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De la régression: Crise politique et crise de sens en Tunisie post-révolutionnaire

Publication: Mis à jour:
DRAPEAU
Mohamed Chebbi , Khalil Akremi
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Lorsqu'en 2011, le vent de la démocratisation oblige les anciens politiciens à céder la place, le combat pour la justice devient l'affaire de tous. Force est de constater que ses objectifs sont déviés chaque jour davantage et les moyens deviennent de plus en plus hypothétiques. En résultent, des phénomènes récurrents et inquiétants, tels le terrorisme, la violence, la corruption, la pauvreté, le mépris du droit à la différence et les menaces de balkanisation du territoire.

La divergence des intérêts des élites politiques et du peuple, celles-là se nourrissant au détriment de celui-ci, creuse un fossé entre la classe dirigeante et la population. Ainsi, les fausses mesures et le sophisme du discours politique deviennent les seuls moyens pour se maintenir le plus longtemps possible proche du cercle du pouvoir. Cela pousse parfois à l'accentuation des faux débats, ce qui suscite dans l'esprit de plus d'un Tunisien des questions telles que: La fausse-pluralité est-elle la nouvelle ruse de la classe politique pour instrumentaliser le peuple? La longue transition démocratique n'est-elle que la chasse-gardée de certains politiciens qui jouissent seuls de ses fruits et abandonnent le peuple à la misère? Quel avenir peut avoir ce pays si chaque citoyen se fait complice de la prédation du bien commun?

Face aux lamentations et aux souffrances d'une bonne partie du peuple tunisien, certains politiciens ont choisi la voie de silence. Il apparait donc que le combat mené par un bon nombre des politiciens tunisiens est sans sens, sans mouvement et sans étique. Le seul combat qui nécessite, pour eux, une action urgente c'est de gagner, le plus vite possible, plus de sympathisants! Ce "combat" vise ainsi à persuader les Tunisiens de s'impliquer dans des débats de rang secondaire pour oublier l'essentiel: le développement, la dignité citoyenne et la démocratie participative.

Il est devenu clair que la crise politique en Tunisie est plus que profonde puisqu'elle touche à la philosophie de l'action politique, à la culture de la démocratie et au respect des lois. Aujourd'hui, la situation alarmante de la politique tunisienne nous amène à hausser le ton face à la sottise, face à l'arrivisme et face à la manipulation. Plus que jamais, nous sentons que le modèle tunisien est fragilisé, fracturé, attaqué. Pour beaucoup, tous ce qui fonde la vie politique est remis en cause puisque les notions révolutionnaires sont bousculées et ne représentent plus la même chose pour la plus part de la caste politique. Alors même que l'aspiration au débat est forte, il semble devenu de plus en plus difficile de se parler, les sensibilités sont exacerbées, et la violence, sous une forme ou sous une autre, n'est jamais très loin. Plus encore, la politique tunisienne ne cesse de voir son discrédit grandir, provoquant au mieux du désintérêt, au pire de la colère.

Le temps qui passe voit le fossé se creuser entre les citoyens et les partis politiques. Le niveau de méfiance à l'égard des discours partisans ne cesse d'augmenter pour démontrer l'importance de la déchirure entre les citoyens (artistes, intellectuels, syndicalistes...) et les hommes politiques. En somme, la vie politique tunisienne est devenue un cas clinique, dans le sens que donnent à ce mot les médecins qui se trouvent en présence d'une anomalie intéressante pour la science, car il ne faut pas oublier que la Tunisie est, pour beaucoup, le seul exemple réussi des "pays du printemps arabe"! Vous avez dit exemple? La réponse reste en suspens pour l'instant car la plupart des politiciens de la Tunisie post-révolutionnaire sont coupés de la réalité du terrain pour s'intéresser qu'à leurs ambitions personnelles, à leurs manœuvres et calculs politiciens et à leurs tactiques partisanes.

S'il ne s'agit pas de rêver à une illusoire pureté dans la vie politique, le Tunisien a le droit à une vie politique qui n'ignore pas ses douleurs, qui ne l'utilise pas comme un chiffre électoral et qui traduit ses ambitions en une réalité vécue. À cet égard, le sérieux avec lequel un certain nombre de jeunes réfléchissent sur le sens du politique et se forment à l'engagement pour changer des choses en vue de l'intérêt général est un signe d'espérance dans ces temps de crise.

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