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Comment atteindre l'excellence? Le parcours et les conseils inspirants de Hamza Chraibi (ENTRETIEN)

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HAMZA CHRAIBI
Mohamed Mellah
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EXCELLENCE - Hamza Chraibi est le président-fondateur d'Arab Excellence, association à but non lucratif ayant pour but d'inspirer et former les jeunes arabes à réaliser leur plein potentiel. Il a entre autres réalisé 75 entretiens avec des personnalités arabes pour mettre en avant leur parcours. Entretien.

- Parlez-moi de votre parcours et de la naissance d'Arab Excellence...

Hamza Chraibi: Après un baccalauréat au Maroc, je suis parti continuer mes études en France, où j'ai obtenu un diplôme d'école de commerce. J'ai aussi effectué des stages dans des banques d'affaires prestigieuses à Londres. C'était déjà le secteur le plus prisé par tous les étudiants. Néanmoins, j'ai tout de suite vu que cela ne me correspondait pas, et que je voulais contribuer, dans un sens, à quelque chose de plus grand. C'est comme ça qu'en 2013 est née cette formidable aventure: Arab excellence!

- Qu'est-ce qu'Arab Excellence? Quel est son objectif?

Arab Excellence est d'abord parti d'un constat. Beaucoup de jeunes, au Maroc notamment, sont en perte de repères, en perte de confiance en eux-mêmes et dans l'avenir. Ma mère, institutrice dans un collège public, était confrontée à cela quotidiennement. Une des raisons était l'absence de modèles de réussite pour les jeunes sur lesquels ils peuvent se projeter et le manque d'orientation. Arab Excellence a l'ambition de combler ce besoin en mettant en avant des modèles de réussite arabes pour inspirer les jeunes (car oui, la réussite et l'excellence est aussi arabe!). J'ai donc interviewé 75 personnalités extraordinaires autour du monde: des sportifs (Nezha Bidouane ou Said Aouita), des scientifiques (Ahmed Zewail, prix Nobel de Chimie, décédé depuis) ou des entrepreneurs (Mohed Altrad, orphelin syrien aujourd'hui 54ème fortune française).

- Comment avez-vous capitalisé sur ces entretiens pour avoir un impact sur la vie de la jeunesse marocaine, ou la jeunesse arabe plus globalement?

On a publié ces entretiens, et animé de nombreux évènements afin d'inspirer les jeunes. J'avais aussi la volonté d'avoir un impact plus profond et concret. Cela passe forcément par l'éducation et la formation. A Arab Excellence, nous avons réuni des experts afin de développer des programmes éducatifs, qui permettent aux jeunes de définir une vision de leur futur qui leur est propre. Puis, nous les aidons à développer un plan d'action pour l'atteindre. Aujourd'hui, nous avons mis en place ce programme dans plusieurs universités et institutions internationales (Insead, Stanford) et avons formé des centaines de jeunes au Maroc, aux Emirats arabes unis et en Arabie Saoudite. Ils sont d'ailleurs nombreux à s'être lancés dans leur propre aventure entrepreneuriale. Nous avons l'ambition de continuer notre développement dans l'ensemble des pays arabes (du Maroc aux Emirats).

- Vous avez fait des entretiens avec des personnalités extraordinaires, quelle est la recette?

La recette magique n'existe pas (rires)! Il y a néanmoins des points communs, qui sautent aux yeux. D'abord, ce sont des personnes pleinement conscientes de leurs forces. Elles ont ensuite visualisé leur objectif, en ligne avec leur propre histoire, et surtout visualisé l'accomplissement de leur rêve: El Aynaoui se voyait champion de tennis, Mohamed Qahtani, pourtant atteint de bégaiement, se voyait devenir champion du monde d'éloquence. Enfin, elles avaient toutes une feuille de route claire, qu'elles ont suivie de manière acharnée et surtout proactive. C'est ce qui fait que ces personnalités sortent de "l'ordinaire"!

- Quelles barrières avez-vous rencontrées? Comment y avez-vous fait face?

Le financement a été un énorme défi! Pendant les deux premières années, le business model n'était pas clair. J'ai rencontré plusieurs dirigeants, qui soutenaient tous l'initiative et me promettaient des sponsorings, sans forcément que les actes suivent. Les désillusions m'ont fait mal. J'ai continué malgré tout et j'ai pivoté plusieurs fois, avant de trouver un positionnement fort en formation et développement personnel. Je n'ai pas hésité aussi à m'internationaliser également. L'autre difficulté, surtout au début, a été de vivre avec une certaine perte de "statut". Vos proches vous voient renoncer à un emploi stable, reconnu, pour une aventure qu'ils perçoivent souvent comme hasardeuse et risquée. Ils ne comprennent pas forcément.

- Quels conseils voulez-vous donner aux jeunes, pour atteindre "l'excellence"?

Le premier conseil, c'est de rêver, d'avoir un objectif et de le visualiser! Un rêve qui se doit d'être en ligne avec leur personnalité, leurs forces et leur envie. L'autre conseil est tout simplement d'être proactif, tous les jours, pour faire de ce rêve une réalité. Si un secteur vous intéresse, cherchez par tous les moyens à contacter des personnes qui évoluent dans ce milieu, ou dont le parcours vous inspire. Allez-y, envoyez des mails ou participez à des évènements! On est souvent surpris, mais les gens apprécient de conseiller des jeunes passionnés, qui en veulent. Enfin, et c'est certainement le conseil le plus difficile à mettre place: il faut persévérer, jour après jour, et être capable de se remettre en question tout en gardant le cap.

- Et quelles mesures concrètes pourraient aider à faire évoluer les mentalités?

Il faut réussir à passer d'un modèle de la connaissance à un modèle fondé sur les compétences, sur le développement personnel. Les jeunes doivent aussi se prendre en main, être proactif, et ne plus se laisser simplement guider par le système. Ils peuvent se former eux-mêmes aux compétences clés dont ils estiment avoir besoin pour atteindre leurs objectifs (sur internet ou via des formations e-learning).

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