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Repenser le fait social en Tunisie

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Zohra Bensemra / Reuters
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En Tunisie comme ailleurs, l'histoire sociale a parmi ses objets de découvrir la nature et les rapports des groupes sociaux. Elle s'adresse pour ce faire aux documents d'archives, aux mémoires, aux correspondances, à bien d'autres genres de documents. Mais un des secteurs importants de cette histoire nous semble être l'étude du fait social.

En effet, un groupe social prend conscience de soi-même par rapport aux autres. Il livre des témoignages de la manière dont il se voit, dont il se veut, dont il voit les autres, dont il s'imagine que les autres le voient. Ce dynamisme sociohistorique possède un ou plusieurs types héroïques qui lui servent de modèles, vers quoi tendent les individus, les espoirs des amitieux. C'est pourquoi il nous faut définir si la société possède un ou plusieurs de ces idéaux, s'ils sont en contradiction, si un type modèle tend à supplanter les autres. En réalité, le passage d'un idéal à un autre constitue un des grands changements sociaux : passage, par exemple, de l'idéal du négociant, petit-fils des commerçants phéniciens, à celui du gentilhomme ou à celui du rebelle révolté.

Ainsi, la recherche du fait social renferme donc l'étude des conceptions historiques et eschatologiques de la société. Dans cette problématique se situe la manière dont les Tunisiens imaginaient le principe de leur société, la justification des hiérarchies et de l'ordre sociopolitique, la nature des vices et des vertus que s'attribue chaque groupe social et ce qu'il en voit dans les autres, la hiérarchie des vices et vertus, afin de découvrir le prototype idéal. Il faut aussi rechercher si le groupe a conscience que son genre de vie est différent des autres ou non, s'il le juge le meilleur, et pourquoi? Un groupe social a-t-il idée qu'il est sur la défensive ou en position de conquête, sur les plans moraux, économiques et politiques? Le groupe a-t-il conscience que le groupement représente ses intérêts ou les sacrifie, et à quoi, à qui? Quels sont les ennemis naturels du groupe? A-t-on conscience que ces ennemis ont pu changer, et pour quelles raisons?

A priori, la notion de l'idéal social est liée à celle d'idéal de la culture ou d'idéal de la vie de société. Les types du chevalier (färis) du moyen-âge, du baldi de l'époque moderne et contemporaine participent à la définition de l'idéal social actuel.

Étudier cet idéal conduit à déceler les présuppositions collectives, c'est-à-dire le complexe de sentiments et d'images selon lequel on juge les événements et les personnes sans en avoir une claire conscience, les mythes auxquels on attribue une charge sacrée (mythes de la lignée, mythes fondateurs, mythes de la Liberté... etc.). Selon les spécialistes, mythes et présuppositions collectives sont communs à de nombreuses couches d'une même société, bien que leurs intérêts économiques ou politiques puissent diverger.

Tous au début du 21ème siècle, considèrent le Progrès et le Bonheur, comme les buts de l'humanité, quels que soient les moyens d'y parvenir, conçus souvent de façon contradictoire.Au 19ème et 20ème siècle, d'autres mythes sont prépondérants dans les esprits, comme l'Honneur, ou la Religion, même si marchants et agriculteurs, baldi(s) et paysans n'en ont pas les même définitions.

Ces mythes sont les substrats de toute propagande et action politique, contre lesquels on ne peut aller. Tout au plus peut-on vider le mot de son premier sens, le remplir d'un nouveau qui suscitera de nouvelles images et d'autres comportements. Encore faut-il un long travail, car le mot étant sacré ne peut se manipuler sans précautions. L'éradication immédiate du mythe est impossible. Il se transforme en fonction des changements de toute la société, sans que nous puissions toujours dire que entraîne l'autre ; ces changements sont lents, et par leur lenteur donnent aux mots le temps de prendre un autre contenu.

Certes les symboles sociaux aident à comprendre l'imaginaire social. Les différences de costumes, de dialectes, de visions philosophiques relèvent la complexité d'un champ qui reste encore vierge pour les politiciens.

En quoi consistera donc de se plonger dans l'arène politique sans connaître les spécificités de la société? Une question qui reste à poser à nos députés, à nos ministres et à nos leaders politiques.

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