfectures. Les fonctionnaires ont la réputation d'être paresseux, inefficaces, corrompus, et même tout simplement absents. Pourtant, ils ne sont pas à blâmer.

L'humain (les fonctionnaires, vous, moi) est par nature paresseux. Il cherche à optimiser ses revenus, minimiser son temps de travail dès qu'il le peut. Si nous étions fonctionnaires, soyez certains que nous aurons tôt fait d'adopter exactement le même comportement.

La vraie source du problème (qui peut nous permettre de le régler) est donc ailleurs: c'est la gouvernance et les processus (ou leur absence). Le système doit être réformé pour corriger cela, et y insérer systématiquement des dimensions de responsabilisation, de motivation et de contrôle.

Ce n'est pas au citoyen d'être à la merci du fonctionnaire, c'est au fonctionnaire d'être à la merci du citoyen. Les agents de préfecture, maires, présidents de régions ou ministres sont avant tout des serviteurs!

Des solutions très simples peuvent être implémentées dès demain pour créer des systèmes vertueux. Un exemple de solution très simple pour une activité de tous les jours:

Pour une demande de papiers à la préfecture, aujourd'hui, le fonctionnaire a intérêt à vous retarder au maximum pour vous soutirer un billet. A contrario, vous fournir un service rapide et de qualité ne lui apporte aucun bénéfice.

Dès demain, en utilisant les mêmes registres noirs, une colonne "date" peut être rajoutée, indiquant l'ouverture de la demande, une autre colonne indiquant si la demande a été satisfaite, et une dernière indiquant la date ou le papier a été remis.

Ainsi, si la demande a été satisfaite, le citoyen signe, avec la date de remise du document. Sinon, il indique la raison pour laquelle sa demande n'a pas été satisfaite (en notant les papiers manquants, ou la raison invoquée par le fonctionnaire), et signe à nouveau.

Ensuite, une fois par semaine, un inspecteur comptabilise le pourcentage de personnes qui sont venues pour rien, et le temps d'attente moyen. Ces chiffres sont comparés à des objectifs fixés, affichés de manière transparente aux citoyens, et libres d'accès sur internet.

Comme à l'école, il est nécessaire d'introduire une récompense aux 20% de bons élèves (bonus supplémentaires pour les meilleures préfectures, ou les meilleurs fonctionnaires), et des punitions aux 20% les plus mauvais (changement des responsables et des fonctionnaires des préfectures aux mauvais résultats à des postes moins importants). Ces récompenses et punitions doivent être appliquées systématiquement.

Cette idée est simple, et reste à améliorer mais c'est avec ce type de raisonnement et de processus que les règles du jeu peuvent être changées.

Le fonctionnaire n'est pas coupable, c'est le système administratif autour de lui qui ne le motive pas à faire son travail correctement.

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