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Les médias marocains aux abonnés absents chez l'Oncle Sam

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De gauche à droite, Mohamed El Hajjam, président de MAN, Elisabeth Myers, avocate internationale, Dwight Bush, ambassadeur des Etats- Unis à Rabat et Sana Bekri, publicitaire marocaine; tous faisant ici la promotion du deuxième forum international des médias | DR
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MÉDIAS - Les Marocains d'Amérique tenteront, les 27 et 28 septembre, dans la perspective de l'échéance électorale présidentielle américaine sans précédent du 8 novembre, d'appréhender les rapports entre les médias et la société américaine. Initiative du Réseau maroco-américain (MAN), actif, notamment, dans le renforcement des rapports entre le Maroc et les Etats-Unis, la deuxième édition du Forum international des médias se penchera en effet sur le rôle des médias et leur influence sur la société américaine. Un événement qui remet les questions de l'immigration et de la peur de l'étranger, avec une mention spéciale pour les musulmans, au cœur du débat.

Ledit forum mettra ainsi l'accent sur l'exploitation par les candidats dans leur course à la Maison Blanche des différents organes médiatiques. Il fera également la lumière sur la couverture dont ont bénéficié les conventions des deux majeurs partis, Démocrate et Républicain. Sans oublier le "suivi" de ce processus électoral par la presse marocaine. Aussi bien dans ses composantes classique que numérique. Une attention particulière sera accordée par cette deuxième édition dudit forum au rôle décisif joué par les réseaux sociaux dans la tentative avortée du coup d'Etat militaire contre le président turc Tayyip Erdogan. L'objectif étant de mettre en évidence l'influence exercée, aujourd'hui plus que jamais, par les médias sur la formation d'une opinion publique de plus en plus avertie et son pouvoir de changer le cours des événements.

Cette nouvelle version du Forum international des médias, qui se tiendra cette année dans le prestigieux immeuble du Club national de la presse, le fameux National Press Club, à quelques encablures de la Maison Blanche, dans sa première journée, le 27 septembre (sa deuxième journée devant se tenir, le 28 septembre, dans les locaux de American University), verra la participation d'un parterre de prestigieuses figures de la presse nationale et internationale, mais également d'éminents académiciens et personnalités du monde de la culture, des arts et des affaires.

L'objectif essentiel de cette rencontre est enfin d'étudier les effets des médias d'aujourd'hui sur un monde contemporain en perpétuel changement et à une vitesse vertigineuse. Avec une mention spéciale de l'évaluation d'une éventuelle influence politique de l'électorat maroco-américain. On signalera enfin que la première édition du Forum international des médias, qui honora un grand nombre de journalistes, eut lieu en 2014 au siège du prestigieux quotidien américain USA Today.

Ouvrez des bureaux!

L'organisation d'un événement d'une telle importance m'oblige à examiner la situation de la presse marocaine sur le territoire américain. Nombre d'observateurs et spécialistes du Maroc aux Etats-Unis ont en effet remarqué la faible représentation des organes et institutions de presse nationale, écrite et audiovisuelle, chez l'Oncle Sam. Même les médias publics ne font pas exception à cette règle! Surtout dans sa composante audiovisuelle. Les événements dits officiels, dont la couverture était devenue quasi-obligatoire mais parfois "passés sous silence" ne manquent pas. Les Marocains d'Amérique se souviennent d'un exemple qui en dit long sur cette carence: la célébration de la fête du Trône 2010.

Ce dimanche là, un 30 juillet de 18 heures 30 à 20 heures, heure de la côte Est américaine, la fête battait son plein. SE Aziz Mekouar, l'ambassadeur du Maroc de l'époque, recevait, dans une ambiance d'apparat, plusieurs dizaines d'invités de marque. Parmi eux, outre un échantillon de compatriotes privilégiés, des représentants des milieux diplomatiques, gouvernementaux, législatifs et d'affaires. Ce parterre exceptionnel s'était déplacé pour célébrer le onzième anniversaire de l'intronisation du roi Mohammed VI. Une fausse note cependant. L'absence des caméras de télévision (voir interview) a laissé sur sa faim cette foule de personnalités pourtant "noyées" dans un océan de plats traditionnels allant du fameux couscous aux sept légumes à l'envoutant méchoui, en passant par la croustillante bastilla. Tant pis pour ceux de nos concitoyens expatriés accros des retransmissions traditionnelles, même en différé, par Al Oula des réceptions de la Fête du Trône dans nos ambassades à travers le monde. Ils ne verront pas sur leur petit écran la plus importante d'entre elles. Celle de la mère des capitales.

Cette défaillance audiovisuelle ponctuelle met en évidence une situation globale plus dramatique. Celle de la quasi-absence des médias marocains chez l'Oncle Sam. A l'exception de Maghreb Arab Press (MAP), maigre consolation pour ladite réception washingtonienne, aucune autre institution n'est représentée dans la capitale américaine. L'agence de Khalil Hachimi Idrissi, alors sous la houlette d'Ali Bouzerda, est en effet le seul organe national de presse publique à siéger dans le prestigieux "National Press Building", quartier général emblématique des médias accrédités aux Etats-Unis. Un manque à gagner donc pour l'image du Maroc quand on sait que le loyer d'un bureau dans cet "immeuble intelligent" ne dépasse pourtant guère les prix pratiqués boulevard Zerktouni à Casablanca, ou quartier Agdal à Rabat. Ce qui laisse perplexes des professionnels de la communication marocains établis dans la région du Grand Washington. Lesquels regrettent que l'ère des simples "contacts" (voir interview), auxquels continuent de recourir, et de manière épisodique seulement (!), la première chaîne de télévision nationale, ne soit pas déjà révolue. A quelques semaines seulement de son quasi-certain départ du département de tutelle, on voit mal comment Mustapha El Khalfi, pourtant "un gars du métier", pourra remédier à cette situation pour le moins désolante? Rien que dans la région du Grand Washington, on compte une centaine de journalistes et professionnels de la communication marocains, animés par leur attachement à leur mère patrie et qui ne demandent qu'à servir son image. Mohamed Dourrachad, directeur-adjoint de la chaîne Abou Dhabi, Mohammed El Alami et Nacer El Hoceini, journalistes attitrés d'Aljazeera et Abderrahim Foukara, chef du bureau de Washington de ladite chaîne satellitaire ainsi que Mohamed Said El Ouagfi, correspondent de France 24, Hassan Abouakil de Minbar Achaab, entre autres, pour ne citer que ceux-ci, avaient servi d'éclaireurs à de nouveaux venus dans "le nouveau monde" tels Fadoua Massat de Radio Sawa et Hicham Bourar de la chaîne américaine de langue arabe Al Hurra.

La balle est donc dans le camp de nos chaînes, spécialement Al Oula, 2M et Medi1 TV, financées par le contribuable, qui mérite de ce fait une couverture plus fréquente de la vie de leurs compatriotes dans cette partie importante du monde. Et dans celui, pourquoi pas, de la vingtaine de radios actuellement en service dans le royaume. Voire même les mieux établis de nos organes de presse écrite nationale.

La volonté politique de réserver une place de choix aux RME, comme réitérée par le souverain dans le discours du trône marquant le 11e anniversaire de son intronisation, ne fait aucun doute. Cette priorité a en outre été réitérée dans les intentions des gouvernements Benkirane I et II. Le discours royal les considère en effet comme un facteur stratégique tant dans la Vision 2020, de par les efforts incitatifs à consentir par l'Etat en vue d'augmenter les flux touristiques, que dans le Plan Emergence, de par l'encouragement d'industries nouvelles et la création de PME. Une Journée nationale, le 10 août de chaque année, leur a même été dédiée!La communauté marocaine établie aux Etats-Unis n'est pas insensible à ces préoccupations ni à cette sollicitude. Il suffit de sonder son opinion pour s'en apercevoir. Et nul ne le fera mieux que les médias du pays d'origine. Encore faut-il qu'ils prennent le taureau par les cornes en ouvrant des bureaux ou en s'offrant les services de correspondants, même "non-permanent", chez l'Oncle Sam. Pour mieux mettre le doigt sur cette lacune, il suffit d'évoquer l'indigence de la couverture dont ont bénéficié les doléances des Marocains d'Amérique concernant le rapport qualité-prix particulièrement dissuasif appliqué par Royal Air Maroc. Au point de désavouer la compagnie nationale, au profit d'autres transporteurs beaucoup plus compétitifs tels Lufthansa, Iberia ou tout simplement Air France. Ils n'ont pu compter dans cette "bataille aérienne" pour dénoncer ce grief que sur leurs propres moyens. Et ce n'est pas l'ouverture cette semaine de la liaison Washington- Casablanca qui les réconciliera avec leur transporteur national.

Les supports électroniques de leur tissu associatif et d'autres réseaux sociaux se sont donc vus "obligés de faire le boulot". Au risque supposé de sombrer dans l'approximatif et l'absence de professionnalisme. Résultat, ladite compagnie ne cesse d'avoir raison de ces ressortissants tout juste bons, parait-il, à payer le prix fort à chaque saison de retour au pays. Si la couverture médiatique de ces doléances s'est révélée inefficiente, Aziz Rabbah, "tuteur" administratif du puissant patron de la RAM, pourra-t-il, lui aussi désormais sur son siège éjectable, tordre le bras aux tout puissants dirigeants de la RAM? La communauté marocaine des Etats-Unis l'appelle en tous cas de ses vœux!

Trois questions à Mohammed El Hajjam, contact d'Al Oula à Washington et président du Moroccan-American Network ( MAN)

Pourquoi certains événements comme la réception donnée à Washington pour célébrer la fête du Trône 2010 n'ont-ils pas été couverts pour Al Oula?

En tant que contact seulement, il me faut d'habitude le feu vert des autorités de la chaîne pour filmer un événement donné. Pour ce qui est de l'événement auquel vous faites allusion, il y avait une sorte d'hésitation. Cela dit, mon entreprise est toujours mobilisée pour répondre à l'appel de mon pays en toutes circonstances. Même si physiquement je me trouvais au Maroc, où j'avais alors célébré cette fête nationale importante, et pour préparer le lancement d'un bureau de mon entreprise de production audiovisuelle, aujourd'hui opérationnel à Mohammédia.

Comment avez-vous réussi à vous imposer dans un univers aussi hostile et hautement concurrentiel, aux Etats-Unis qui plus est?

Outre la formation aux technologies de pointe requises pour la création audiovisuelle et événementielle que j'ai reçue, les réseaux et la qualité des prestations de services constituent la clef de voûte de notre réussite. Mes compatriotes présents en force dans les secteurs de l'hôtellerie, de l'immobilier et des médias y sont également pour beaucoup dans ma conquête de ces secteurs. Pour le reste, notre solide réputation nous avait précédés. Notre clientèle va ainsi des agences du gouvernement américain à certaines ONG, en passant par les grands hôtels et des compagnies réputées au niveau mondial. Au Maroc, où nous avons donc ouvert une filiale à Mohammedia et plus tard dans d'autres villes comme Agadir et Casablanca, nous entendons promouvoir l'événementiel à l'américaine.

Quel rôle une entreprise de pointe comme la vôtre peut-elle jouer dans le renforcement des liens entre les nouvelles générations de Marocains d'Amérique et leur mère patrie?

Nous avons les moyens de couvrir l'actualité au quotidien pour le public marocain. De la sorte l'opinion publique et les décideurs politiques seront à l'écoute de leurs MRE d'Amérique. Lesquels décideurs pourront agir pour réduire le risque d'assimilation des générations futures par une société américaine accueillante et inclusive. Contrairement à une politique européenne plus que jamais à tendance xénophobe et exclusive. Notamment en encourageant nos compatriotes à visiter leur pays de façon régulière et en adoptant des mesures plus incitatives pour en attirer l'investissement. Car l'Amérique n'est pas l'Europe. Et ce n'est pas avec des tarifs comme ceux de la RAM que les familles vont emmener leurs enfants se ressourcer chaque été au pays! Il faut faire très attention.

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