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Elections législatives 2016: Quels enjeux?

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MOROCCO VOTE
Youssef Boudlal / Reuters
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POLITIQUE - Dans un contexte de protestation à la fois nationale et internationale, les élections anticipées de 2011 visaient à éteindre les braises de la révolte populaire et se sont déroulées dans la continuité de la réforme constitutionnelle. L'enjeu crucial à l'époque était d'apporter des réponses concrètes à la détresse sociale. Bien que le processus démocratique ait été initié par Feu Hassan ll à la fin de son règne puis accéléré par SM Mohamed VI à son accession au pouvoir, le contexte politique du royaume a subi depuis un changement profond et durable.

La forte montée en puissance du Parti de la Justice et du Développement (PJD) à l'issue des élections du 25 octobre 2011 a été confirmée en septembre 2015 lors des élections régionales et communales. Sur une position favorable donc en vue du scrutin législatif d'octobre prochain, le parti islamiste de Abdelilah Benkirane dispose d'une majorité confortable dans plusieurs grandes villes dont Casablanca et Rabat et compte bien en tirer profit.

Malheureusement le PJD est loin d'avoir tenu les promesses pour lesquelles il a remporté la victoire historique aux dernières législatives et qui fut une lueur d'espoir pour beaucoup de citoyens marocains. La lutte contre la corruption et le chômage chronique dont il a fait un de ses chevaux de bataille n'ont pas connu de bouleversements majeurs. Le chef du gouvernement défend farouchement son mandat en avançant l'argument de réduction du déficit public qui passe de 7% à moins de 5% du PIB.

Durant ces cinq années au pouvoir, Abdelilah Benkirane s'est retrouvé à réaliser des objectifs pour le moins antinomiques: témoigner sa fidélité au Palais et en même temps mettre en œuvre le changement pour lequel il a été élu en 2011. En dépit de la déception qu'il a fait naître chez ses électeurs en échouant sur le plan social et politique, le PJD plaît en constituant une alternative crédible au Parti Authenticité et Modernité (PAM), parti créé en 2008 par l'actuel conseiller du roi Fouad Ali El Himma et considéré comme un "parti du système". Le PAM qui a par ailleurs réalisé une belle performance aux élections régionales de septembre 2015 et qui constitue le principal rival du PJD.

De surcroît, le chef du gouvernement continue de séduire beaucoup de Marocains par sa tendance à dire les choses de manière crue en bousculant les codes du politiquement correct et ce malgré son bilan mitigé. Il se positionne comme le chef de file de la campagne électorale de son parti car l'enjeu est de taille. Pour Abdelilah Benkirane lui-même, une victoire est nécessaire afin de se retirer la tête haute avec le sentiment du devoir achevé. Il pourrait même tenter de modifier les lois internes du PJD afin de briguer un troisième mandat de secrétaire général, actuellement limité à deux.

Pour le parti islamiste, remporter les prochaines élections serait l'affirmation de son leadership sur la scène politique marocaine. Son idéologie conservatrice basée sur un islamisme pragmatique et modéré cherchant à répondre aux préoccupations des classes moyennes serait ainsi établie et confortée.

Au-delà des clivages politiques, le principal enjeu de ces élections sera évidemment le taux de participation, miroir de bien des réalités. Qu'il soit synonyme de consensus, de rejet ou d'improbation, le taux de participation régit la crédibilité du Maroc sur la scène mondiale et face aux instances internationales. Le royaume a tenté en vain d'afficher une image positive en menant des campagnes de sensibilisation visant à encourager l'esprit citoyen. Il n'a d'ailleurs pas été compliqué pour les observateurs étrangers de remarquer le manque de ferveur et d'enthousiasme dans les bureaux de vote méticuleusement choisis auxquels ils ont été conduits lors des élections de 2011.

Parallèlement à cela, l'actuelle campagne électorale où tous les coups sont permis fait surgir le malheureux souvenir des campagnes antérieures. Insultes, diffamations, corruptions et autres pratiques morbides composent un climat de violence auquel les Marocains sont désormais habitués. Le récent scandale de mœurs des deux personnalités du parti Mouvement Unicité et Réforme (MUR), aile religieuse du PJD, illustre bien l'hypocrisie des politiques et la polémique qui en découle.

Le scrutin d'octobre prochain risque donc de ressembler à bien d'autres en terme d'abstention et cela met en exergue une triste réalité: celle d'une conscience démocratique et citoyenne quasi inexistante. Cette dernière a besoin de temps, de moyens et d'une volonté politique déterminée pour fleurir. Finalement, on pourrait peut-être se demander si le désintérêt du peuple de prendre son destin en main ne profite pas aux politiques déjà en place. Tant que cette conscience démocratique ne mûrit pas dans l'esprit de chacun, le véritable changement ne peut avoir lieu.

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