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Toujours dans l'impasse: De la politique politicienne en Tunisie postrévolutionnaire

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TUNISIA REVOLUTION
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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La Tunisie est malade, fatiguée et de moins en moins aimable!

Les économistes évaluent sa perte de compétitivité, les essayistes dissertent sur son déclin, les diplomates se plaignent en silence de son déclassement stratégique, les jeunes diplômés s'exilent mais les politiciens continuent à mener leur jeu comme si rien n'est grave.

Notre passion immodérée pour la Révolution nous a aveuglés et pervertis. On nous a inculqué que la Tunisie sera plus performante, plus ouverte et moins corrompue mais les apparences furent trompeuses.

Année après année, gouvernement après gouvernement, élection après élection et président après président, rien n'a changé. Quelques têtes se déplacent ici et là, quelques figurent changent de couleur pour mieux se positionner et quelques ambitieux rêvent du pouvoir. Voilà la réalité, voilà notre quotidien devenu répétitif.

Les gardiens du Temple peuvent dirent qu'on a réussi une Constitution avant-gardiste. Oui...mais ça reste insuffisant car au-delà de la place faite aux réformes démocratiques, c'est la façon de penser la politique tunisienne qui est en cause.

Car si la Révolution est un moment fondateur auquel se référent tant les libéraux que les progressistes, elle demeure aussi un facteur de division qui semble devoir inlassablement mettre aux prises "les hommes de l'Ancien Régime" contre leurs "ennemis d'hier".

Il en va de même avec l'utopie fortement médiatisée de "l'exception tunisienne" que l'on cuisine à toutes les sauces depuis plus de cinq ans maintenant.

Poser clairement le problème de la réalité de cette transition tunisienne nécessite avant tout qu'on nomme les choses par leurs noms, en éliminant tous les procès d'intention qui parasitent la vision de la réalité au point de rendre l'action inefficace ou impossible.

Le diagnostic concernant l'abandon de la responsabilité éthique au profit d'un calcul politicien est à la fois flagrant et attristant. L'impuissance des différents gouvernements face à la crise économique, l'abandon de la souveraineté nationale et le mépris ultra-branché des vrais défis du pays ont sécrété la méfiance, l'indifférence puis le dégoût pour une classe politique occupée à se réduire.

En Tunisie postrévolutionnaire, le mot "citoyen" a été trahi puisqu'il a peu à peu perdu son sens et sa force philosophique pour devenir un adjectif inoffensif, qualifiant la politesse et autres préoccupation minimales de la vie en commun rebaptisée sottement "vivre-ensemble".

La vraie responsabilité a disparu au profit d'une culture de l'excuse. Mais le pire est qu'en opérant le mélange indigeste entre les valeurs révolutionnaires et celle de l'ancien système, on a affaibli la morale et la politique.

Notre peuple n'acceptera pas que sa victoire lui soit volée. Néanmoins, il est clair que la nouvelle caste dirigeante a abandonné le peuple et chassé la lutte des idées corrompues au magasin des accessoires électorales.

Pour une grande partie des Tunisiens, les chamailleries des élites politiques autoproclamées ne servent que de divertissement pascalien dont le cynisme correspond très bien aux intérêts d'une classe d'affaires dirigeante qui a besoin d'une chose et d'une seule: que le peuple déclare son allégeance aux nouveaux seigneurs de la République. Voici donc le retour au point zéro.

Beaucoup seront dans le malaise à cause de ce constat et d'autres vont le refuser en admettant l'efficacité d'une démocratie à l'italienne. En réalité, le succès publicitaire du modèle tunisien cache une complicité coupable. Incroyable destin! Mais comment en sommes-nous arrivés là?

La réponse semble claire. En chassant la morale de la politique, on a vidé la transition tunisienne de son sens et de son énergie. En effet, il est plus que prouvé, après cette longue et fragile transition, que le matérialisme pur et dur est incapable de résoudre les problèmes de la Tunisie.

Pourquoi donc insisté de suivre cette cécité au transcendantal? La réponse est sûrement chez nos "vénérables" parlementaires mais pour que nos mots aient un sens, il faut qu'ils soient directs et parfois blessants.

C'est pour cette raison que la critique du théâtre politique tunisien ne peut se relever qu'édifiant, pour nous mais aussi pour les générations à venir.

La reconnaissance du péché arriviste de cette classe politique est nécessaire mais non suffisante.

On a tendance à considérer aujourd'hui que le simple fait de se reconnaître suffit et place le politicien dans un rôle de débiteur. En réalité, la reconnaissance de la sottise passée doit être suspendue. Il ne suffit pas donc de reconnaître la culpabilité pour être pardonnable.

La lutte contre l'arrivisme politique n'est pas une utopie mais une valeur révolutionnaire enracinée qui se cherche encore à travers le décryptage de ce que constitue la crise du sens politique en Tunisie.

Ce décryptage ne peut se faire en vase clos, il nécessite un espace plus large que le nihilisme, un espace qui incorpore le négatif et l'absence. Mais plus encore, ce que l'on pourrait désigner par la négativité.

La crise du sens en Tunisie traduit en quelque sorte l'absence de vision symbolisée dans cette course envers les honneurs publics sans rien présenter en contrepartie.

Après cinq de la révolution, il est clair que l'éveil de l'esprit n'a pas été capable de dicter aux politiciens tunisiens une conduite et une action conformes à l'esprit du moment. Cette analyse, d'un pessimisme radical, semble rendre vaine toute tentative de chercher une solution. Pourtant, l'espoir existe encore malgré cette sobriété heureuse.

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