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Le rêve brisé des clandestins de l'oncle Sam

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IMMIGRATION TRUMP
Mike Blake / Reuters
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ÉTATS-UNIS - Jusqu'à l'aube du mercredi 9 novembre dernier, le rêve (américain) était encore permis pour les étrangers en situation irrégulière vivant aux Etats-Unis. Ils espéraient que la victoire, jusque là plus que probable, de Hillary Clinton allait, au pire, continuer à tolérer leur présence au pays des opportunités. Au mieux, leur accorder amnistie, voire mettre la plupart d'entre eux sur la voie d'accès à la citoyenneté de la nation la plus puissante de la planète. Espoir déçu. Le réveil a été dur et le cauchemar ne fait que commencer pour les quelque 12 millions d'immigrés clandestins.

Comme l'ensemble des menaces électoralistes du candidat Donald Trump, celles portant sur l'immigration avaient été plus ou moins prises au sérieux. La construction d'un imposant et dissuasif mur le long de la frontière avec le Mexique, éventuellement entièrement financé par ce dernier, reste la mesure la plus à même d'emporter l'adhésion d'un congrès aujourd'hui largement acquis au nouveau président.

Les promesses électorales dudit candidat avaient également ratissé large en englobant les enfants nés chez l'oncle Sam, et donc automatiquement citoyens, mais que Trump a proposé de déchoir de leur nationalité rien que parce que leurs parents étaient des sans-papiers. Proposition qui paraît pour le moins quasi-impossible car elle implique un amendement constitutionnel remettant en cause le droit du sol. Plus populiste et démagogique qu'autre chose, cette mesure concernerait, si toutefois elle voyait le jour, quelque 4 millions d'Américains à part entière.

Maintenant qu'il est élu, le 45ème président des Etats-Unis devrait démarrer, dès son investiture le 20 janvier prochain, son programme en cinq points pour, dit-on, "rétablir la sécurité et l'état de droit". Sur les cinq mesures d'urgence en question, quatre portent sur l'immigration clandestine ou sur les pays émetteurs de celle-ci.

L'action la plus simple et la plus immédiate à cet égard concerne l'annulation de tous les décrets exécutifs pris par son prédécesseur Barack Obama. A condition, bien entendu, qu'ils soient entachés d'inconstitutionnalité. Et c'est justement là que le bât blesse. La Cour suprême devant d'abord statuer à cet égard. Mais la vacance laissée par la disparition du juge Scalia n'étant toujours pas comblée, certains décrets présidentiels pourraient voir leurs effets prolongés, voire pérennisés. Le remplacement du magistrat défunt constitue d'ailleurs la cinquième mesure d'urgence des cent premiers jours à la Maison Blanche de Donald Trump.

Le plus important de ces "executives orders", le fameux acte DACA, accorde la protection contre toute déportation aux enfants d'immigrés clandestins amenés aux Etats-Unis avant l'âge de 18 ans. Ainsi dé-protégés, ces sans-papiers malgré eux redeviendraient donc des "illégaux" comme les autres et seraient à nouveaux passibles d'expulsion au même titre que leurs parents.

L'autre mesure ne nécessitant pas l'intervention du congrès, car purement d'ordre administratif, porte sur le début de "reconduction à la frontière" de près de 2 millions de clandestins à caractère criminel. Laquelle mesure est accompagnée d'annulation de visas pour les pays émetteurs qui refuseraient de les reprendre. Le nouveau locataire de la Maison Blanche coupera par ailleurs toutes subventions fédérales aux "villes sanctuaires" qui refuseront désormais de contrôler "le statut légal" des immigrés.

Last but not least, l'administration Trump devrait en outre suspendre les visas pour "les régions touchées par le terrorisme" où, précise-t-on, un contrôle efficace est impossible. Et pour boucler la boucle, toute personne entrant aux États-Unis fera l'objet d'un "contrôle extrême".

Les cent premiers jours du 45ème président des Etats-Unis, on le voit, ne seront donc pas de tout repos. Terre d'accueil et d'immigration, tes pères fondateurs doivent se retourner dans leurs tombes...

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