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La Tunisie et ses générations Z (Première Partie)

Publication: Mis à jour:
YOUTH TUNISIA
Zohra Bensemra / Reuters
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Depuis quelques années, on parle de la génération Z comme étant une frange de la population tout à fait à part des générations passées, en effet les jeunes dont nous parlons n'ont connu aucune des deux grandes guerres du siècle passé, ils n'ont pas connu la colonisation, pas vécu l'occupation ni l'indépendance et peu connaissent les hommes et les femmes qui ont œuvré à la construction et à l'édification de la l'État tunisien moderne.

Car la Génération Z, c'est celle du numérique, de l'instantané, du bref, du rapide. Pas le temps pour les bouquins et les feuilles, pour les appareils photos et les clichés, pour les rencontres et les découvertes; aujourd'hui c'est Snapchat, Instagram, Facebook, Linkedin. D'un coup d'œil vous avez un résumé de la vie de l'individu dont vous souhaitez faire la connaissance ou pas, tout va très vite, on n'a pas le temps.

La spécificité de cette génération Z c'est qu'elle naquit dans un monde devenu, depuis un moment déjà, un grand village global. Les flux d'Homme, de capitaux et de marchandises se multiplient et s'intensifient, partout sur la planète le rythme est devenu effréné, pas de place à la lenteur, c'est le culte de l'ultra rapide, de l'ultra intense.

Dans le quotidien de cette génération Z, cette intensité s'exprime bien souvent à tous les niveaux, on mange rapidement, on boit rapidement et souvent sans modération, on fume rapidement, on conduit rapidement et souvent dangereusement, on vit à un rythme effréné, on ne voit plus le temps passer, tout s'accélère.

C'est ainsi qu'une fois la limite conventionnelle du rapide et de l'intense souvent facilement atteinte, d'aucuns sont tentés par de nouveaux sentiers. Si les générations tunisiennes passées s'étonnent de l'explosion de la consommation de drogues en Tunisie ces dernières décennies c'est parce qu'à leur époque les choses étaient bien différentes, voilà encore une conséquence néfaste mais bien réelle de l'époque génération Z.

Mais encore, lorsque l'on s'essaye à une radioscopie du contingent des terroristes tunisiens qui combattent aux côtés de Daech, l'on s'aperçoit que ce sont pour une écrasante majorité des jeunes de la génération Z, là aussi, et nonobstant les questions idéologiques, il s'agit pour beaucoup d'une sorte d'aventure, ils quittent le rythme de nos sociétés conventionnelles et classiques à la recherche de quelque chose de plus intense, de plus rapide, de plus violent et finissent bien souvent, en chaire à canon.

C'est ainsi qu'en dépit du confort matériel, de la permissivité morale et sociale que procure l'illusion de la liberté, la jeunesse subit en réalité l'esclavage de l'instant et de l'instinct.

La génération Z est ainsi soumise à des heurts et des coincements successifs, ballotée dans tous les sens par une société hédonique, marchande et technocrate. Elle a été dressée pour s'attacher à l'avoir au détriment de l'être.

Mais en réalité, en Tunisie, il n'y a pas une génération Z mais des générations Z, l'une dans la Tunisie de l'endroit et l'autre dans la Tunisie de l'envers avec pour chacune des spécifiés particulières. Un jeune tunisien de la génération Z ressent-il autant l'effet de mondialisation, ce besoin de l'ultra rapide, de l'ultra intense lorsqu'il habite Carthage, Sidi Bou Saïd ou qu'il habite Hajb Laayoun, Rgueb ou Chbika Tamarza?

En effet, il demeure une partie de la Tunisie et une frange de la population qui, bien que concernée par cette classification générationnelle demeure en marge des avantages qu'elle offre mais est bien souvent concernée par les aléas qu'elle apporte. Quand tout va vite, mais que l'on continue d'aller lentement, quand tout le monde évolue en communauté alors que l'on demeure seul, quand le monde et votre propre pays se développe mais que votre région, que votre village involuent de jour en jour et que l'on appartient à la génération Z alors c'est vers les voies non conventionnelles que l'on se dirige et qui nous mènent bien souvent à la violence, à la barbarie et à l'horreur.

Prochainement, ce seront les États et leurs institutions qui devront changer, muter et s'adapter.

Le changement est urgent, et le retard persistant explique en grande partie l'incompréhension qui existe aujourd'hui entre la jeunesse et les décideurs, mais nous en sommes encore loin probablement parce que ceux qui trainent dans la transition n'ont pas encore pris leur retraite alors qu'ils diligentent des réformes, selon des modèles depuis longtemps effacés.

Comment l'État tunisien peut-il réussir à muer et à s'adapter à cette nouvelle donne générationnelle?

À suivre...

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