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Politique en Tunisie: Déshabillons-les!

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Dans la mesure où la politique a pour horizon l'exercice de la paix civile sous toutes ses formes, elle est liée à la prospérité citoyenne. En disant cela, nous ne faisons que reprendre l'épistémologie propre de la pratique politique mise en place depuis les philosophes grecs.

Mais qu'en est-il de la pratique politique en Tunisie postrévolutionnaire? Outre la complexité intrinsèque de répondre à cette question, des freins de la documentation compliquent l'émergence d'une vision globale de ce théâtre politique tunisien.

C'est pourquoi une réflexion sur la "transition démocratique tunisienne" nécessite avant tout un minimum de clarification conceptuelle.

Dans son acception étymologique, la transition est une manière de passer d'un état à un autre. Sur cette base, la transition démocratique est une modalité de changement politique.

Dans le cas tunisien qui nous intéresse ici, c'est le passage du système de parti unique au pluralisme politique. Néanmoins, et malgré cette pluralité, la nouvelle construction démocratique tunisienne reste très fragile. Elle risque à tout moment d'être confisquée ou falsifiée.

Plus grave encore, elle risque de tomber dans le piège nostalgique. Les événements qui surviennent depuis les élections législatives, les paroles dites, les actes quotidiens de ceux qui ont à charge la gestion administrative et politique du pays, démontrent à tous ceux qui veulent y regarder de près que l'environnement, au sens large du terme, n'autorise pas, pour le moment, une vision optimiste pour l'avenir de la pratique politique en Tunisie.

Certains comportements, malgré les discours politiques littéraires, continuent de donner à réfléchir et de faire douter peut-être de notre volonté de nous en sortir réellement.

Dans un monde qui évolue rapidement, la Tunisie, malgré toutes les certitudes qui peuvent aujourd'hui animer bon nombre de ses dirigeants, sombre dans de douloureux problèmes politiques et économiques dont les conséquences risquent d'hypothéquer inéluctablement l'avenir des générations futures et poser en conséquence un grave problème de conscience à chacun.

Depuis presque cinq ans maintenant, les analystes du champ politique en Tunisie se sont interrogés sur la part des facteurs internes et externes dans le déclenchement des mutations politiques qui ont marqué la nouvelle atmosphère postrévolutionnaire.

S'il n'y a plus de doute sur l'interaction interne-externe comme moteur du changement, le caractère spontané et populaire de cette métamorphose est de plus en plus explicite.

En clair, en faisant imposer la démocratie comme nouveau modèle sociétal, le peuple tunisien a voulu dire qu'il est plus mature que sa caste politique.

Beaucoup de ces analystes ont cru que la leçon était bien comprise et que l'éthique sera respectée dans la gestion des responsabilités collectives.

Mais contrairement aux systèmes modernes fondés sur des règles et des principes (surtout la vertu civique) incompatibles avec la trahison des devoirs de leur charge par les hommes politiques ou les "civil servants", la réalité politique tunisienne semble cinématographique pour ne pas dire hollywoodienne.

Il est malheureusement impossible de décrire empiriquement cette réalité tant les paramètres à prendre en considération sont multiples. Pourtant ce qui semble claire, cinq ans après la chute de l'ancien régime et un peu plus de deux ans après l'installation de la deuxième République, est la situation économique alarmante avec une multiplication des scandales politiques d'ici là.

Un tel échec conduit à interroger les liens entre corruption et démocratie.

Or si la "transition démocratique tunisienne" fait, en théorie, de l'opposition entre vertu et corruption sa clé de voûte, la pratique quotidienne de la politique politicienne nous conduit vers une réalité contraire. Ainsi, le constat d'une crise de la toute jeune démocratie tunisienne s'impose de plus en plus aux yeux aussi bien de l'opinion publique que des experts, au point de devenir proverbial.

Au milieu de cet écheveau, au milieu de cette conjonction de causes, quelle piste privilégier, et que peut faire le politique?

Les difficultés rencontrées par le peuple tunisien et ses dirigeants sont si importantes qu'aucune réforme menée à la marge ne semble en mesure de redorer le blason de la politique.

Par conséquent, si c'est d'une redéfinition globale dont le pays a besoin, seule une mesure portée à la racine est susceptible de ramener les tunisien(ne)s vers l'exercice de la souveraineté: le fait que la crise ne soit pas seulement une crise du politique implique qu'on revoie le cadre même du vivre-ensemble.

Mais cet amendement ambitieux de la société tunisienne, seul le politique peut le conduire, par l'intermédiaire d'une redéfinition de ce pacte social fondamental qu'est la confiance.

Dans cette perspective, il importe que les partis, ainsi que les femmes et les hommes qui les animent, puissent conduire leur action au service de l'intérêt général en étant attentifs aux citoyens désireux d'un surcroit de transparence démocratique et d'exemplarité républicaine.

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