Mohamed Elarbi Nsiri

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La Sémantique Révolutionnaire en Tunisie

Publication: 10/07/2013 19h04

La question désormais célèbre "Quelles sont les étapes de la révolution tunisienne?" est associée à la phénoménologie de l'histoire, qui tiendra que les événements exceptionnels qu'a connus la Tunisie entre le 17 décembre 2010 et le 14 janvier 2011 trouvent leurs origines dans la soif de la liberté, de la dignité et de l'égalité citoyenne.

La fuite du dictateur a bouleversé la manière de voir les choses et les vents réformateurs commencent à parcourir la société, ce qui a déclenché un tourbillon de manifestations contre la réalité vécue. L'année 2011 sera à jamais l'année d'une Tunisie qui a soulevé le mouvement du "printemps arabe", ce qui a permis, pour la première fois dans l'histoire contemporaine de la région, de saisir le degré du malaise qui parcoure ces sociétés.

Absence d'une révolution culturelle

Néanmoins, l'année 2011 sera aussi l'année de nos questionnements face à l'apparition de nouvelles formules de discours attachés au Moyen-Âge, face aux nouvelles images de violences qui commencent à inonder la scène publique, et face à l'absence d'une révolution culturelle qui permettrait aux citoyens de penser par eux-mêmes.

L'histoire récente de la Tunisie est trop mouvementée pour pouvoir identifier une seule clé de compréhension. Mais on peut dire que, parmi les rares bases qui ont pu persister pendant cette ère révolutionnaire, se trouve l'aspiration à une vie meilleure, à une scène politico-culturelle pluraliste et à la démocratie. En effet, il existe depuis fort longtemps un décalage entre la perception de la classe politique et la réalité du terrain; cela est le cas depuis 2011, quand le peuple a affirmé son désir d'enterrer à jamais toutes les pratiques autoritaires, totalitaires ou personnalisées. Les tunisiens ont pu montrer leur grand attachement au principe d'autodétermination.

Des slogans innovants

Ainsi, pendant les manifestations qui se sont déroulées dans les rues de Tunis, Sidi Bouzid, Kasserine ou Thala, les manifestants inauguraient des slogans innovants comme "Pain, Liberté, dignité nationale", ce qui traduit un espoir pour installer une nouvelle façon de vivre. C'est pour cette raison que plusieurs tabous doivent être débloqués et plusieurs murs de silence détruits. La métamorphose révolutionnaire doit se déplacer vers le discours et vers l'image, vers de nouvelles perspectives pour se rapprocher de la logique de ces jeunes qui ont revendiqué la nécessité d'installer une deuxième République basée sur la séparations des pouvoirs, sur la liberté d'expression et sur le respect des droits de l'homme.

Certes, la particularité de la révolution tunisienne consiste à faire du droit la substance même de son pouvoir. Avec lui, la loi positive (et non la théologie) apparaît comme principe de l'ordre social. Le droit fait passer le tunisien du règne de la force au monde des lois qui ont pour tâche d'encadrer la violence naturelle des individus. Il inaugure un espace normé et étalonné en établissant des repères qui permettent le licite et le légal et en mettant ainsi fin à l'indétermination chaotique. L'idée du réveil ou d'une renaissance de l'esprit des lois est attestée tout au long de la démarche révolutionnaire. Quoique ce réveil reste minoritaire au niveau pratique, il exprime un effort de la raison pour découvrir le fondement objectif de la distinction entre le "mal" et le "bien", c'est-à-dire entre l'utopique et objectif.

Un verrou a été brisé

Par ailleurs, cet effort de la raison serait aujourd'hui à l'origine de l'essor de la culture des droits de l'homme qui s'affirme dans la société civile tunisienne postrévolutionnaire. Il semble en effet que la culture des droits de l'homme ne peut donner naissance à un véritable droit commun; qu'elle est perçue non pas comme un acte de foi énonçant des axiomes indémontrables, mais comme un processus dynamique, à la fois évolutif et interactif.

La mobilisation tunisienne a libéré des forces vives et des énergies insoupçonnées: de Tunis à Sana'a, en passant par Tripoli et le Caire, des hommes et des femmes ont montré que le contrôle absolu des mouvements populaires était impossible. Un verrou est brisé dans l'inconscient collectif arabe, et une nouvelle philosophie d'émancipation a formulé des idéaux innovants basés sur les principes de "liberté, égalité, dignité", lesquels se présentent comme une traduction des siècles des lumières, autrement dit comme un mouvement socio-intellectuel dont le but est de dépasser l'obscurantisme, l'intolérance, le passéisme et de promouvoir les principes des droits de l'homme, de la citoyenneté et du patriotisme. Le moment est historique, et ces nouveaux principes ont une résonance qui va bien au-delà de la Tunisie.

Actuellement, les enjeux collectifs sont d'autant plus déterminant que le modèle tunisien suscite un immense écho et exerce une énorme influence dans tout le monde arabe. La Révolution tunisienne a également eu un impact énorme dans toutes les parties du monde avec lesquelles elle partage une philosophie commune. Pourtant, en provoquant un débat public et polymorphe sur la notion de l'individu, de l'État et de la politique, le mouvement révolutionnaire tunisien semble être l'enthousiasme de la liberté, de la vérité et de la vertu. Le nouveau visage de la société, qui s'est forgé après cette grande métamorphose, confirme cet esprit d'ouverture à l'universel et de quête de tolérance, mais avec quelques écueils qui perturbent parfois le fait révolutionnaire. Portés par l'idée de progrès, par la foi inébranlable dans la raison démocratique, et par la ferme croyance en la perfectibilité de l'individu, la révolution a alors misé sur la réaction du terrain pour éclairer les tunisiens sur eux-mêmes et les inciter à prendre en main leur destin.

Ainsi, la pensée révolutionnaire cherche à affirmer l'existence d'une autonomie de la raison humaine: l'idée de cette autonomie va chercher à s'imposer avec un climat pluraliste, avec la cohabitation pacifique de toutes les idéologies politiques et avec la nécessité de penser "par soi-même".

 

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