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La célébration des 1450 ans de l'avènement du Coran : Un moment pour penser autrement

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CORAN
Facebook/ministère des affaires religieuses
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En arabe Qur'ān est le nom donné à l'ensemble des révélations transmises par le prophète Mohammad lors de sa mission qui a durée presque vingt ans, de 610 à 632.

Les savants orientalistes rapprochent cette appellation du nom syriaque "q'ryânâ" qui signifie "lecture" ou "leçon", mais l'école traditionnelle se contente de la considérer comme le nom verbal du terme "qura'â" qui veut dire "lire" ou "réciter", surtout que ce verbe apparaît plusieurs fois dans le corpus coranique, notamment dans un verset considéré comme un des plus anciens où Mohammad reçoit l'ordre suivant: "Lis! au nom de ton Seigneur qui créa".

Ainsi, le mot Qur'ān peut en fait désigner, tantôt l'action de réciter, tantôt, plus souvent, l'ensemble du texte proclamé par Mohammad et recueilli par ses disciples dans un livre (Kitâb) qui est considéré comme le Livre par excellence, celui dans l'archétype céleste est célébré par tous les commentateurs traditionalistes au point d'avoir suscité, à la suite des efforts de rationalisation des penseurs Mu'tazilites, une querelle théologique médiévale longtemps vivante autour de la doctrine du "Coran crée" ou "incréé".

Pour l'historien, et contrairement au théologien, le problème principal a toujours été celui de la chronologie des chapitres (sourates) et des versets (âya/âyat) dont la mise par écrit s'est faite sans ordre déterminé et dans des conditions qui n'ont pu être éclaircies en dépit des recherches menées sur ce sujet.

Néanmoins, cette idée de réorganiser le Coran, suivant l'ordre chronologique est pratiquement un axiome des études historiques moderne depuis Gustav Weil (1808-1889) et jusqu'à Mohamed Arkoun (1928-2010) et son collègue Mohamed Talbi.

Depuis plus d'un siècle maintenant, la plupart des historiens, combinant une méthode classique avec une méthode d'islamologie appliquée basée sur le style et le vocabulaire, ont pensé que différents passages du Coran se présentaient sous la forme où ils avaient été annoncé et énoncés par Mohammad respectivement au cours des deux périodes de son ministère prophétique.

Mais depuis 1860, date de la publication par Theodor Nöldeke (1836-1930) de son livre "Geschichte des Qorâns", cette périodisation est mise en question malgré que la méthode du savant allemand n'était pas très loin de celle suivie par les traditionalistes.

La comparaison faite dans cette recherche avec le peu que l'on sait des formes littéraires préislamiques a été moins poussée que celle réalisée par son compatriote le philologue Gustav Weil.

Avec le début du 20ème siècle, l'enquête sur la chronologie du Coran est poursuivie par des savants français, anglais et américains.

Issue d'une long expérience, la méthode du français Regis Blachère (1900-1973) conduit à un plus grand degré de précision.

À l'heure actuelle, le schéma retenu par les historiens demeure en définitive relativement proche de celui du savant français. La distinction traditionnelle entre période mekkoise et celle médinoise est reprise, mais avec une petite modification puisque la première période est subdivisée en trois sous-étapes.

Le nouvel essor des études coraniques se fonde d'abord sur l'élargissement notable des méthodes, qu'elles soient historique, philologique, calligraphique et archéologique.

En effet, depuis la découverte en 1973 de manuscrits de Coran retrouvés dans une bibliothèque de la capitale yéménite, San'ā, les chercheurs disposent d'un trésor dont la richesse reste encore inestimable.

Parallèlement à cette exploitation des manuscrits de San'ā, il faut ajouter la redécouverte des microfilms contenant les photographies de manuscrits coraniques anciens réalisée par l'allemand Gotthelf Bergsträsser (1886-1933).

Enfin, il faut souligner la publication et l'exploitation récente de manuscrits préservés, cette fois, dans les grandes bibliothèques européennes (Paris, Oxford, Birmingham, Madrid, Saint-Pétersbourg...).

Ce renouvellement de méthodes et de sources montre combien la touche de l'historien peut renouveler les études coraniques qui restent, dans le monde arabe, emprisonnés de théologie qui ne fait que glorifier la Tradition.

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