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L'art de parler de soi: Vers une créativité révolutionnaire

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ASSOCIATED PRESS
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Au cours de cette période postrévolutionnaire, l'expression artistique a surtout servi à ridiculiser l'Ancien Régime et à exprimer les revendications citoyennes en faveur du changement.

De simples graffitis ont commencé à faire leur apparition sur les murs de la capitale et des grandes villes. L'une des dimensions intéressantes de ces graffitis est qu'ils étaient parfois écrits en français, une façon d'interpeller la communauté internationale. Toutefois, la plupart des graffitis étaient en dialecte tunisien et faisaient directement référence à la culture locale.

À cet égard, le "street art" a permis aux tunisiens de se rapprocher des membres de leur propre communauté par le biais d'un patrimoine culturel commun. Ce sens de l'appartenance nationale a affleuré dans l'art urbain qui faisait référence à la diversité du panorama culturel tunisien.

Néanmoins, à la veille des événements qui ont marqué, dans la trame du processus révolutionnaire, une irréparable déchirure politique et sociale, le discours sur le rôle de la culture et de l'art dans cette nouvelle ère reste chargé d'incertitudes et d'ambiguïtés. Il est cependant dominé par un dogme auquel personne ne contredit: le lieu consubstantiel de l'art et de la liberté, aboutissant à une sorte de réciprocité d'influence et d'obédience.

Certes, la création artistique est généralement considérée comme un instrument au service du fait révolutionnaire mais on est un peu surpris de ne pas voir aux grands salons d'expositions aucun tableau des grands événements de la révolutionnaire tunisienne!

Les artistes tunisiens ne sont-ils donc pas encore élevés à la hauteur de ce grand événement historique? Si on laisse échapper ce moment, la plus belle occasion de régner les principes révolutionnaires et d'en faire une institution philosophique et morale sera perdu sans retour.

Pendant cinq ans, avait-on parlé en vain? La redite est-elle l'aveu d'un discours à l'échec? L'art et la culture peuvent et doivent êtres utiles à la deuxième République, c'est leur occasion et leur raison d'être.

Parallèlement, la prise en compte de l'héritage artistique de la Tunisie doit favoriser l'émergence d'un nouveau discours artistique sur l'art du passé, et notamment, sur cette période "des siècles lointain" qui séparaient l'Antiquité de la Révolution.

Au moment de la création, l'artiste est libre de faire ses propres choix quant à son sujet, ses martiaux, ses techniques. Il est libre de créer, de former à partir de rien, de devenir un petit "héros" chaque fois qu'il essaie d'insuffler une âme à ses créations et si l'art doit tendre à l'idéal, défini comme une sublimité supérieure à la nature et la dignité intellectuelle, il doit s'inspirer de notre histoire pour tracer la route de la perfection.

L'histoire reste ainsi un modèle indispensable car il a porté au dernier degré et même, en quelque façon, au-delà de ce degré, la finesse des proportions méditées dans l'imitation de la beauté sublime de la figure humaine. C'est donc dans l'étude de notre patrimoine artistique, ce sérieux des siècles éloignés, que nos artistes peuvent espérer renaître les mouvements forts de la révolution tunisienne.

Entre le musée, qui impliquait, à terme, l'écriture d'une histoire de l'art, et les sites antiques qui décrivent la profondeur du patrimoine de notre pays ; entre les amateurs et les spécialistes, le génie des arts doit faire le narrateur des gloires de la Tunisie et de son histoire trimillénaire.

La révolution tunisienne doit prendre très vite la conscience d'elle-même ; c'est-à-dire d'être à la fois, rénovation et retour aux origines car la révolution est une parole qui écrit une histoire dont elle proclame la vocation à l'universalité et à l'éternité; c'est pourquoi le discours sur les arts est un discours sur la régénération donc tendu vers l'avenir mais il est aussi un discours sur notre héritage historique.

Ainsi cette tension fondamentale entre la régénération et la révolution fonde d'emblée l'ambiguïté du discours sur les arts. L'avenir est une promesse dans la mesure où le génie des arts s'identifie au génie de la liberté et quelque que soit la direction de ce discours, il doit être porter par la conviction que l'art est une affaire très sérieuse et qu'il possède une vocation politique, sociale et même économique qui dépasse beaucoup le simple agrément qu'il peut porter aux fortunés possesseurs de collections ou aux visiteurs empressées des salons.

L'idée qui doit dominer dans notre "ère postrévolutionnaire" est celle que les arts ont une mission civilisatrice et pédagogique qui est absolument nécessaires pour définir l'identité nationale suivant d'autres perspectives dont l'objectif principal est de toucher les cœurs, de parler à l'âme des tunisiens et d'éclairer les esprits. C'est pourquoi on doit plaider avec véhémence pour le respect absolu d'une culture qui se déploie dans le temps, temps passé et temps futur, et donc pour le respect de notre patrimoine historique.

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