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Lettre aux personnes LGBTQI++: Luttons pour notre liberté

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GAY
Getty Images/iStockphoto
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Pour écrire le texte de mon vingt-quatrième anniversaire, ma pensée s'oriente exclusivement vers la situation actuelle des personnes LGBTQI++ en Tunisie. C'est à la liberté que je pense, à la mienne.

À vingt-quatre ans, livré à moi-même, je réalise que ma liberté, ce que l'être a de plus humain, a besoin d'être validée.

Je vois s'enfuir ma jeunesse sans pouvoir être une personne libre. Mon enfance et mon adolescence s'étaient déroulées sous la dictature familiale, ma jeunesse commence sous la dictature encore plus implacable de la société et de l'État. Dans mon pays, je n'ai jamais été un véritable être humain au plein sens du terme.

En Tunisie, nous sommes condamnés au silence, à l'ostracisme, à la censure ou à la prison. Une sorte de sens de la destruction et de l'envie habite les Tunisiens; dans leur immense majorité, ils ne tolèrent pas la différence, ne supportent pas que quelqu'un se détache du lot et ils veulent rabaisser tout le monde au même niveau de médiocrité. C'est une attitude impardonnable.

Je pense que le gouvernement d'alors, ainsi qu'une grande partie de notre peuple, nos traditions, ne peuvent jamais tolérer la grandeur et la dissidence, ils veulent tout réduire au niveau le plus plat, le plus grossier. Ceux qui ne se coulent pas dans le moule de la médiocrité sont regardés de travers ou cloués au pilori. Les arrestations se succèdent sans trêve. Des jeunes sont condamnés à prison parce qu'ils ont une sexualité qui n'obéit pas à l'hétéro-normativité; arrêtés pour corruption de mineurs ou autres prétextes semblables. L'exemple du réalisateur de film arrêté depuis un mois en est l'exemple le plus douloureux. L'intégrité du corps n'est pas respectée; toute honte bue on pratique encore le test anal. D'autres jeunes, nombreux, choisissent de quitter le pays. C'est un État policier.

Je ne peux pas garder le silence devant tant d'horreur. Des jeunes traités en bêtes de somme, qui n'ont pas d'avenir devant eux ni de passé à se remémorer.

Je n'ai pas ici à donner un rapport détaillé sur la situation des personnes LGBTQI++ dans le pays, certains activistes le font avec dévouement, mais je tiens à inciter toutes les personnes LGBTQI++ à être libres même si la Tunisie ne l'est pas encore et ne le sera peut-être pas de sitôt. Ayez une sexualité épanouie et vivez intensément en dépit des lois liberticides.

Mon message n'est pas un message de défaite, mais de lutte et de liberté. Je crois aux efforts de la société civile déployés pour une lutte continue contre l'homophobie et la persécution.

"Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat"

A bas l'article 230!
Vive la liberté!

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